LE VOYAGE DE TOURS
ou LES AMOUREUX Thoinct et Perrot.
A u seigneur L *HuiUicr ( i ).
'Huillier, à qui Phœbus , comme au seul de nostre âge, . [tage ,
A donné ses beaux vers et son luth en par- En ta faveur icy je chante les amours Que Perrot et Thoinet souspirerent à Tours, iTûn espris de Francine, et Tautre de Marie.
Ce Tnoinet est Baïf, qui doctement manie Les mestiers d'Apollon ; ce Perrot est Ronsard , Que la Muse n'a fait le dernier en son art.
Si ce grand duc de Guyse, honneur de nostre France, N'amuse point ta plume en chose d'importance. Preste moy ton oreille, et t'en viens lire icy L'amour de ces pasteurs et leur voyage aussy.
'estoit en la saison que l'amoureuse Flore (») Faisoit pour son amy les fleurettes esclore, Par les prez bigarrez d'autant d'esmail de fleurs.
Que le grand arc du ciel s'esmaille de couleurs ; Lors que les papillons et les blondes avettes , Les uns cliargez au bec, les autres aux cuissettes ,
1 . Cette dédicace du Voyage de Tours à L'Huillier, riche bourgeois de Paris, peut-être le père ou le grand-père de Chapelle, ne se trouve que dans l'édition de i $60.
2. Il escrit en ce chant pastoral un voyage que Jean Anthoine de Baïf, poète françois et gentilhomme de fort bonne part, et luy , firent à Tours pourvoir leurs maistresses. Ce commencement est pris de la Thalysie de Theocrite. (B.)
Errent par les jardins, et les petits oiseaux, Voletans par les bois de rameaux en rameaux, Amassent la bêchée, et parmy la verdure Ont souci comme nous de leur race future.
Thoinet, en ce beau temps, passant par Vendomois , Me mena voir à Tours Manon, que j'aimois.
Qui aux nopces estoit d*une sienne cousine ; Et ce Thoinet aussi ailoit voir sa Francine, Que la grande Venus^ d'un trait plein de rigueur, Luy avoit prés le Clam escrite dans le cœur.
Nous partismes tous deux du hameau de Coustures ( > ); Nous passasmes Gastine (a) et ses hautes verdures ; Nous passasmes Marré (5), et vismes à mi-jour Du pasteur Phelippot s'eskver la grand' tour Qui de Beaumont la Ronce (4) honore le village, Comme un pin fait honneur aux arbres d'un bocage.
Ce pasteur, qu'on nommoit Phelippot le gaillard, Courtois , nous festoya jusques au soir bien tard. De là vinsmes coucher au eue de Lengenrie ({) , Sous des saules plantez le long d'une prairie ; Puis, dés le poinct du jour redoublant le marcher. Nous vismes en un bois s'eslever le clocher De Sainct-Cosme (6), prés Tours, où la nopcc gentille Dans un pré se faisoit au beau milieu de l'isle.
Là Francine dançoit, de Thoinet le souci; Là Marion balloit, qui fiit le mien aussi; Puis, nous mettans tous deux en l'ordre de la dance, Thoinet tout le premier ceste plainte commence :
Ma Francine, mon coeur, qu'oublier je ne puis. Bien que pour ton amour oublié je me suis ,
I . Le lieu de la naissance de nostre autheur. Département de Loir-et-Cher, arrondissement de Vendôme. — 2. Le nom d'une for^t. (B.) — j. Nom d'un village. Département
u ludiv vt. bwi.w, ...,.j:..AM«ant At> Tours 4 Le nom
d'un village. Département d'Indre-et-Loire*, anonâu»cuicai de Tours. — $. Petit village. — 6. Prieuré situé dedans une isle auprès de Tours. (B.)
184 AtfOURS.
giiand dure en cruauté tu passerais les ourses t les torrens d'byver desbôrdez de leurs courses. Et quand tu porterois en lieu d'humaine chair Au tond de Testomach pour un cœur uo rocher ; Quand tu aurois succé le laict d'uue lyonne ,
?uand tu serois autant aucune tigre félonne»
on cœur seroit encor ae mes pleurs adouci, Et ce pauvre Thoinet tu prendrois à mercv.
