XXXIII
Nous promenans tous seuls, vous me distes, maistresse, Qu'un chant vous desplaisoit s'il n'estoit doaœreux;
}00 SONHETS
?t)e vous aimiez les plaints des chétifs amoureux , oute voix lamentable et pleine de tristesse.
aEtpource(disie^vQus>y quand je suis loin depres^, Je choisis vos sonnets qui sont puis douloureux; Puis d'un chant qui est. propre au sujet langoureux Ma nature et Amour veulent que je me paisse, o
Vos propos sont trompeurs. Si vous aviez souci De ceux qui ont un cœur larmoyant et transi.
Je vous ferojs pitié par une sympathie;
Mais vostre œil cauteleux, trop finement snbtil, Pleure en chantant mes vers, comme le ci-ocodil , . Pour mieux me dérober par feintise la vie.
Cent et cent fois le jour Porange je rebaise. Et le palle citron qui viennent de ta main (â), Doux présent amoureux que je loge en mon sein Pour leur faire sentir combien je sens de braise.
Quand ils sont demy-cuits , leur chaleur je r'appaise, Versant des pleurs dessus , dont triste je suis plein ; Et de ta nonchalance avec eux je me plain , Qui , cruelle, te ris de me voir en mal-aise.
Oranges et citrons sont symboles d -amour ; Ce sont signes muets aue je puis quelque jour T'arrester, comme fit Hippomene Ataiante. .
Mais je ne le puis croire: Amour ne le veut pas, |ui m'attache du plomb pour retarder mes pas, . ^t te donne à fuir des ailes à la plante.
Tousjours pour mon sujet il faut que je vous aye : Je meurs sans regarder (^) vos deux astres jumeaux,
a, Var. :
Et le citron qui part de vostre belU main t. Var. :
En peinture, pour voir, ....
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Vos yeux, mes deux soleils, qui m'esclairent si beaux Qu'à trouver autre jour autre-part je n'essaye.
Le chant du rossignol m'est le chant d'une orfraye, Roses me sont charoons, torrens me sont ruisseaux, La vigne mariée à l'entour de ormeaux.
Et le printemps sans vous m'est une oure plave.
Mon plaisir en ce mois c'est de voir les coioms S'emboucher bec à bec de baisers doux et longs Dés l'aube jusqu'au soir que le soleil se plonge.
O bien-heureux pigeons, vray germe cyprien , Vous avez par nature et par eitect le bien Que je n'ose espérer tant seulement en songe.
Vous me distes, maistresse, estant à la fenestre. Regardant vers Mont-martre et les champs a'a- « La solitaire vie et le désert séjour [lentour :
Valent mieux que la Cour; je voudrois bien y estre.
A l'heure mon esprit de mes sens seroit maistre, En ieusne et oraisons je passerois le Jour, Je aesfi'rois les traicts et les fiâmes d'Amour; Ce cruel de mon sang ne pourroit se repaistre.»
Quand je vous respondy : «Vous trompez de penser Qu'un feu ne soit pas feu pour se couvrir de cendre ; Sus les cloistres sacrez la flame on void passer.
Amour dans les déserts comme aux villes s'engendre. Contre un dieu si puissant, qui les dieux peut forcer, Jeusnes ny oraisons ne se peuvent défendre.
Voicy le mois d'avril , où nasquit la merveille Qui fait en terre foy de la beauté des deux, Le mirouer de vertu, le soleil de mes yeux.
Qui vit comme un phénix, au monde sans pareille (a),
a, Var. :
Seule phénix d'honneur, qui les âmes réveille.
}0X S.ONM1ETS
Les œillets et Ite Ijrs et la rose vermeille Servirent de berceau;, la Nature et les dieux La reffarderent naistre: en. ce mots gracieux ; Puis Amour laiMurrit des douceurs d'une abeille («):.
Les Muses, Apollon. et les Grâces estoient Tout à Tentour au Uct, qui à l'envy jettoient Des fleurs; sur- l'angeletie. Ah! ce mois me convie
D'eslever un autel,, et, suppliant Amour j Sanctifier d'avril le neufiesme jour, Qui m'est cent fois.plus cher que celuy de ma. vie:.
XXXVI ÏT,
D'autre torche mon cœur ne pouvoit s'allumer Sinon de tes beaux yeux, où l'Amour me^convie;; J'avois desja passé le meilleur de ma vie,^ Tout fi-anc de passion , fuyant le nom d'aimer;.
Tt soulois maintenant ceste dame estimer, Et maintenant ceste autre, où. me portoit l'envie ;: Sans rendre ma franchise à quelqu une asservie, Rusé, je ne voulois dans les rets m'enfermer.
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Amour, comme estant dieu^ n'aime pas les superbes;: Sois- douce à qui te prie, imitant le hon.
La foudre abat les monts, non les petites herbes.
xxxrx.
A gathe, où du soleil lé signe est imprimé /\(L'ecrevisse marchant, comme il fait^ en arrière),, Cher présent que je donne à toy, chère guerrière,
a. Var. :
La regardèrent naistre, et d'un soin curieux Amour, ei^ant comme dit, alaicta sa-pareUlr.
POUR KBLEME. ),0)
Mon don pour le soleil est cligne d'estre aimé.
Le soleil va tousjours de fiâmes allumé^ Je porte au cœur le feu de ta belle lumière * Il est l!^ame du' monde, et ma force première Dépciud de ta vertu, oont je suis animé.
O douce, belle, vive, angelique Sereine , Ma toute Pasithée, essence sur-humaine.
Merveille de nature, exemple sans pareil,
P'bpnneuc et de beau^ Komement et le signe, Puis que rien- icy bas de ta vertu n'est digne. Que te puisse donner, sinon que le soleil t
Puis que tu sçais, hélas ! qu'affamé je me pais Dui regard de tes yeux, dont, larron, je retire* Des rayons pour nourrir m» douleur qui s>mpire„ Pourquoy me caches-tu Tonl par qui tu me plais ?
Tu es deux fois venue à Paris, et tu fais Semblant de n'y venir, afin qjit mon martyre Ne s'allège en voyant ton œtl. aue je désire. Ton ceil ,. qui me nourrit, par rot>jet de ses rais (a).
Tu vas bien, à Hereueil (i) avecque ta cousine Voir les pcez , les jardins et la source voisine De l'antre (>)où j'ay chanté tant de divers accords (3).
Tu devois m'appeler, oublieuse maistresse :
Dans ton coche porté, je n'eusse fait grand presse (i). Car je ne suis plus.rien qu'un fantôme sans corps.
a. Var.
Dont la vive vertu me nourrit de ses rais^ f>. Var. :
Ton cochi n'eust courbé sous une masse espas€,
I. Arcueil , village auprès de Paris. (R.) 3. De la grotte de Meudon. (R.) ). Lisez ses Edogues. (R.)
)04 S0NNBT5