I. Qui préside aux bleds. (B
Second Livre. I)5
D'espics frisez au travers des sillons, Je pense voir ses beaux cheveux de soye , Refrisottés en mille crespillons.
[Si j'aperçoi quelaue table carrée D'ivoire ou jaspe aplani proprement , Je pense veoir (a voûte mesurée De son beau froqt égatlé pleinement.]
Si le croissant au premier mois j'avise, Je pense voir son sourcil ressemblant A I arc d'un Turc qui la sagette a mise Dedans la coche, et menace le blanc.
Quand à mes yeux les estoilles drillantes Viennent la nuict en temps calme s'offrir, Je pense voir ses prunelles ardantes, Que je ne puis ny fuire ny souffrir.
Quand j apperçoy la rose sur l'espine, Je pense voir de ses lèvres le teint; Mais la beauté de l'une au soir décline.
L'autre beauté jamais ne se desteint.
Quand j'apperçoy les fleurs dans une prée S'espanouir au lever du soleil , Je pense voir de sa face pourprée Et de son sein le beau lustre vermeil.
Si j'apperçoy quelque chesne sauvage Qui jusqu'au ciel élevé ses rameaux , Je pense en luy contempler son corsage, Ses pieds , sa grève et ses coudes jumeaux.
Si j'enten bruire une fontaine claire, Je pense ouyr sa voix dessus le bord,
Sui , se plaignant de ma triste misère, ^appelle à soy pour me donner confort.
Voilà comment, pour estre fantastique, En cent façons ses beautez j'apperçoy, /
Et m'esjouy d'estre melancnoiique , Pour recevoir tant de formes en moy.
Amour vrayment est une maladie ; Les médecins la sçavent bien juger, En la nommant fureur de fantasie,
){6 Amours. .
Qui ne se peut par herbes soulager..
' J'aimerois mieux la fièvre dans mes veines, Ou quelque peste , ou quelque autre douleur, Que de souffrir tant d'amoureuses peines*, Qui sans tuer nous consomment té cœur (â).
Or-va , chanson , dans te sein de Marie , Qui me fait vivre en pénible soucy, Pour t'asseurér (]ue ce n'est tromperie Des visions que je raconte icy.
urat (0 , après ta mort la terre n'est pas digne ' De pourrir en la tombe un tel corps que le tien ; Les Dieux le changeront en une voix , ou bien , Si écho ne suffist , le changeront en cygne ,
Ou en ce corps oui vit oe rosée divme , Ou en mouche qui tait le miel hymettien , Ou en Toiseau qui chante , et le crime ancien De Terée au pnntemps redit sur une épine {^) ;
Ou , si tu n es changé tout entier en quelqu'un , Tu vestiras un corps (]ui te sera commun Avecques tous ceux-ci, participant ensemble
a. Var. :
Dont le bon-heur n'est sinon que malheur.
b. Var. :
Tu fus en ton vivant des Muses le soustien, Et pource après ta mort tu deviendras un Cfgae. Tu deviendras cigalUj ou mousche limousine^ ui fait un miel plus doux que n'est l'hymettien,
qui maudit Teri sur une espine.
Ou voix qui redit totit^ et si Ou l'oiseau qui maudit Teri
et si ne redit rien^
1. Ce sonnet est fait en faveur de Jean d'Auiat, poète du roy es langues grecque et latine. (B.)
Second Livre. I)7
De tous (car un pour toy suffisant ne me semble), Et d'homme seras tait un beau monstre nouveau , De voix y cygne, cigalle, et d'avette et d'oiseau.
MADRIGAL
Hé n'est-ce, mon Pasquier(»), hé n'est-ce pas grand cas ?
Bien que le corps party de tant de membres j'aye , De muscles . nerfs , tendons , poulmons , artères , faye , De mains , de pieds , de flancs , de jambes et de bras ,
Qu'Amour les laisse en paix et ne les navre pas, Et oue luy pour son but opiniastre essaye De laire aans mon cœur une éternelle playe .
Sans aue jamais il vise ou plus haut ou plus oas ?
Il n est tel en mon cœur qu'on le feint en peinture. S'il estoit un enfant sourd , volage , aveuglé , Il ne feroit en l'ame une telle ouverture, Et son coup ne seroit si seur ne si reiglé.
Ce n'est pas un enfant, car ses traicts sans mesure Ne se vienctroient ficher tousjours en mesme lieu. Qu'est-K:e donc que de luy, mon Pasquier ! c'est un Dieu, Qui, sans sans viser aux cœurs, y tire de nature.
Marie, qui voudroit vostre nom retourner.
Il trouveroit Aimer (a) : aimez-moy donc, Marie ; Puisque vostre beau nom à l'amour vous convie , faut vostre jeunesse à l'amour adonner.
S'il vous piaist pour jamais vostre amy m'ordonner. Ensemble nous prendrons les plaisirs de la vie. D'une amour contre-aimée, et jamais autre envie
1. Il adresse ce madrigal à Pasquier, poëte françois et latin, advocat fameux en la Cour de Parlement de Paris. (B.)