Je suis, s'il t'en souvient, Thoinet qui, aés jeunesse. Te voyant sur le Clain (O» t'appela sa maistresse, Qui musette et flageol à ses lèvres usa Pour te donner Diaisir; mais cela m'abusa, Car, te pensant fléchir comme une femme humaine. Je trouvay ta poitrine et ton oreille pleine» Helas 1 qui l'eust pensé ? de cent mille glaçons, Lesquels ne t'ont permis d'escouter mes chansons; Et toutefois le temps, qui les prez de leurs herbes Despouille d'an en an , et les champs de leurs gerbes, Ne m'a point despouille le souvenir du jour Ny du mois où je mis en tes yeux mon amour, N Y ne fera jamais, voire eussé-je avatlée L onde qui court là bas (>) sous l'obscure vallée.
C'estoit au mois d'avril, Francine, il m'en souvient. Quand tout arbre florit, quand la terre devient De vieiUesse en jouvence , et l'estrange arondelle Fait contre un soliveau sa maison naturelle; Quand la limace, au dos qui porte sa maison.
Laisse un trac sur les fleurs; quand la blonde toison Va couvrant la chenille, et quand parmy les prées Volent les papillons aux ailes diaprées , Lors que fol je te vy, et depuis ]e n'ay peu Rien voir après tes yeux que tout ne m'ait despieu.
Six ans sont jà passez, et si dedans Toreille J'entens encor le son de ta voix nompareille,
rrXe Clain «nïTrivicrc qui passe par Poictiers , où piemierement Baff fut amoureux de Francine. (B.) 2. L'eau de Lethés , Teau qui fait perdre la mémoire. (B.)
Second Livre. 185
Qui me gaigna ie cœur, et me souvient encor De ta vermeille bouche et de tes cheveux d'or, De ta main, de tes yeux, et si le temps qui passe A depuis desrobé quelque pjeu de leur grâce.
Si est-ce que de toi je ne suis moins ravy Que je fos sur le Clain le jour que je te vy Surpasser en beauté toutes les pastourelles Que les jeiines pasteurs estimoient les plus belles; Car je n'ay pas esgard à cela que tu es.
Mais à ce que tu fus, tant les amoureux traits Te gravèrent dans mov, voire de telle sorte Que telle que tu'Ius telle au cœur je te porte.
Dés Theure que le cœur des yeux tu me perças , Pour en sçavoir la fin je fis tourner le sas Par une Janeton qui au bourg de Crotelles(i), '^ Soit du bien , soit du mal. disoit toutes nouvelles.
Après qu'elle eut trois fois craché dedans son sein , Trois fois estemué, elle prist du levain, Le retaste en ses doigts, et en fit une image Qui te sembbit de port, de taille et de visage ; Puis, tournoyant trois lois et trois fois marmonnant, De sa jartiere alla tout mon col entournant.
Et me dit : «Je ne tiens si fort de ma jartiere Ton col , que ta vie est tenue prisonnière Par les mains de Francine, et seulement la mort Desnon'ra le lien qui te serre si fort; Et n'espère jamais de vouloir entreprendre D'eschauffer un glaçon qui te doit mettre en cendre. » Las I je ne la creu pas^ et, pour vouloir adonc En estre plus certain , je fis coupper le jonc La veille de sainct Jean ; mais je vy sur la place Le mien . signe d^amour, croistre plus d'une brasse , Le tien demeurer court , signe que tu n'âvois
Soucy de malan o» *» **'' ^ t qu e tu n 9 m'aimoi B,
f. Crotelles est un viUage près Poictiers, où Ton fait mille gentillesses, comme quenouilles peintes, bottes et autres choses pareilles. (B.)
i86 Amours.
Et que ton amitié , qui n'est point asseurée , Ainsi que le jonc court est courte demeurée.
Je mis pour t'essayer encores devant-hier Dans le creux de ma main des fueilles de coudrier; Mais en tappant dessus nul son ne me rendirent , Et , flasques , sans sonner sur ia main me fanirent, Vray signe que je suis en ton amour moqué, Puis qu'en frapant dessus elles n'ont pomt craqué, Pour monstrer par effet que ton cœur ne craquette, Ainsi que fait le mien , d'une flame secrette.
