Sur deux yeux
}. Se convertir en plaines. C'est ce que les Latins disent subsidere.
4. S'eslever comme montaignes. Mot nouveau. Une telle fin de sonnet est dans Pétrarque. (M.)
5. Toutes sortes de pommes sont dédiées à la Volupté , aux Grâces et à l'Amour. Tout ce qui est le plus délicat et mignard en l'amour tire sur la forme ronde : la teste, les yeux, le menton, les joués, que les Latins appellent malas, quasi mala; les tetins, Penflure du ventre, les genoux, le rond des cuisses, et les autres belles parties de la femme. (M.)
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Premier Livre. 8i
Espouvanté, je cherche une fontaine Four expier un horrible songer, Qui toute nuict ne m'a fait que ronger Ùkiae effroyée au travail de ma peine.
II me sembloit que ma douce inhumaine Crioit : « Amy, sauve-moy du danger ; A toute force un larron estranger Par les forests prisonnière m'emmeine. »
Lors en sursaut, où me guidoit la vois, Le fer au poing je brossay par le bois ; Mais en courant après la desrobée,
Du larron mesme assaillir me suis veu ,
Sui, me perçant le cœur de mon espée, [^a fait tomber dans un torrent de teu.
CHANSON(i).
Las! je n'eusse jamais pensé, Dame qui causes ma langueur, De voir ainsi récompensé Mon service d'une rigueur.
Et qu'en lieu de me secourir Ta cruauté m'eust fait mourir.
Si , bien accort, j'eusse apperceu , Quand je te yy premièrement.
Le mal que j'ay depuis receu Pour aimer trop loyalement.
Mon cœur, qui franc avoit vescu, N'eust pas esté si tost vaincu.
Mais tu fis promettre à tes yeux , Qui seuls me vindrent décevoir, De me donner encore mieux Que mon cœur n'esperoit avoir ;
I. Cette chanson est faite sur une lettre que Bradamante escrit à Roger, en TArioste. (M.)
Ronsard. — I. 6
82 Amours.
Puis , comme jaloux de mon bien , Ont transformé mon aise en rien.
Si tost que je vis leur beauté , Amour me força d'un désir D'assujettir ma loyauté Sous l'empire de leur plaisir.
Et décocha de leur regard Contre mon cœur le premier dard.
Ce fut, Dame, ton bel accueil
8ui, pour me faire bien-heureux, l^ouvrit par la clef de ton œil Le paradis des amoureux , Et , fait esclave en si beau lieu , D'un homme je devins un dieu.
Si bien que, n'estant plus à moy.
Mais à l'œu qui m'avoit blessé , Mon cœur en gage de ma foy A mon vainqueur j'ai délaisse , Où serf si doucement il est Qu'autre liberté luy desplaist ;
Et , bien qu'il souffre jours et nuits Mainte amoureuse adversité , Le plus cruel de ses ennuis Luy semble une félicité, Et ne sçauroit jamais vouloir Qu'un autre œil le face douloir.
Un grand rocher qui a le doz Et les pieds tousjours outragez , Ores des vents , ores des flots , Contre les rives enragez, N'est point si ferme que mon cœur Sous 1 orage d'une rigueur :
Car luy, de plus en plus aimant Les beaux yeux qui l'ont en-reté, Semble du tout au diamant , Qui , pour garder sa fermeté.
Se rompt plustost sous le marteau Que se voir tailler de nouveau.
Premier Livre. 8j
Ainsi ne l'or qui peut tenter, Ny grâce , beauté , ny maintien , Ne sçauroit dans mon cœur enter Un autre portrait que ie tien , Et plustost il mourroit d'ennuy, Que d'en souffrir un autre en luv.
II ne faut donc , pour empescner Qu'une autre dame en ait sa part, L'environner d'un grand rocher, Ou d'un fossé , ou d'un rempart :
Amour te l'a si bien conquis, Que plus il ne peut estre acquis.
Chanson, les estoilles seront La nuict sans les cieux allumer.
Et plustost les vents cesseront De tempester dessus la mer, Que de ses yeux la cruauté Puisse amoindrir ma loyauté.
CXLIII(i).
Un voile obscur par l'horizon espars Troubloit le ciel d'une humeur survenu Et l'air^ crevé d'une gresle menue , Frappoit à bonds les champs de toutes pars.
Desja Vulcan les bras de ses soudars Hastoit , dépit, à la forge cognue.
Et Jupiter dans le creux d'une nue Armoit sa main de l'esclair de ses dars ,
Quand ma nymphette, en simple vertugade, Cueillant les fleurs , des raiz de son œillade Essuya l'air gresleux et pluvieux ,
Des vents sortis rempnsonna les tropes , Et ralenta les marteaux des Cyclopes , Et de Jupin rasséréna les yeux.
I. Le tout est moulé sur le 33e et 34e sonnet de la première partie de Pétrarque. (M.)
84 Amours.
En autre part les deux flambeaux de celle Qui m'esclairoit sont allez faire jour, Voire un midy, qui, d'un stable séjour, Sans annuiter dans les cœurs estincelle.
Hé I que ne sont et d'une et d'une autre aele Mes deux costez emplumez à l'entour?
Haut par le ciel , sous l'escorte d'Amour, Je voleroy comme un cygne auprès d'elle.
De ses deux raiz ayant percé le flanc , J'empourpreroy mes plumes en mon sang.
Pour tesmoigner la peine que j'endure;
Et suis certain que ma triste langueur Pourroit fléchir non seulement son cœur De mes souspirs , mais une roche dure.