‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 88 sur 227 · I. Pris de Marulle · texte numérisé non relu

I. Pris de Marulle

Tota est candida , tota manda , tota Succi plenula, tota moUicella, etc.

164 Amours.

Mais quoy ! si ce sot envieux Oisoit que mes yeux je n'aimasse,

Voudriez-vous bien que je laissasse Pour un sot à n'aimer mes yeux ?

CHANSON («)

Si le ciel est ton pays et ton père , Si le nectar est ton vin savoureux , Si Venus est ta délicate mère , Si Pambroisie est ton pain bien-heureux ;

Pourquoy viens-tu te loger en la terre ?

Pourquoy viens-tu te cacher en mon sein ?

Pourquoy fais-tu contre mes os la guerre ?

Pourquoy bois-tu mon pauvre sang humain ?

Pourquoy prens-tu de mon cœur no^rriture ?

O fils d'un tigre ! 6 cruel animal I Tu es un Dieu de meschante nature 1 je suis à toy, pourquoy me fais-tu mal ?

Mignonne , levez->vous , vous estes paresseuse , Ja la gaye alouette au ciel a fredonné , Et ja le rossignol doucement jai^gonné , Dessus l'espine assis, sa complamte amoureuse.

Sus 1 debout ! allons voir 1 herbelette perleuse , Et vostre beau rosier de boutons couronné , Et vos œillets aimés aasquels aviez donné Hier au soir de l'eau. d'uno main si soigneuse.

Hier en vous couchant vous me fistes promesse D'estre plutost que moy ce matin éveillée , Mais le sommeil vous tient encor toute sillée.

! . Tout est de Manille, commençant :

Si coelum patria est, puer, beatam , Si vero peperit VeHut-^beiiigna.

Ha ! je vous punirai du péché de paresse , Je vay baiser vos yeux et vostre beau tetin Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin (tf).

Je ne suis variable, et si ne veux apprendre Le mestier d'inconstance, aussi ce n'est qu'esmoy ; Je ne dy pas si Jane estoit prise de moy, Que bîentost n'oubliasse et Marie et Cassandre.

Je ne suis pas celuy qui veux Paris reprendre D'avoir manqué si tost à Pegasis de foy :

Plustost Que d'accuser ce jeune enfant de Roy D'avoir cnangé d'amour, je voudrois le défendre.

Il fist bien , il fist bien, de ravir cette Hélène , Cette Hélène qui fut de tant de beautés pleine Que du grand Jupiter on la disoit enfant.

L'amant est bien guidé d'une heure malheureuse (fr), Quand il trouve son mieux, si son mieux il ne prend, Sans grisonner au sein d'une vieille amoureuse.

C'est grand cas que d'aimer : si je suis une année Avecques ma maistresse à deviser tousjours , Et à luy raconter quelles sont mes amours ,

«. Var. :

Harsoir en vous couchant vous jurâmes vos yeux D'estre plustost que moy ce matin esvciUée; Mais le dormir de Vaube, aux filles gracieux,

Vous tient d*un doux sommeil encor les yeux sillie. Ça ça. que je les baise, et vostre beau tetin, Cent fois ^ pour vous apprendre à vous lever matin,

b, Var. :

Pour ne garder longtemps sa sotte loyauté, li fit bien £ ravir ceste jeune beauté.

i66 Amours.

L'an me semble plus court qu'une courte journée.

Si quelau'un parle à moi {a), j'en ai l'âme gennée , Ou je ne lui dis mot, ou mes propos sont lours ; Au milieu du devis s'esgarent mes discours , Et tout ainsi aue moy ma langue est estonnée.

Mais, quand je suis auprès de celle qui me tient Le cœur dedans les yeux , sans me forcer me vient Un propos dessus l'autre, et jamais je ne cesse

De baiser, de taster, de rire et de parler(^) : Car, pour estre cent ans auprès de ma maistresse, Cent ans me sont trop courts, et ne m'en puis aller.

Ij ue ne suis-je insensible ? ou que n'est mon visage ^'^^De rides laoouré ? ou que ne puis-je espandre , Sans trespasser, le sang qui , chaud , subtil et tendre , Bouillonnant dans mon cœur, me trouble le courage ?

Ou bien en mon erreur que ne suis-je plus sage ? Ou pourquoy la raison, qui me devroit reprendre. Ne commande à ma chair, sans, paresseuse, attendre Qu'un tel commandement me soit enjoint par l'âge ?