O ma belle Francine ! ô ma fiere 1 et pourauoy (>) , En dansant , de tes mains ne me prens-€u le doy ? «* Pourquoy, lasse du bal , entre ces fleurs couchée, N'ay-je sur ton giron ou la teste panchée , Ou la main sous ta cotte , ou la lèvre dessus Ton tetin, par lequel ton prisonnier je fus ? Te semblé-je trop vieil ? Encor la barbe tendre Ne fait que commencer sur ma joue à s'estendre, Et ta bouche, qui passe en beauté le coral , S'elle veut me baiser, ne se fera point mal ; Mais , ainsi qu'un lézard se cache sous l'herbette. Sous ma blonde toison cacheras ta languette ; Puis , en la retirant , tu tireras à ioy Mon cœur, pour te baiser qui sortira de moy.
Helas 1 prens donc mon cœur avecque ceste paire De ramiers que je t'offre ; ils sont venus de l'aire De ce gentil ramier dont je t'avois parlé.
Margot m'en a tenu plus d'une heure accollé, Les pensant emporter pour les mettre en sa cage; Mais ce n'est pas pour elle , et demain davantage Je t'en rapporteray, avecques un pinson Qui desia sçait par cœur une belle chanson Que je ns l'autre jour dessous une aubespine,
Dont le comin«ncoin^nt est Thoitiet ftt FranCÎne.
I . Imité de Theoaite depuis ce vers icy jusques à la fin de la complainte de Thoinet , troisiesme eclogue, intitulée le Chevrier, ou Amarylle. (B.)
Second Livre. 187
H à 1 cruelle , demeure , et tes yeux amoureux Ne destourne de moy. Hà! je suis malheureux, Car je cognois mon mai , et si ai cognoissance D'Amour et de sa mère, et quelle est leur puissance. Leur puissance est cruelle , et n'ont point d'autre jeu Sinon aue de brusler nos cœurs à petit feu , Ou de les englacer, comme ayant pris leur estre D'une glace ou d'un feu qu'on ne sauroit co^oistre. Hà ! que ne suis- je abeille ou papillon ! j'irois Maugré toy te baiser, et puis je m'assirois Sur tes tetins afin de succer de ma bouche Geste humeur qui te fait contre moy si farouche.
O belle au doux regard ! Francine au beau sourcy, Baise-moy, je te prie , et m'embrasses ainsi Qu'un arbre est embrassé d'une vigne bien forte.
Souvent un vain baiser quelque plaisir apporte. Je meurs ! tu me feras despecer ce bouquet , Que j'ay cueilly pour toy, de thym et de muguet , Et de la rouge fleur qu'on nomme cassandrette(>) ^ Et de la blanche fleur au'on appelle olivette , A qui Bellot donna et la vie et le nom , Et de celle qui prend de ton nom son surnom.
Las ! où fuis-tu de moj ? Hà ! ma fiere ennemie , Je m'en vais despouiller jaquette et souquenie , Et m'en courray tout nud au haut de ce rocher Où tu vois ce garçon à la ligne pescher, Afin de me lancer à corps perdu dans Loire
I. Nostre autheur, pour donner louange immortelle à sa première maistresse , a nommé du nom d'elle une belle fleur rouge qui communément s'appelle la gantelee. Du Bellay a fait le semblable, nommant une fleur blanche, qu'on souloit appeller la fleur de Nostre-Dame, qui vient au mois de février , olivette , du nom de s'amie Olive, il dit ainsi avoir nommé du nom de sa Francine une belle fleur, qui maintenant s'appelle francinette, auparavant appellée du nom grec anémone, ou coqueret. (B.)
iS8 Amours.
Pour laver mon $oucy, ou afin dç tant boire D'escumes et de flots , que la flamme d'aimer Par l'eau contraire au feu se puisse consumer.
Ainsi disoit Thoinet, qui se pasma.sur l'herbe, Presque transi de voir sa dame si superbe Qui noit de son mal . sans daigner seulement D'un seul petit clin a'oEÔl appaiser son tourment.
J'ouvroy desja la lèvre après Thoinet pour dire De combien Marion estoit encores pire , Qijand j'avise sa mère en haste gagner l'eau , Et sa fille emmener avec elle au oateau.
Qui , se jouant sur l'onde, attendoit ceste charge. Lié contre le tronc d'un saule au feste large.
