‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 28 sur 227 · I . C'est une imitation de Pétrarque · texte numérisé non relu

I . C'est une imitation de Pétrarque

Non sa com' amor sana , et com' andde , Chî non sa come dolce ella sospifa , E come dolce parla , e dolce vide.

24 Amours.

Sans Toûir^ dy-je , Amour mesme enchanter.

Doucement rire et doucement chanter, Et moy mourir doucement auprès d'elle.

Contre mon gré , l'attrait de tes beaux yeux Donte mon cœur; mais quand je te veux dire Quelle est ma mort , tu ne t'en fais que rire , Et de mon mal tu as le cœur joyeux.

Puis Qu'en t'aimant je ne puis avoir mieux , Souffre au moins que pour toy je souspire; Assez et trop ton bel œil me martyre , Sans te mocquer de mon mal soucieux.

Mocquer mon mal, rire de ma douleur, Par un desdain redoubler mon malheur.

Haïr qui t'aime et vivre de ses plaintes ,

Rompre ta foy, manquer de ton devoir.

Cela , cruelle , hé ! n'est-ce pas avoir Les mains de sang et d'homicide teintes ?

Ah! seigneur Dieu ! que de grâces édoses Dans le jardin de ce sein verdelet Enflent le rond de deux gazons de lait Où des Amours les flesches sont encloses !

Je me transforme en cent métamorphoses Quand je te voy, petit mont jumelet, Ains du printemps un rosier nouvelet, Qui le matin caresse de ses roses.

S' Europe avoit l'estomach aussi beau , De t'estre fait , Jupiter, un taureau Je te pardonne. Eh! que ne suis-je puce?

La baisottant, tous les jours je mordrois Ses beaux tetins ; mais la nuit je voudrois Que rechanger en homme je me pusse {a),

a Var. :

Rusij tu pris le masque du taureau,

Premier Livre. 25

fj uand au matin ma déesse s'habille ^'^^D'un riche or crespe ombrageant ses talons' , Et que les rets de ses beaux cheveux blons En cent façons en-onde et entortille ,

J e Faccompare à Tescumiere fille Qui or' pijgnant les siens jaunement Ions, Or' les fnzant en mille crespillons , Nageoit à bord dedans une coquille.

De femme humaine encore ne sont pas(i; Son ris , son front, ses gestes ne ses pas .

Ne de ses yeux Tune et l'autre estincelle.

Rocs , eaux ne bois ne logent point en eux Nymphe qui ait si follastres cheveux , Ny l'œil si beau , ny la bouche si belle.

Avec les lis les œillets mesliez N'égalent point le pourpre de sa face ; Ny l'or filé ses cheveux ne surpasse , Ores tressez et ores desliez.

De ses couraux en voûte repliez Naist le doux ris qui mes soucis efface ; Et çà et là , partout où elle passe , Un pré de fleurs s'émaille sous ses piez (').

Bon Jupiter, pour traverser Us ondes.

Le ciel n'est dit parfait pour sa grandeur; Luj et ce sein le sont pour leur rondeur :

Car le parfait consiste en choses rondes.

1 . Telle est la fin d'un sonnet italien fait par Leiio Capiiupi.

Di môrtal donna non son l'auree e bionde , etc.

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