‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 211 sur 227 · XLIV · texte numérisé non relu

XLIV

D ossignol, mon mignon, qui dans cesie saulaye iXVas seul de branche en branche k ton gré voletant. Et chantes à l'envy de moy qui vais chantant Celle qu'il faut tousjours que dans la bouche j'aye.

Nous souspirons tous deux ; ta douce voix s'essaye De sonner les amours d'une qui t'aime tant, Et moy, triste, je vais la beauté regrettant Qui m'a fait dans le cœur une si aigre playe.

Toutefois, Rossignol, nous différons d'un poinct: C'est que tu es aime, et je ne le suis point. Bien que tous deux ayons les musiques pareilles.

Car tu fléchis t'amie au doux bruit de tes sons, Mais la mienne, qui prent A dépit mes chansons. Pour ne les escouter se bouche les aureilles.

XLV(is6o).

Pource que tu sçais bien que je t*aime trop mieux , Trop mieux dix mille fois que je ne fais ma vie, Que je ne fais mon cœur, ma bouche, ny mes yeux. Plus que le nom de mort tu fuis le nom d'amie.

Si je faisois semblant de n'avoir point envie D'estre ton serviteur, tu m'aimerois trop mieux, Trop mieux dix mille fois que tu ne fais ta vie, Que tu ne fais ton cœur, ta bouche ni tes yeux.

C'est d'amour la coustume, alors que plus on aime, D'estre tousjours haï : je le sçay par moy-mesme. Qui suis tousjours banny du meilleur de tes grâces.

Quand jeraime sur toute. Helas! que doy-je faire? Si je pensois guarir mon mal par son contraire, Je te voudrois haïr, à fin que tu m'aimasses.

XLVI (is6o).

Çj uand je vous dis adieu, Dame, mon seul appuy, ^C^J ejaissay dans vos yeux mon cœur pour sa demeure En gaige de ma foy ; et si ay, depuis rheure

Que je vous le laissay, tousjours vescu d'ennuy.

Mais, pour Dieu, je vouspry me le rendre au jourd'huy Que je suis retourné, de peur que je ne meure ; Ou bien que d'un clin d*œil vostre beauté m'asseure Que vous me donnerez le vostre en lieu de luy.

Las ) donnez-le moy doncq, et de Tœil faites signe Que vostre cœur est mien, et que vous n*avez rien Qui ne soit fort joyeux , vous laissant, de me suivre.

Ou bien , si vous voyez que je ne sois pas digne D'avoir ches^moy le vostre, au moins rendez le mien, Car sans avoir un cœur je ne sçaurois plus vivre.

CHANSON [i$6o](i).

Plus tu connois que je brusle pour toy, Plus tu me luisy cruelle ; Plus tu connois que je vis en esmoy,

Et plus tu m'es rebelle.

Te laisseray-je ? helas \ je suis trop tien ;

Mais je beniray rheùre De mon trespas, au-moins s*il teplaist bien Qu'en te servant je meure.

XLVn(is<5o).

|Oncques pour trop aimer il faut que ietrespasse! La mort de mon amour sera donc le loyer ?

L'homme est bien mal-heureux qui se veut employer, En servant, mériter d'une ingrate la grâce.

Mais, je te pri', dy moy, que veux -tu que je face ? Quelle preuve veux -tu afin de te ployer ?

Las! cruelle, veux-tu que je m'aille noyer, Ou que de ma main propre ( helas 1) je me déface?

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