Ja les rames tiroient le bateau bien pansii , Et la voile, en enflant son grand reply bossu, Emportait le plaisir oui mon cœur tient en peine. Quand je m'assis au Dord de la première arène, Et , voyant le bateau qui s'enfuyoit de moy, Parlant à Marion. je chantay ce convoy :
Bateau qui par (es flots ma chère vie emportes , Des vents en ta faveur les haleines soient mortes , Et le banc périlleux qui se trouve parmy Les eaux ne t'enveloppe en son saole endormy ; Que l'air, le vent et 1 eau favorisent ma dame , Et que nul flot bossu ne destourbe sa rame ; En guise d'un estang sans vague , paresseux , Aille le cours de Loire , et son limon crasseux Pour ce jourd'huy se change en gravelle menue , Pleine de maint ruby et mainte perle esleue.
Que les bords soient semez de mille belles fleurs Representans sur l'eau mille belles couleurs. Et le troupeau nymphal des gentilles Naiades A l'entour du vaisseau face mille gambades, Les unes balloyant des paumes de leurs mains Les flots devant la barque , et les autres leurs seins Descouvrant à fleur d'eau , et d'une main ouvrière Conduisent le bateau du long de la rivière.
Second Livre. 189
L'azuré martinet puisse voler devant Avecques ia mouette, et le plongeon (O, suivant Son mal-heureux destin , pour le jourd'huy ne songe En sa belle Hesperie , et dans Peau ne se plonge ; Et le héron criard , oui la tempeste fuit .
Haut pendu dedans rair, ne face point de bruit ; Ains tout gentil oiseau qui va cherchant sa proye Par les flots poissonneux bien-heureux te convoyé , Pour seurement venir avec ta charce au port, Où Marion verra peut-estre sur le bort Une orme des lon^s bras d'une visne enlassée, Et, la voyant ainsi doucement embrassée , De son pauvre Perrot se pourra souvenir, Et voudra sur le bord embrassé le tenir.
On dit au temps passé que quelques uns changèrent (2) En rivière leur forme, et eux-mesroes nagèrent Au flot qui de leur sang et de leurs yeux sailloit Quand leur corps ondoyant peu à peu defailloit.
Que ne puis-ie muer ma ressemolance humaine En la forme de reau qui ceste barque emmeine I J'irois en murmurant sous le fond du vaisseau, J'irois tout alentour^ et mon amoureuse eau Baiseroit or' sa mam , ore sa bouche franche , La suyvant jusqu'au port de la Chappelle blanche(0; Puis, forçant mon canal pour ensuivre mon vueil , Par le trac de ses pas j'irois jusqu'à Bourgueil , Et là, dessous un pin couché sur la verdure. Je voudrois revestir ma première figure.
N'y a-t-il point quelque herbe en ce rivage icy
1. ^sacus, fils de Priam, fut mué, pour l'amour de s'amie Hesperie, en plongeon. Voy. Tonziesme livre de la Métamorphose. (B.)
2. Il voudroit estre mué en rivière, comme le satyre phrygien Marsye, à fin de pouvoir suyvre sa maistresse. (B.)
3. La Chappelle blanche est un port où abordent les bateaux de Loire , près de Bourgueil , le lieu de la naissance de s'amie. (B.) Département 4Mndre et-Loire, arrondissement de Loches.
I9P Amours.
Sui ayt le goust si fort qu'elle me puisse ainsi lier, comme fit Glauque, en aquatique monstre, Qui, homme ny poisson , homme et poisson se montre ? Je voudrois estre Glauque(t) et avoir dans mon sein Les pommes au'Hippomene eslançoit de sa main Pour gagner Âtalante. A fin de te surprendre, Je les ru'rois sur l'eau, et te ferois apprendre
Sue l'or n'a seulement sur la terre pouvoir, ais qu'il peut dessur l'eau les femmes décevoir. Or cela ne peut estre , et ce qui se peut faire Je le veux achever afin de te complaire; Je veux soigneusement ce coudrier arroser (a), Et des chapeaux de fleurs sur ses fueilles poser; Et avecq' un poinçon je veux dessus l'escorce Engraver de ton nom les six lettres à force , Afin que les passans , en lisant : Marion , Facent honneur à l'arbre entaillé de ton nom.
Je veux faire un beau lict d'une verte jonchée, De parvanche fueillue encontre bas couchée , De thym qui fleure bon et d'aspic porte-epy(j), D'odorant poliot contre terre tapy, De neufard(4) tousiours-verd qui les tables imite, Et de jonc qui les oords des rivières habite.
