I. Ce sonnet ni le CClXe n'appartiennentpointà Cassandre
ii8 Amours.
Seuls mes souspirs ont ce vent enfanté, Et de mes pleurs le Loir s'est augmenté Pour le départ d'une beauté si fiere;
Et m'esbahis, de tant continuer Souspirs et pleurs , que je n'ay veu muer Mon cœur en vent et mes yeux en rivière.
ce IX.
Je suis plus aise en mon cœur que les Dieux Quand maugré toi tu me baises , Maistresse ; De ton baiser la douceur larronnesse Tout esperdu m'en-voie jusqu'aux cieux.
Quant est de moy , j'estime beaucoup mieux Ton seul baiser que si quelque déesse, En cent façons doucement tenteresse, M'accoloit nud d'un bras délicieux.
Il est bien vrai que tu as de coustume D'entremesler tes baisers d'amertume , Les donnant courts. Mais quoi? Je ne pourrois
Vivre autrement : car mon ame, qui touche Tant de beautés, s'enfuyroit par ma bouche , Et de trop d'aise en ton sein )e mourrois.
Des maris grecs l'industrieuse Heleine, L'aiguille en main , retraçoit les combas; Dessus ta gaze en ce poinct tu t'esbas , Traçant le mal duquel ma vie est pleine.
Mais, tout ainsi, Maistresse, que ta leine D'un filet noir figure mon trespas , Tout au rebours , pourquoy ne peins-tu pas De quelque verd un espoir à ma peine ?
Las ! )e ne vois sur ta gaze rangé Sinon du noir , sinon de l'orangé , Tristes tesmoins de ma longue souffrance.
fier Destin ! son œil ne me desfait
Prbmisr Livrs. 119
Tant seulement, mais tout ce qu'elle fait Ne me promet qu'une désespérance.
L'arc contre qui des plus braves gendarmes Ne vaut Tarmet, le plastron ny Tescu , D'un si doux trait mon courage a vaincu Que sur le champ je luy rendy les armes.
Comme, inconstant, je n'ay point fait d'alarmes Depuis que serf sous Amour j'ay vescu, ' Ny eusse peu, car pris je n'ay oncq eu Pour tout secours que 1 aide de mes larmes.
Il est bien vrai qu'il me fasche beaucoup D'estre défait, mesme du premier coup.
Sans résister plus long temps à la guerre ;
Mais ma défaite est diene de grand pris , Puis que le roy , ains le dieu . qui m'a pris, Combat le del , les enfers et la terre.
Cet œil besson dont goulu je me pais, Qui fait rocher celuy qui s*en approuche, Ore d'un ris , or' d'un regard farouche j Nourrit mon cœur en querelle et en paix.
Par vous, bel œil, en souffrant je me tais; Mais, aussitost que la douleur me touche, Toy , belle , saincte et angelique bouche , De tes douceurs re-vivre tu me fais.
Bouche, pourquoy me viens-tu secourir, Quand ce oel œil me force de mourir ?
Pourquoy veux-tu que vif je redevienne?
Lasl bouche^ las l Je revis en langueur Pour plus de soin , afin que le soin vienne Plus longuement se paistre de mon cœur.
120 Amours.
ce XI IL
Depuis le jour que captif je souspire , L'an dedans soi s*est tourné par sept fois ; (Sous astre te) je pris lliaim) toutesfois , Plus qu'au premier ma fièvre me martyre.
Quand je soulois en ma jeunesse lire Du Florentin les lamentables vois , Comme incrédule alors je ne pouvois, En le mocquant, me contenir de rire.
Je ne pensois, tant novice j'estoy, Qu'homme eust senty ce que je ne sentoy, EFpar mon fait les autres je jugeoie;
Mais l'archerot, qui de moy se fascha, Pour me punir, un tel soin me cacha Dedans le cœur, qu^onques puis je n'eus joie.