CXCIX
Cduy oui fit le n^de façonné Sur le compas de son parfait exemple.
Le couronnant des voûtes ae son temple, M'a, par destin, ton esclave ordonne.
Comme Tespnt qui saintement est né Pour voir son Dieu, quand sa face il contemple. De tous ses maux un salaire plus ample Que de le veoir ne luy est point donné,
Ainsi je perds ma peine coustumiere, Quand à long^ traits j 'œillade la lumière De ton bel œil , chef-d'œuvre nompareil.
Vojlà pourquoy, quelque part qu'il séjourne, Tous|ours vers luy maugré-moy je me tourne, Comme un soucy aux rayons du soleil.
ce. (157a.)
Le doux sommeil , qui toute chose appaise , N'appaise point le soing qui m'a ravy ; En vous je meurs , en vous seule je vy .
Ne voyant rien, sinon vous, qui me plaise.
Vos yeux au cœur m'ont jette telle oraise, Qu'un leu toujours depuis m'a poursuivy; Et dés le jour qu'en dansant je vous vy, ,
Je meurs pour vous, et si en suis bien aise.
De mal en mal , ae soucy en soucy, J'ay l'ame triste et le corps tout transi , Sans eschauiïer le froid de vostre glace.
Au moins lisez, et voyez sur mon front Combien de morts vos doux regards me font :
Le soin caché se cognoist à la face.
(i) Ce sonnet est presque traduit d'un de Bembo , qui se commence :
L'alta cagion (M.
Ronsard, — I «
114 Amours.
Comme on souloit, si plus on ne me blasme D'avoir l'esprit et le coq>s ocieux.
Je t'en rends j^race, heureux traits de ces yeux Qui m'as poli Timparfaict de mon ame.
Lie seul ravon de si gentille flame , Dressant en 1 air mon vol audacieux, Pour voir le tout, m'esleva jusqu'aux cieux , Dont icy bas la jpartie m'enflame.
Par le moins oeau , qui mon penser aila, Au sein du beau mon penser s'envola , Espoinçonné d'une manie extrême.
Là, du vray beau j'adore le parfait, Là , d'ocieux, actif je me suis fait , Là je cogneu ma maistresse et moy-mesme.
CCH.
Brave Aquilon , horreur de la Scythie, Le chasse-nue et l'esbranle-rocher, L'irrite-mer, et qui fais approcher Aux enfers l'une , aux cieux l'autre partie ,
S'il te souvient de la belle Orithve (0, Toy, de l'hyver le ministre et l'arcner, Fais à mon Loir ses mines relascher.
Tant que ma dame à rive soit sortie :
Ainsi ton front ne soit jamais moiteux, Et ton gosier horriblement venteux Mugle tousjours dans les cavernes basses ;
Ainsi les bras des chesnes les plus vieux , Ainsi la terre et la mer et les cieux Tremblent d'effroy quelque part où tu passes.
I. C'est le nom d'une fiUe du roy Erechthée, de laquelle le vent Borée fut amoureux et la ravit. (M.)
Premier Livre. iis
Sœur de Paris (i), la fille au roy d'Asie, A qui Phœbus en doute fit avoir Peu cautement l'aiguillon du sçavoir, Dont sans profit ton ame fut saisie ,
Tu varieras vers moy de fantaisie , Puisqu'il te plaist (bien <(ue tard) de vouloir Changer ton Loire aux nves de mon Loir, Voire y fonder ta demeure choisie.
En ma faveur le Ciel te guide icy, Pour te monstrer de plus prés le soucy Qui peint au vif de ses couleurs ma face.
Yien, Nymphe , vien : les rochers et les bois, Qui de pitié s'enflament sous ma vois, De leurs soupirs eschauferont ta glace.
CCIVp).
L'or crespelu que d'autant plus j'honore Que mes douleurs s'augmentent de son beau , Laschant un jour le noud de son bandeau, S'esparpilloit sur le sein que j'adore.
Mon cœur, helas! qu'en vain je r'appelleore.
Vola dedans ainsi au'un jeune ovseau , Qui , s'enfeuillant aedans un arorisseau , De branche en branche à son plaisir s'essore;
Lorsque voici dix beaux doigts yvoirins Qui, ramassant ses blonds filets orins, Pns en leurs rets esclave le lièrent.
J'eusse crié , mais la peur que j'avois
1. II la nomme sœur de Paris, à cause que Paris esloit frète de Cassandre, fille de Priam. (M.)
2. La fiction de ce sonnet est prinse de Bembo, au sonnet qui se commence :
Da qne' bd crin... (M.)
1 16 Amours.
Gela mes sens , mes poumons et ma voix ; Et cependant le cœur ils me pillèrent {a).
'homme est vraiment ou de plomb ou de bois S'il ne tressaut de crainte et de merveille
Quand face à face il void ma non^^pareille, Ou quand il oyt les accords de sa voix ;
Ou quand, pensive, aux jours des plus beaux mois, La voit à part (comme un qui se conseille) Tracer les prés , et d'une main vermeille Tirer de rang les fleurettes de choix (^);
Ou quand , l'esté , lorsque le chaud s'avale , Au soir, à l'huys il la void qu'elle égale La soye à l'or d'un pouce ingénieux ;
Puis de ses doits , aui les roses effacent , Toucher son luth , et d'un tour de ses yeux Piller les cœurs de mille hommes qui passent.
Avec les fleurs et les boutons esclos Le beau printemps fait printaner ma peine.
Dans chaque nerf et aedans chaque veine Soufflant un feu qui m'ard jusques à l'os.
Le marinier ne compte tant de flos
a. Var. :
Prindrent mon cœur en leur ret, (jui m'affole.
Je levj bien, mais je ne peas crier, Tant un effroy ma langue vmt lier.
Glaçant d'un coup mon cœur et ma parolle.
b. Var. :
Amour tout seul seulette la conseille Par les jardins, et d'une fleur vermeille Fait un bouquet trié de ses beaux doits.
Premier Livre. 117
Quand plus Borée horrible son haleine, Ny de sablons l'Afrique n'est si pleine , Que de tourmens dans mon cœur sont enclos.
J'ay tant de mal qu'il me prendroit envie Cent fois le jour de me trancher la vie , Minant le fort où lo§[e ma langueur ,
Si ce n'estoit que )e tremble de crainte Qu'après ma mort ne fust la playe esteinte Du coup mortel qui m'est si doux au cœur.
CCVIIC).
Si blond , si beau comme est une toison Qui mon dueil tue et mon plaisir renforce Ne tut oncq l'or aue les taureaux par force Aux champs de Mars donnèrent à Jason.
De ceux qui Tyr ont esleu pour maison Si fine soye au mestier ne fut torce , Ny mousse au bois ne reyestit escorce Si tendre qu'elle en la prime saison.
Poil folfeton où nichent mes liesses, Puis que pour moi tes compagnons tu laisses, Je sens ramper l'espérance en mon cœur.
Courage, Amour, desja la ville est prise Lors qu'en deux parts, mutine, se divise.
Et qu une part se vient rendre au vainqueur.
CCVIH.
D'une vapeur enclose sous la terre Ne s'est pas fait cet esprit ventueux , Ny par les champs le Loir impétueux De neige cheute à toutes brides n'erre;
Le prince Eoie en ces mois ne déterre L'esclave orgueil des vents tumultueux , Ny l'Océan des flots tempestueux De sa grand' clef les sources ne desserre.