‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 29 sur 227 · Ainsi Pétrarque, 13^, i · texte numérisé non relu

Ainsi Pétrarque, 13^, i

Come'l candide pie per l'herba freset , etc.

26 Amours.

D'ambre et de musq sa bouche est toute pleine ; Que diray plus ? J'ay veu dedans la plaine, Lorsque plus fort le ciel vouloit tancer,

Son front serein , qui des dieux s'est fait maistre , De Jupiter rasséréner la destre Ja , ja courbé pour sa foudre élancer.

Ores la crainte et ores Pesperance, De çà , de là, se campent en mon cœur.

Et tour à tour Tun et Tautre est vainqueur.

Pareils en force et en persévérance.

Ores douteux , ores plein d'asseurance , Entre Fespoir, le soupçon et la peur, Heureusement de moy-mesme trompeur.

Au cœur captif je promets délivrance.

Verray-je point avant mourir le temps Que je tondray la fleur de son printemps , Sous qui ma vie à l'ombrage demeure ?

Verray-je point qu'en ses bras enlassé , Tantost dispost , tantost demy-lassé , D'un beau souspir entre ses bras je meure ?

Je voudrois estre Ixion et Tantale , Dessus la roue et dans les eaux là bas, Et nu à nu presser entre mes bras Geste beauté qui les anges égale.

S'ainsi estoit , toute peine fatale Me seroit douce et ne me chaudroit pas, Non, d'un vautour fussé-je le repas , Non, qui le roc remonte et redevale.

Luy tastonner seulement le tetin , Ce seul plaisir changeroit mon destin Au sort meilleur des princes de l'Asie (a).

a. Var. :

Voir ou toucher le rond de son tetin

Premier Livre. 27

Un demy-dieu me feroh son baiser, Et flanc à flanc mon feu desembraser («), Un de ceux-là qui mangent Tambrosie.

Amour me tué , et si je ne veux dire Le plaisant mal que ce m'est de mourir, Tant j'ay grand' peur qu'on vueille secourir Ce doux tourment pour leauel je souspire.

Il est bien vray que ma langueur désire

Su'avec le temps je me puisse guérir ; ais je ne veux ma dame requérir Pour ma santé, tant me plaist mon martyre.

Tais-toy, langueur : je sen venir le jour

?^e ma maistresse, après si long séjour, ovant le soin qui ronge ma pensée.

Toute une nuict folatrement m'ayant Entre ses bras, prodigue, ira payant Les intérêts de ma peine avancée (b),

Je veux mourir pour tes beantez, Maistresse, Pour ce bel œil qui me prit à son hain , Pour ce doux ris , pour ce baiser tout plein D'ambre et de musq , baiser d'une Déesse.

Pourroit changer mon amoareux destin Aux majestez des princes de l'Asie.

#. Var., 1 567 :

Et en son feu mon feu desembraser,

b. Var. :

Voyant le mal que son orgueil me donne,

A la douceur la r^ueur fera luu.

En imitant la nature de Duu ^ Qui nous tourmente, et puis il nous pardonne.

28 Amours.

Je veux mourir pour ceste longue tresse, Pour le mignard embonpoinct de ce sein , Pour la rigueur de ceste douce main , Qui tout crun coup me guarit et me blesse.

Je veux mourir pour le brun de ce teint, Pour ce maintien qui , divin , me contraint De trop aimer; mais, par sus toute chose.

Je veux mourir es amoureux combats.

Laissant l'Amour qu'au cœur je porte enclose Toute une nuict au milieu de tes bras.

Dame, depuis que la première flèche De ton Del oeil m'avança la douleur.

Et que sa blanche et sa noire couleur.

Forçant ma force, au cœur me firent brèche.

Je sens tousjours une amoureuse mesche Qui se rallume au milieu de mon cœur.

Dont le beau rai (ainsi comme une fleur S'écoule au chaud) dessus le pied me seiche (j).

Ny nuict ne jour je ne fay que songer.

Limer mon cœur, le mordre et le ronger, Priant Amour qu'il me tranche la vie.

Mais luy, qui rit du tourment qui me poind , Plus je l'appelle et plus je le convie , Plus fait le sourd et ne me respond point.

XLVin.

TVT y de son chef le trésor crespelu , IN Ny de son ris l'une et l'autre fossette , Ny le reply de sa gorge grassette , Ny son menton rondement fosselu ,

a Var. :

Phare amoureux, il guide ma langueur Par un beau feu qui tout le corps me seiche.

Premier Livre. 29

N^ son bel œil que les miens ont voulu Choisir pour prince à mon ame sujette, Ny son beau sein, dont rarcherot(>) me jette Le plus agu de son trait esmoulu ,

Ny son beau corps, le logis des Charités (a), Ny ses beautez eh mille cœurs escrités, N ont asservi ma libre affection :

Seul son esprit, où tout le del abonde, Seule sa douce et sa grave faconde M'a fait mourir pour sa perfection (tf).

Mon Dieu! mon Dieu! que mamaistresse est belle! Soit Que j'admire ou ses yeux , mes seigneurs , Ou de son front la grâce et les honneurs , Ou le vermeil de sa lèvre jumelle !

Mon Dieu 1 mon Dieu ! que ma dame est cruelle ! Sojt qu'un desdain rengrege mes douleurs , ^

Sojt qu'un despit face naistre mes pleurs , Soit qu'un refus mes playes renouvelle !

Ainsi le miel de sa douce beauté Nourrit mon cœur : aiiisi sa cruauté D'un fiel amer aigrit toute ma vie.

Ainsi repeu d'un si divers repas , Ores je vis, ores je ne vispas.

Egal au sort des frères d'Œbalie(3).

Cent fois le jour â part moi je repense Quec'estqu'Amour, quelle humeur l'entretient,

a. Var. :

Mais son espni, dont la merveilU estrange

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