XXI
JeTfSQT d'un filet de s<^e cramoisie Vostre bras Paûtre jour, parlant avecques vous; Mais le bras seulement fut captif de mes nouds Sans vous pouvoir lier ny coeur ny fantaisie.
Beauté que pour nuistresse unique j'oiy chcûae.. Le sort est inégal : vous tcioraphez de nous ; Vous ne tenez esclave, esprit^ btas et^^ous.
Et Amour ne vous tient ny prinse ny saisie.
Je ¥eux parler, maistresse, à quelque vieil sorcier^ Afin qu'il puisse au mien vostre vouloir lier(^X
a, Var. :
Estant pris ât....^
Je teax parler, maistresse, À quelque vieux charmeur, [mtur, Pour vous rindre amoureuse et changer rostre fm-
296 Sonnets
Et qu'une mesme playe à nos cœurs soit semblable.
Je faux : l'amour qu*on charme est de peu de séjour; Estre beau, jeune, ricbe, éloquent, agréable, . Non les vers enchantez, Sont les sorcier^ d*am<dur. .
D'un profond pensement j'avois si fort troublée L'imagination, qni tonte en vous estoit, • ?ue mon ame à tons coups de mes lèvres sortoh 5ur estre en me laissant à la vostre assemblée. J'ay cent fois la fiiitive- an logis r'appelée,
?u' Amour me desbauchoit; ores elle escoutoit, Tores sans m'ouyr le frein die emportoit Comme un jeune poulain qui court à la voilée. La tançant^ je disois : Tu te vas décevant; Si elle nous aimoit nous aurions plus souvent Course , poste , message ou lettre accoustumée.
Elle a de nos chansons, et non de nous, souci. Mon ame, sois plus fine; il nous faut, tout ainsi Qu'elle nous paist de vent j la paistre de fumée.
Je fuv les pas frayez du meschant populaire («) Et les villes, où sont les peuples amassez :
Les rochers, les fbrests, déjà sçavent assez Quelle trempe a ma vie estrange et solitaire.
5i ne suis-je si seul ou' Amour, mon secrétaire. N'accompagne mes pieds débiles et cassez.
Qu'il ne conte mes maux et presens et passez A ceste voix sans corps, qui rien ne sçanroit:taire. ' ' * ' ' " " esmoy,
Var. :
Jifiij les grands chemins frûyez dupopuUin.
lété^mÊmmm
POTiR HELENE. ' l^-J
Qu'à sa pitié mon mal commençast à déplaire?
Encor que je me trompe, abusé du contraire , ^ Pour me faire plaisir, Hélène, je lé croy.
hef, escole des arts , le séjour de science . Où vit un' intellect qui foy du ciel nous tait,
Une heureuse mémoire, un jugement parfait, D'où Pallas reprendroit sa seconde naissance ;
Chef, le logis d'honneur, de vertu, de prudence,. Ennemy capital du vice contrefait ; Chef, petit univers, qui monstres par effet Que tu as du grand tout parfaicte cognoissance ;
Et toy, divin esprit, qui du ciel es venu.
En ce chef comme au ciel saintement retenu , Simple, sans passions, comme icy bas ne sommes;
Mais tout prompt et subtil , tout rond et tout en Puis que tu es divin, ayes pitié de moy : [toy (a) ; II appartient aux dieux d'avoir pitié des hommes.
Si j'estois seulement en vostre bonne grâce Par Terre d'un baiser doucement amoureux , Mon cœur au départir ne seroit langoureux.
En espoir d'eschauffer quelque jour vostre glace.
Si j^avois le pourtraict de vostre belle face, Las l je demande trop , ou bien de vos cheveux , Content de mon malneur, je serois bien-heureux Et ne voudrois changer aux célestes ma place.
Mais je n'ay rien de vous que je puisse emporter Qui soit cher à mes yeux pour me réconforter,
a, Var. i
Dedans un autre tiei oà tu es retenu Simple, rond et parfait, comme icyéousneiOffmeSj " Oà tout est embrouillé sans ordre riy sans loy.
298 Sonnets
Ne qui me touche av c«ar d'une doaœ mémoire.
Vous dites que l'Amour entretient ses aocords Par l'esprit seulement; .je ne sçaurois le croire : Car l'esprit ne sent rien que par Tayde du corps.
De "VOS yeux, le mirouer du ciel et de nature, La retraite d'Amour, la forge de ses dards, D'o6 coule 4ine douceur que versent vos tegards An cœur, quand un rayon y sifment d'aventut^.
Je tire pour ma vie une douce pasture.
Une joye, 4in plaisir, que les plus grands Césars, Au mibeu du triomphe , entre un camp de soudars, Ne sentirent jamais; mais courte elle me dure.
Je la sens distiller goutte à gontXe en mon cœur^ Pire, saincte, parfaite, aagelique liqueur, Qw m'eschaune le sang d'une cbadeur exetreme.
imon ame la reçoit avec un tel plaisir Oue, tout es^nouy, je n'ay pas le loisir Ny de gouster mon bien, ny penser à moy^mesme.
L'allure tpii met i croistre a la plante ^seurèe; Celuy qui croist bien toA tie dure pas long temps. Il n^endure des vents les souflets incomitans; Ainsi l'amour tardive est de longue durée.
Ma foy du premier jour ne vous fut pas donnée; L'Amour et la Raison, comme deux combatans, Se sontescarmouchez l'espace de quatre ans; A la lin j'ay perdu, vaincu par Destinée.
Il esloit destiné par sentence des deux.
Que je devois servir, mais adorer vos yeux:
J^y comme les geans au ciel fait résistance;
Aussi [e suis comme eux maintenant foudroyé; Pour résister au bien qu'ils m'avoient octroyé , Je meùrs^ et si ma mort m'est trop de récompense.
poun Hel'enb. ^99
[stez vo$trel>eatité,ostez vostre jeunesse, 'Ostez-ces rares dons que vous tenez des deux, Ostez ce docte esprit, ostez-moy ces tonuc yeux, 'Cet aller, ce parler digne d'un déesse.
îene vous seray plus, d'une importune presse, Fascheux comme je suis ; vos dons si précieux Me font, en les voyant, devenir furieux , Et par le desespoir Tame prend hardiesse.
FouFce, si quelquefois je vous touche la main. Par courroux vostre teint n'en 4oit xievenir lalesme ; Je suis fol, ma raison n'obeyt plus au frein.
Tant je suis agité d'une fureur extrême :
Méprenez, s'il vous plaist, mon offence à aesdain; Mais, douce , pardonnez mes fautes à vous mesme.
De vostre belle, vive, angeHque lumière , Leèeau logis d'amour, dexlouceur, de rigueur, S'eslance un doux regard qui, me navrant le cœur, Desrobe loin de moy mon ame prisonnière.
Je ne sçay ny moyen, remède ny manière De sortir de vos rets, où je vis en lancueur; Et, si l'extrême ennuy traîne plus en longueur, Vous aurez de mon corps la <(espoui14e dernière.
Yeux qui m'avez blessé, yeux mon mal et mon tHen, Guarissez vostre playe : AchiUe kpeût bien; Vous estes tous divins , il n'estoit que pur homme.
Voyez, parlant à vous, comme le cœur me fauti Helas 1 ie ne me deuls du mal qui me consomme; Le mal dont je me deuls , c'est qu'il ne vous en chaut*