Castor et PoUuz, net en Laconie ou Œbalie
30 Amours.
Quel est son arc et quelle place il tient Dedans nos cœurs, et quelle est son essence.
Je cognoy bien aes astres la puissance, Je sais comment la mer fiiit et revient , Comme en son tout le monde se contient :
Seule me fuit d'Amour la cognoissance.
Si sais-je bien que c'est un puissant Dieu , Et aue , mobile , ores il prend son lieu Dedans mon cœur, et ores dans mes veines ,
Et que , depuis qu'en sa douce prison Dessous mes sens ht serve ma raison , Toujours malsain, je n'ai langui qu'en peines (d).
Mille, vrayment, et mille voudroient bien.
Et mille encor, ma guerrière Cassandre, ?u'en te laissant je me voulusse rendre ranc de ton ret pour vivre en leur lien.
Las! mais mon cœur, ainçois, qui n'est plus mien, Comme un vrai serf ne sçauroit plus entendre A qui l'appelle, et mieux voudroit attendre Dix mille morts, qu'il fust autre que tien.
Tant que la rose en l'espine naistra, Tant que sous l'eau la baleine paistra , Tant que les cerfs aimeront les ramées ,
Et tant qu'Amour se nourrira de pleurs , Toujours au cœur ton nom et tes valeurs Et tes beautez me seront imprimées.
Devroit avoir pour sa perfection ,
Non mon service, ainçois celuy d'an ange.
a. Var. :
Que de nature il ne fait jamais bien ; Qu'il porte un fruit dont le goust ne vaut rien, Et duquel l'arbre est tout chargé de peines.
Premier Livre. }i
LU
vant <]u'Amour du chaos ocieux Ouvrist le sein oui couvoit la lumière , Avec la terre , avec ronde j)reiniere^ Sans art, sans forme, estoient brouillez les cieu
Ainsi mon tout erroit séditieux Dans le giron de ma lourde matière , . Sans art, sans forme et sans figure entière, Alors qu'Amour le perça par tes yeux.
Il arrondit de mes affections Les petits corps et leurs 4)erfections ; Il anima mes pensers de sa flamme; Il me donna la vie et le pouvoir, Et , .de son branle , il fit d'ordre mouvoir Les pas suivis du globe de mon âme (a).
LIII(i).
Par ne sçay quelle étrange inimitié J'ai veu tomber mon espérance à terre, Non de rocher, mais tendre comme verre , Et mes désirs rompre par la moitié.
Dame où le Ciel logea mon amitié,
a Var. :
Amour rendit ma nature parfaite.
Pure par luy mon essence s est faite; Il m'en donna la vie et le pouvoir;
Il eschaufa tout mon sang de sa flame, Et, m'emportant de son vol, fit mouvoir Avecques luy mes pensers et mon ame.
I . Le commencement est pris de la fin d'un sonnet de Pétrarque, qui est telle :
Lasso , non di diamante , ma d'un vetro , Veggio di man cadermi ogni speranza , Et tutt' i miei pensier romper nel mezzo.
Et dont la main toute ma vie enserre ,
Et pourquoi tant me brasses-tu de cuerre ,
Privant mon cœur de ta douce pitié (
Or, s'il te plaist, fay-*moy languir en peine , Tant que la mort me dé-nerve et dé-veine ('). Je seray tien, et plustost le Chaos
Se troublera de sa noise ancienne , Que par ri^eur autre amour que la tienne Sous autre joug me captive le dos.
Odoux parler dont les mots doucereux Sont engravés au fond de ma mémoire !
front, d'Amour le trofée et la gloire, doux sourcis , ô baisers savoureux !
cheveux d'or, ô coustaux plantureux De lis , d'oeillets , de porphyre et d'yvoire ! O feux jumeaux , d'où le ciel me fit boire A si longs traits le venin amoureux !
vermeillons ! ô perlettes encloses !
O diamants ! ô lis pourprés de roses !
chant qui peux les plus durs émouvoir,
Et dont l'accent dans les âmes demeure.
Eh! dea! beautés, reviendra jamais l'heure Qu'entre mes bras je vous puisse ravoir (a)?
a, Var. :
voix qui peux, ainsi qu'un enchanteur,
Coup dessus coup toute mon ame esteindrt!
Pour son pourtrait Nature te fit peindre :
L'outil la Grâce, Amour en fut l'autheur,