‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 44 sur 227 · Imite du 1 58e sonnet de Pétrarque, ire partie · texte numérisé non relu

Imite du 1 58e sonnet de Pétrarque, ire partie

Premier Livre. 5)

Dont la clairté m'a tellement ravy Qu^en mes discours autre penser n'arrive, ^a rondeur fut d'une blancheur naïye , Et ses rayons treluisoient à Tenvy.

Son lustre encor ne m'a point assouyy, Ny ne fera tant qu'au monde je vive.

Cent et cent fois, pour la pescher à bas, Tout recoursé je devalay le bras, Et ia déjà content je la tenoye .

dans un archer, de mon bien envieux ,

gui troubla l'eau et m'esbiouit les yeux our jouir seul d'une si chère proye.

XCII(i).

Le premier jour du mois de may. Madame, Dedans le cœur je senti vos beaux yeux Bruns , doux, courtois, rians, délicieux, Qui d'un glaçon feroient naistre une flame.

De leur beau jour le souvenir m'cnflame, Et par penser j*en deviens amoureux.

! de mon cœur les meurtriers bieiihheureux !

Vostre vertu je sens -usaues en l'ame.

Yeux oui tenez la det de mon penser, Maistres de moy. qui peustes offenser D'un seul regard ma raison toute esmeue,

Ha! que je suis de vostre amour époingt!

Las ! je devois jouir de vostre veue Plus longuement, ou bien ne vous voir point.

xcin.

Soit que son or se crespe lentement.

Ou soit gu'il vague en deux glissantes ondes , Qui çà, qui là, par le sein vagabondes, Et sur le col nagent follastrement;

I. Ce sonnet n'appartient point à l'autheur, mais à quelcun qui prenoit congé de sa maistresse. (M.)

Ou soit qu'un nœud, diapré tortement De maints rubis et maintes perles rondes , Serre les flots de ses deux tresses blondes , Mon cœur se plaist en son contentement.

Quel plaisir est-ce , ainçois Quelle merveille , Quand ses cheveux , troussez aessus Toreille , D'une Venus imitent la façon !

Quand d'un bonnet son chef elle adonise, Et qu'on ne sçait , tant bien elle déguise Son chef douteux, s'elle est fille ou garçon I

De ses cheveux la rousoyante Aurore Esparsement les Indes remplissoit, Et ja le ciel à longs traits rougissoit De maint émail C{ui le matin décore ,

Quand elle veid la nymphe que j'adore Tresser son chef, dont l'or oui jaunissoit Le crespe honneur du sien éolouissoit , Voire elle-mesme et tout le ciel encore.

Lors ses cheveux vergongneuse arracha, Si qu'en pleurant sa face elle cacha , Tant la beauté des beautés luy ennuyé;

Et ses souspirs , parmi l'air se suivants , Trois jours entiers enfantèrent des vents.

Sa honte un feu et ses yeux une pluye.

Pren ceste rose , aimable comme toy, Qui sers de rose aux roses les plus belles , Qui sers de fleur aux fleurs les plus nouvelles, Dont la senteur me ravit tout de moy.

Pren ceste rose , et ensemble reçoy Dedans ton sein mon cœur, qui n'a point d'ailes ; I! est constant , et cent playes cruelles N'ont empesché qu'il ne gardast sa foy. La rose et moy différons d'une chose :

Premier Livre. 55

Un soleil void naistre et moarir la rose; Mille soleils ont vu naistre m'amour, Dont Faction jamais ne se re]K>se.

Ha! plut à Dieu que telle amour, éclose Comm^ une fleur, ne m'eust duré qu'un jour !

Avecque moy pleurer vous devriez bien , Tertres bessons , pour la fascheuse absence De celle-là qui fut par sa présence Vostre soleil , ainçois qui fut le mien.

Las 1 de quels maux , Amour, et de combien, Une beauté ma peine recompense , Quand, plein de honte , à toute heure je pense Qu'en un moment j'ay perdu tout mon bien !

Or, adieu donc, beauté qui me desdaignes !

Bois et rochers, nvieres et montaignes Vous pourront oien eslongner de mes yeux ,

Mais non du cœur, que prompt il ne vous suive. Et que dans vous plus que dans moy ne vive.

Comme en la part qu'il aime beaucoup mieux.

Tout me desplaist , mais rien ne m'est si grief Que ne voir point les beaux yeux de ma dame , Qui des plaisirs tes plus doux de mon ame Avecques eux ont emporté la clef.

Un torrent d'eau s'escoule de mon chef.