Je veux jusques au coude avoir l'herbe, et si veux De roses et de lys couronner mes cheveux ; Je veux qu'on me défonce une pippe angevine , Et en me souvenant de ma toute aivine , De toy, mon doux soucy, espuiser jusqu'au fond Mille fois ce jourd'huy mon gobelet profond , Et ne partir d'icy jusqu'à tant qu'à la lie
! . Glauque fut mué en monstre marin.
2. C'est une imitation de Theocrite, en Tepithala d'HcIene. (B.)
3. C'est ce que les Latins appellent spica nardi, vulgairement lavande. (B.)
4. Neufard , ou nenufard , est une herbe qui croist au milieu des estangs. (B.)
Second Livre. 191
De ce bon vin d'Anjou la liqueur soit faillie.
Melchior Champenois et uuillaume Manceau , L'un d'un petit rebec, l'autre d'un chalumeau , Me chanteront comment j'eu l'ame despourveue De sens et de raison si tost que je t'en veue , Puis chanteront comment , pour fléchir ta rigueur, Je t'appelay ma vie et te nommay mon cœur, Mon œil ,. mon sang , mon tout; mais ta haute pepsée N'a voulu regarder chose tant abbaissée.
Ains en me dédaignant tu aimas autre part Un qui son amitié chichement te départ.
Voylà comme il te prend pour mespriser ma peine, Et le rustique son de mon tuyau d'aveine.
Ils diront que mon teint , auparavant vermeil , De crainte en te voyant se blanchit tout pareil A la neige ou d'Auvergne ou des monts Pyrénées , Qui se conserve blanche en despit des années (a), Et que, depuis le mois que l'Amour me fit tien. De jour en jour plus triste et plus vieil je devien.
Puis ils (liront comment les garçons au village Disent que ta beauté touche desja sur l'âge , Et qu'au matin le coq , dés la pointe du jpur, Ne voirra plus sortir ceux qui te font l'amour. Bien fol est qui se fie en sa belle jeunesse , Qui si tost se desrobe et si tost nous délaisse. La rose à la parfin devient un gratecu , Et tout avecq' le temps par le temps est vaincu.
Quel passe-temps prens-tu d'habiter la valjée
; Bourgueil , où jamais la Muse n'est allée ?
De
itte-moy ton Aniou e
sommets de nos bois ,
Quitte-moy ton Anjou et vien en Vendoraois^ lÎ s'eslevent au ciel les somm(
a, Var.
Ils diront que mon teint, vermeil auparavant, Se perd tomme une fleur qui sefanit au vent; Que mon poil devient blanc, et que la jeune grâce De mon nouveau printemps de jour en jour s efface;
19^ Amours.
Là sont mille taillis et mille belles plaines, Là gargouillent les eaux de cent mille fontaines, Là sont mille rochers, où Echoa à Tentour, En resonnant mes vers, ne parle oue d'Amour.
Ou bien , si tu ne veux , il me plaist de me rendre Angevin , pour te voir et ton langage apprendre ; Et là, pour te fléchir, les hauts vers que j'avois En ma langue traduits du Pindare grégeois, Humble je redirai en un chant plus faaie Sur le doux chalumeau du pasteur de Sicile.
Là, parmy tes sablons , Angevin devenu , Je veux vivre sans nom comme un pauvre incognu , Et dés l'aube du Jour avec toy mener paistre Auprès du port Guvet(>)nostre troupeau champestre; Puis sur le chaud au jour je veux en ton giron Me coucher sous un cnesne , où Therbe à Tenviron Un beau lict nous fera de mainte fleur diverse Où nous serons tournés tous deux à la renverse; Puis au soleil couchant nous mènerons nos bœufs Boire sur le sommet des ruisselets herbeux , Et les remènerons au son de la musette.
Puis nous endormirons dessus l'herbe mollette.
Là, sans ambition de plus grands biens avoir, Contenté seulement de t aimer et de voir.
Je passeroy mon âge^ et sur ma sépulture Les Angevins mettroient ceste brève escriture :
Celuy qui gist icy, touché de l'aiguillon Qu'Amour nous laisse au cœur, garda comme Apollon Les troupeaux de sa dame, et en ceste prairie Mourut en bien^imant une belle Marie; Et elle après sa mort mourut aussy d'«nnuy, Et sous ce verd tombeau repose avecques luy.
A peine avois-je dit quand Thoinet se dépâme, Et à soy revenu alloit après sa dame ; Mais je le retirav, le menant d'autre part Pour chercher a loger, car il estoit bien tard.