Fleur que le vulgaire nomme passevelours. (M
90 Amours.
CLVI(i).
Or' que Jupin , espoint de sa semence , Hume à longs traits les feux accoustumez, Et que le chaud de ses reins allumez L'humide sein de Junon ensemence ;
Or* que la mer, or* que la véhémence Des vents fait place aux grans vaisseaux armez , Et oue l'oiseau (2) parmy les bois ramez Du Thracien les tançons recommence ;
Or' que les prez , et ore que les fleurs De mille et mille et de mille couleurs Peignent le sein de la terre si gaye ;
Seul et pensif, aux rochers plus secrets, D'un cœur muet, )e conte mes regrets, Et par les bois je vay celant ma playe.
MADRIGAL. (1572
aue maudit soit le miroêr qui vous mire, Et vous fait estre ainsi fiere en beauté , Ainsi enfler le cœur de cruauté , Me refusant le bien que je désire !
Depuis trois ans pour vos yeux je souspire , Et si mes pleurs , ma foy, ma loyauté^ N'ont, las! je meurs! de vostre cœur osté Ce doux orgueil qui cause mon. martyre.
Et cependant vous ne cognoissez pas Que ce beau mois et vostre âge se passe , Comme une fleur qui languit contre-bas ,
1. Le commencement est prins de Virgile, au second des Georgiques :
Vere tument terre, et genitalia semina poscunt, etc. (M.)
2. Philomèle, changée en rossignol , qui se plaint de roatragc de Térce, roi de Trace, son beau-frère. (Ovide, Métam. 6e.) (M.)
Premier Livre. 91
Et que le temps passé ne se ramasse.
Tandis qu'avez la jeunesse et la grâce , Et le temps propre aux amoureux combas , De tous plaisirs ne sovez jamais lasse , Et sans aimer n*attenaez le trespas.
Puissé-je avoir ceste ferc aussi vive Entre mes bras qu'elle est vive en mon cœur ( i ) ! Un seul moment guariroit ma langueur Et ma douleur feroit aller à rive.
Plus elle court et plus elle est fuitive Par le sentier d'audace et de rigueur, Plus je me lasse, et, recreu de vigueur, Je marche après d'une jambe tardive.
Au moins escoute , et ralente tes pas (>) :
Comme veneur je ne te poursuy pas.
Ou comme archer qui blesse à l'impourveue,
Mais comme amy de ton amour touché , Du fer cruel qu'Amour m'a décoché , Forgeant ses traits des beaux rais de ta veue.
Contre le Ciel mon cœur estoit rebelle.
Quand le Destin , que forcer je ne puis , Me fit revoir la dame à qui je suis , Ains que vestir ceste escorce nouvelle (5).
Un chaud adonc de moelle en moelle.
De nerfs en nerfs , de conduits en conduits ,