Et, tout confus, de souspirs Je me pâme, Perdant le feu dont la divine flame Seule guidoit de mes pensers la nef.

Depuis te jour que je senty sa braise, Autre beauté je n'ay veu qui me plaise, Ny ne verray ; mais bien puissé-je voir,

Qu'avant mourir seulement ceste fere(i)

]. Fiere comme une beste sauvage. (M.)

50 Amours.

D'un seul tour d'oeil promette un peu d'espoir Au coup d'Amour dont je me désespère.

Jaloux Soleil , contre Amour envieux , Soleil masqué d'une face blesmie , Qui par trois jours as retenu m'amie Seule au logis par un temps pluvieux ,

Je ne croy plus tant d'amours que les vieux Chantent de toy ; ce n'est que poésie.

S'il eust jadis touché ta fantaisie , D'un mesme mal tu serois soucieux.

Par tes rayons à la pointe cornue En ma faveur eusses rompu la nue, Faisant d'obscur un temps serein et beau.

Va te cacher, vieil pastoureau champestrel Tu n'es pas digne au ciel d'estre un flambeau , Mais un bouvier qui meine les bœufs paistre.

fj uand je vous voi . ou auand je pense en vous , ^"V^^Je ne sais quoi aans le cœur me frétille , Qui me pointelle et tout d'un coup me pille L?ésprit emblé d'un ravissement doux.

Je tremble tout de nerfs et de genous , Comme la cire au feu je me distile Sous mes soupirs, et ma force inutile Me laisse froid, sans haleine et sans pous.

Je semble au mort au'on dévale en la fosse , Ou à celui qui d'une fièvre grosse Perd le cerveau , dont les esprits mués

Revent cela qui plus leur est contraire.

Ainsi mourant )e ne saurai tant faire Que je ne pense en vous qui me tuez (a).

tf. Var. :

Je semble au mort qu'en la fosse on dévale,

Premier Livre. )7

Morne de corps, et plus morne d'esprits.

Je me trainois dans une masse morte, Et , sans sçavoir combien la Muse apporte D'honneur aux siens , je l'avois à mespris.

Mais aussi tost que de vous je m'épris, Tout aussitôt vostre œil me fut escorte A la vertu, voire de telle sorte Que d'ignorant je devins bien appris.

Doncques, mon tout, si je fay quelque chose, Si dignement de vos yeux je compose, Vous me causez vous-mesme ces effets.

Je pren de vous mes grâces plus parfaites ; Vous m'inspirez, et deoans moy vous faites, ^ Si je fay bien , tout le bien que je fais.

Las ! sans la voir à toute heure je voy Geste beauté dedans mon cœur présente ; Ny mont, ny bois, ny fleuve ne m'exente, Que par pensée elle ne parle à moy.

Dame, qui sçais ma constance et ma foy, Voy, s'il te plaist, que le temps qui s'absente Depuis sept ans en rien ne des-augmente Le plaisant mal que j'endure pour toy.

de l'endurer lassé je ne suis pas, Ny ne seroy-je, allassé-je là bas

Tant je suis hâve, espouvantable et pale, Voyant mes sens par la mort se muer;

Et toutesfois je me plais en ma braise.

D'un mesmemal nous sommes tous deux aise, Moy de mourir, et vous de me tuer.

I. L'argument de ce sonnet est pris de Pétrarque, canz. 8, I.

58 Amours.

Pour mille fois en mille corps renaistre.

Mais de mon cœur sans plus je suis lassé ( i ) >

aui me desplaist et qui plus ne peut estre [len comme il fut, puis que tu Vas chassé.

Sur du sablon la semence j'épan ; Je sonde en vain les abysmes d'un couffre; Sans qu'on m'invite à toute heure je m ouffre (â), Et sans loyer mon âge je dépan.

A son portrait pour un veu je m'apan , Devant son feu mon cœur se change en soulfre , Et pour ses yeux cruellement je souffre Dix mille maux , et d'un ne me repan.

Qui sauroit bien quelle trempe a ma vie D'estre amoureux n'auroit jamais envie.

De chaud, de froid je me sens allumer,

Tout mon plaisir est rempli d'amertume , Je vi d'ennuy, de dueil je me consume:

En tel estât je suis pour trop aimer.

cm.

Devant les yeux nuict et jour me revient Le saint pourtrait de 1 angelique face ; Soit que j'escnve , ou soit que l'entrelace Mes vers au luth , toujours u m*en souvient.

Voyez 2 pour Dieu , comme un bel œil me tient En sa pnson et point ne me délace , Et comme il prend mon cœur dedans ^a nasse Qui de pensée à mon dam l'entretient.

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