‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 89 sur 227 · Pris de Manille · texte numérisé non relu

Pris de Manille

Puella mure delicatior Scytfaa »

Foliive serici comis , - Vel educata rure Pestaao fosh.

lyo Amours.

Un cœur rempli de decevance(tf).

Celant sous ombre d'amitié Une jeunette mauvaistié,

Ren-moy (si tu as quelque honte) Mon cœur, que tu m'as emmené , Dont tu ne fais non-plus de conte Que d'un prisonnier enchaisné, Ou d'un valet, ou d'un forcere Qui est esclave d'un corsaire (^).

Une autre moins belle que toy, Mais plus que toy courtoise et oonne , Le veut de grâce avoir de moy, Me priant que je le luy donne.

Elle l'aura, puis qu'autrement Il n'a de toy bon traitement.

Mais non , j'aime trop mieux qu'il meure Dedans la prison de tes mains , J'aime trop mieux qu'il y demeure Tourmente de maux inhumains , .

Qu'en te changeant , jouir de celle Qui m'est plus douce et non si belle.

Les villes et les bourgs me sont si odieux Que je meurs si je voy quelque tracette humaine. Seulet dedans les bois pensif je me promeine , Et rien ne m'est plaisant que les sauvages lieux. Il n'y a dans ces bois sangliers si furieux ,

a. Var. :

FUnr angevine de quinze ans , Ton front monstre assez de simplesse; Maisjon cœur ne cache au dedans Sinon que malice et finesse.

b. Var. :

T'esjomssant de sa misère Et te plaisant de luy desplaire.

Second Livre. 171

Ny roc si endurcy, ny ruisseau , ny fontaine , Ny arbre, tant soit sourd, qui ne sçache ma peine Et qui ne soit marry de mon mal ennuyeux.

un penser qui renaist d'un autre m'accompagne Avec un pleur amer qui tout le sein me baigne; Travaillé de souspirs qui si tristes me font ,

Que si quelque passant me trouvoit au bocage, Voyant mon poil rebours et l'horreur de mon front , Ne me diroit pas homme, ains un monstre sauvage.

Amour (comme l'on dit) ne naist d'oisiveté.

S'il naissoit du loisir, il ne fiist plus mon maistre. Je courSj je vais, je viens, et si ne me dépestre De son lien qui tient serve ma liberté.

Je ne suis point oisif et ne l'ay point esté ; Tousjours la narquebuze , ou la paume champestre , Ou l'escrime, qui rend une jeunesse adextre, Me retient en travail tout le jour arresté.

Ore le chien couchant, ore la grande chasse, Ore un ballon poussé sur une belle place , Ore nager, luitter, voltiger et courir.

M'amusent sans repos; mais plus je m'exercite. Plus amour naist dans moy, et plus je sens nourrir Son feu, qu'un seul regard au cœur me ressuscite {a).

Hé 1 que voulez-vous dire ? Estes-vous si cruelle De ne vouloir aimer ? Voyez les passereaux Qui démènent l'amottr ; voyez les eolombcaux, Regardez le ramier, voyez la tourterelle ;

a. Var. :

Jamais à mon esprit de repos je ne baille, Et si ne puis Amour de mon cœur desloger ^ Plus je suis en affaire, et plus U me travaille.

172 Amours.

Voyez deç^, delà, d'une fretiHante ailé^ Voleter par les bois les amoureux oiseaux ; Voyez la jeune vigne embrasser les ormeaux, Et toute cnose rire en la saison. nouvelle.

Icy la bergerette, en tournant son fuseau, ' Desgoise ses amours, et là le pastoureau Respond à sa chanson. Icy toute chose aime;

Tout parle de l'amour, tout s'en veut enflammer ; Seulement vostre cœur, froid d'une glace extrême , Demeure opiniastre et ne veut point aimer.

CHANSON (•)

Le printemps n'a point tant de fleurs, L automne tant de raisins meurs , L'esté tant de chaleurs hàlées , L'hyver tant de froides gelées, Ny la mer n'a tant de poissons, Ny la Beausse tant de moissons, Ny la Bretaigne tant d'arènes, .

Ny l'Auvergne tant de fontaines, Ny la nuict tant de clairs flambeaux, Ny les forests tant de rameaux,.

Que je porte au cœur, ma maistresse, Pour vous de peine et de tristesse.

CHANSONW.

Demandes-tu, chère Marie, Quelle e&t pour toy ma pauvre vie ?

Je jure par tes yeux qu'elle est

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