Mais que pourray-je faire Pet, puisque ma maistresse, Mes sens , mes ans , Amour et ma raison traistresse Ont juré contre moy, las I quand mon chef seroit

Bien quà sa propre ville elle fut malheureuse. U amant est bien novice, et son art il apprend,

a. Var. :

Si quelque tiers survient.

b. Var. :

Mais, quand je suis tout seul auprïs de mon plaisir, Ma langue interprétant le plus de mon désir, Alors de caqueter mon ardeur ne fait cesse;

Je ne fais qu'inventer, que conter, que parler.

Second Livre. 167

De vieillesse aussi blanc que la vieille Cumée , Si est-ce que jamais le temps n'efFaceroit Geste beauté que j'ay dans le cœur imprimée (a).

Morfee («), s*il te plaist de me représenter Geste nuict ma maistresse aussi belle et gentille Que je la vy le soir que sa vive scintille Par ne sçais ciuel regard vint mes yeux enchanter;

Et s'il te plaist , o Dieu , tant soit peu d'alenter (Misérable souhait!) de sa feinte inutile Le feu qu'Amour me vient de son aile subtile Tout alentour du cœur sans repos éventer ;

Sur le haut de mon lit en vœu ie t'appendray, Dévot , un saint tableau sur lequel je peindrai L'heur que j'aurai receu de ta forme douteuse (tf),

Et comme Jupiter à Troye fut deceu Du Somme et de Junon , après avoir receu De la simple Venus la ceinture amoureuse (>).

<i. Var. :

Encor dans le tombeau mon mal ne cesseroit, Tant l'astre eat contre moy son influence armée.

b. Var. :

J'appendraj sur mon lict ta peinture plumeuse {^), En la mesme façon que je t'auray conceu La nuict par le plaisir de ta forme douteuse.

^ I. Morphee est un dieu couvert d'ailes et de plumes

2 Jupiter fut deceu sur la montagne ra« par iuuwu v. par le Somme, ayant Junon emprunté la cemture de Vernis Sour se mettre en la bonne grâce de son mary et le faire dormir, à fin quSl n'aydast aux Troyens. Ce conte est dedans l'Iliade d'Homère. (B.)

i68 Amours.

Escumiere Venus , royne en Cypre puissante, Mère des doux Amours , à qui tousjours se joint Le Plaisir et le Jeu , qui tout animal point A tousjours reparer sa race périssante ;

Sans toy, nymphe aime-ris . la vie est languissante, Sans toy rien n'est de beau , ae vaillant ny de coint , Sans toy la Volupté joyeuse ne vient point, Et des Grâces sans toy la grâce est desplaisante.

Ores qu'en ce printemps on ne sçauroit rien, voir Qui fiche dans le cœur ne sente ton pouvoir, Sans plus une pucelle en sera-t'elle exente ?

Si tu ne veux du tout la traiter de rigueur, Au moins que sa froideur en ce mois d avril sente Quelque peu du brasier qui m'enflame le cœur.

Cache pour ceste nuict ta corne , bonne lune ; Ainsi Endymion soit tousjours ton amy, Et sans se réveiller en ton sein endormy, Ainsi nul enchanteur jamais ne t'importune 1

Le jour m'tii odieux, la nuict m'est opportune; Je crains de jour l'aguet d'un voisin ennemy; De nuict , plus courageux , je traverse parmy Le camp des espions, défendu de la brune.

Tu sçais , Lune , que peut l'amoureuse poison r Le Dieu Pan pour le prix d'une blanche toison Peut bien fléchir ton cœur. Et vous , astres insignes ,

Favorisez au feu qui me tient allumé :

Car, s'il vous en «>uvient ^ U plus pftr |^ dg jgus. signe s

Second Livre. 169

CHANSON{«)

Bon jour, mon cœur ; bon jour, ma douce vie ; Bon jour, mon œil ; bon jour, ma chère amie ;

Hé! bon jour, ma toute belle,

Ma mignardise , bon jour,

Mes délices , mon amour, Mon doux printemps , ma douce fleur nouvelle , Mon doux plaisir, ma douce cotombelle , Mon passereau , ma gente tourterelle ;

Bon jour, ma douce rebelle.

Je veux mourir si plus on me reproche' Que mon service est plus froid qu'une roche ,

De t'avoir laissé maistresse ,

Pour aller suivre le roy

Et chercher je ne sçay quoy Que le vulgaire appelle une largesse.

pTustost périsse honneur, cour et richesse , Que pour les biens jamais je te relaisse ,

Ma douce et belle déesse.

CHANSON (»)

Belle et jeune fleur de quinze ans , Oui sens encore ton enfance , Mais bien qui caches au dedans

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