‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 76 sur 227 · CCXIV · texte numérisé non relu

CCXIV

Çj uand je te voy seule assise à par toy, ^^^Toute amusée avecques ta pensée , Un peu la teste encontre-bas baissée, Te retirant du vulgaire et de moy,

Je veux souvent , pour rompre ton esmoy^ Te saluer; mais ma voix offensée De trop de peur se retient amassée Dedans la bouche , et me laisse tout co^y.

Souffrir ne puis les rayons de ta veue ; Craintive au corps, mon ame tremble esmeue; Langue ne voix ne font leur action :

Seuls mes souspirs, seul mon triste visage ^ Parlent pour mov, et telle passion De mon amour donne assez tesmoignage.

De veîiie en veine et d'artère en artère, De nerfs en nerfs, le salut me passa Que l'autre jour ma dame prononça.

PREMisa Livre. 121

Me promenant tout triste et solitaire.

Il ^t si doux que je ne puis m'en taire.

Tant en passant d'aiguillons me laissa, Et tellement de son trait me blessa Que de mon cœur il ne fit qu'un ulcère.

Les yeux, la voix, le gracieux maintien^ A mesme fois s'accordèrent si bien , Qu'au seul gouster d'un si nouveau plaisir

rîon espéré s'effroya l'ame toute, Et, pour aller rencontrer son désir («), De me laisser fut mille fois en doute.

GCXVI. C1572.)

Çj ue dites-vous, (fae faites-vous, mitonne ? ^^^Que songez-voas ? Pensez-vous pomt en moy ? Avez-vous point soucy de mon esmoy , Comme de vous le soucy m'espoinçonne ?

De vostre amour tout le cœur me bouillonne ; Devant mes yeux sans cesse je vous voy.

Je vous entens; absente, je vous oy.

Et mon penser d'autre amour ne resonne.

J'ay vos beautez, vos grâces et vos yeux Gravez en moy. les places et les lieux Où je vous vy oanser, parler et rire.

Je vous tien mienne , et si ne suis pas mien : Je me perds tant en vous, que je désire , Que tout sans vous, maistresse , ne m'est rien (b),

ë. Var. :

Que rame fut d'un tel' plaisir si gloute,

Qu'affriandie au goust d'un si doux bien, Entre-rompant son terrestre lien.

b. Var. (1584) :

Vous estes seule en ^ui mon cœur respire, Mon œil, mon sang, mon malheur et mon bien

122 Amours.

Mets en oubly, Dieo des herbes puissant , Le mauvais tour aue non loin d'Hellesponte Te fit m 'amie, et vien d^une main pronte Guérir son teint, de fièvres pallissant;

Tourne en santé son beau corps périssant 1 Ce te sera , Phebus, une grand' nonte , Si la langueur sans ton secours surmonte L'œil qui te tient si long-temps languissant.

En ma faveur si tu as pitié d'elle, Je chanteray comme l'errante Dele S'enracina sous ta voix, et comment

Python sentit ta première conqueste , Et comme Daphne aux tresses de ta teste Donna l'honneur du premier ornement.

CCXVIH.

Bien que ton trait, Amour, soit rigoureux, Et toy remply de fraude et de malice.

Assez, Amour, en te faisant service, Plus qu'on ne croit j'ay vescu bien-heureux :

Car la beauté qui me fait langoureux , Non, mais qui veut qu'en vain je ne languisse, Hier au soir me dit que je tondisse De son poil d'or un lien amoureux.

J'eu tant d'honneur que de son ciseau mesme Je le tranchay. Voyez l'amour extresme, Vovez , amans, la grandeur de mon bien I

Jamais ne soit qu'en mes vers je n'honore Ce doux ciseau, et ce beau poil encore.

Qui mon cœur presse en un si doux lien !

Si , hors du cep (0 où je suis arresté.

Cep où l'Amour de ses flèches m'encloue ,

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