Ce sonnet, en 1578, est panni les Amours divenes
J'avois, en regardant tes beaux yeux, enduré Tant de fiâmes au cœur, qu'une aspre seicheresse Avoit cuitte ma langue en extrême destresse {a), Ayant de trop parler tout le corps altéré.
Lors tu fis apporter en ton vase doré De Teau froide a'un puits, et la soif qui me presse Me fit boire à Tendroit où tu bois, ma maistresse , Quand ton vaisseau se void de ta lèvre honoré.
Mais le vase, amoureux de ta bouche qu'il baise, En réchaufant ses bords du feu qu'il a receu. Le garde en sa rondeur comme en une fournaise.
Seulement au toucher je t'ay bien apperceu.
Comme pourroy-je vivre un quart d'heure à mon aise, Quand je sens contre moy l'eau se tourner en feu ?
Comme une belle fleur assise entre les fleurs , Mainte herbe vous cueillez en la saison plus tendre Pour me les envoyer, et pour, soigneuse, apprendre Leurs noms et ({ualitez . espèces et valeurs.
Estoit-ce point afin ae guarir mes douleurs , Ou de faire ma plave amoureuse reprendre ?
Ou bien s'il vous plaisoit par charmes entreprendre D'ensorceler mon mal , mes fiâmes et mes pleurs }
Certes, je croy que non : nulle herbe n'est maistresse Contre le coup a' Amour envieilly par le temps. C'estoit pour m'enseigner qu'il faut de la jeunesse. Comme d'un usufruict , prendre son passetemps; ue pas à pas nous suit l'importune vieillesse, îqu'Amour et les fleurs ne durent qu'un printemps.
tf. Var. :
que, plein de seicheresse,
Ma langue estait réduite en extresme destresse,
RQUsard. — I. 20
p6 Sonnets
|Oux desdains , douce amour d^artifice cachée , I>oux courroux enfantin , qui ne garde son cœur, Doux d'endurer passer un long temps en longueur, . Sans me voir^ sans m'escrire et faire la faschee i
Douce amitié , souvent perdue et recherchée, Doux de tenir d'entrée une douce rigueur, Et sans me saluer me tuer en langueur {a) , Et feindre qu'autre part on est bien empeschée ;
Doux entre le despit et entre l'amitié , Dissimulant beaucoup , ne parler au'à moitié. Mais m 'appeler volage et prompt ae fantaisie ,
Crainare ma conscience et douter de ma foy, M'est un reproche amer qu'à grand tort je reçoy (^) : Car douter de ma foy, c'est crime d 'hérésie.
Pour voir d'autres beautez mon désir ne s'appaise. Tant du premier assaut vos yeux m'ont surmonte; Tousjours à 1 entour d'eux vole ma volonté , Yeux qui versent en l'ame une si chaude braise.
Mais vous embellissez de me voir en mal-aise , Tigre , roche de mer, la mesme cruauté , Comme ayant le desdain si joint à la beauté Que de plaire à quelqu'un semble qu'il vous desplaise.
Des ja par longue usance aimer je ne sçaurois , Sinon vous , qui sans pair à soy-mesme ressemble ; Si je changeois d^amour, de douleur je mourrois.
Seulement quand je pense au changement je tremble. Car tant dedans mon cœur tout de vous je reçois Que d'aimer autre part c'est haïr, ce me semble.
d. Var. :
, , , , me Unir en langueur,
h. Var. :
Injure plus mordante au cœur je ne reçoy.
Coche cent fois heureux , où ma belle maistresse Et moy nous promenons., raisonnans de Tamour; Jardin cent fois heureux , des Nymphes le séjour, Qui radorent de loin ainsi que leur déesse (d).
Bien-heureuse Teglise ou je pris hardiesse De contempler ses yeux , qui des miens sont le jour, Oui ont chauds les regards , qui ont tout à Tentour Un petit camp d'Amours qui jamais ne les laisse 1
Heureuse la magie et les cheveux brûlez , Le murmure. Tencens et les vins escoulez Sur rimage ae cire ! O bien-heureux servage 1
O ! moy. sur tous amans le plus avantureux, D'avoir osé choisir la vertu de nostre âge , Dont la terre est jalouse et le ciel amoureux.
Ton extrême beauté par ses rais me retarde Que je n'ose mes yeux sur les tiens asseurer; Débile , je ne puis leurs reg[ards endurer.
Plus le soleil esdaire et ^ibms on le regarde.
Helas ! tu es trop belle , et tu dois prendre garde Qu'un Dieu si grand trésor ne puisse désirer, Qu'il ne t'en-vole au ciel pour la terre empirer. La chose précieuse est de mauvaise ^arde.
Les dracons, sans dormir, tous pleins de cruauté, Gardoient les pommes d'or pour leur seule beauté ; Le visage trop beau n'est pas chose trop bonne.
Danaé le sceut bien , dont l'or se fit trompeur (^) ;
a. Var. :
Qui pensent, la voyant, voir leur mesme deesie,
b. Var. : . .
.... qui sentit Vor trompeur.
}o8 Sonnets
Mais l'or, qui domte tout , devant tes yeux s'estonne , Tant ta cnaste vertu le fait trembler de peur(i).
D'un solitaire pas je ne marche en nul lieu Qu'Amour, Don artisan, ne m'imprime l'image Au profond du penser de ton gentil visage , Et oes mots gracieux (a) de ton dernier adieu.
Plus fermes (ju'un rocher, engravezau milieu De mon cœur je les porte , et si n'y a rivage, Fleur, antre, ny rocher, ny forest, ny bocage, A qui je ne les conte , à nymphe , ny à Dieu.
D'une si rare et douce ambrosine viande Mon espérance vit, qui n'a voulu depuis Se paistre d'autre apast, tant elle en est friande.
Ce jour de mille jours m'effaça les ennuis, Car tant opiniastre en ce plaisir je suis Que mon ame pour vivre autre bien ne demande.
Bi
lien que l'esprit humain s'enfle par la doctrine ^De Platon , qui le chante influxion des cieux Si est-ce sans le corps qu'il seroit ocieux Et auroit beau vanter sa céleste origine.
Par les sens l'ame void , ell' oyt , ell' imagine EU' a ses actions du corps officieux; L'esprit , incorporé . devient ingénieux ; La matière le rend plus parfait et plus digne.
Or vous aimez l'esprit . et , sans discrétion , Vous dites que des corps les amours sont pollues. Tel dire n'est sinon qu^imagination
a. Var. :
Et des propos douteux