I . C'est une mabon qui appartient à Mark
Secokd Livre. 19}
Nous avions ja passé la sablonneuse rive Et le flot qui bruyant contre le pont arrive , Et ja dessus le pont nous.estio|is jparveniiSy Et nous apparoissoit le tombeau de Turnus ( < )i . . Quand le pasteur Janot tout gaillard nous emmeine Dedans son toîct couvert de javelles d'aveine.
Sinope (3), de mon coçur vous emportez la clef, La clef de mes pensers et la clef de ma vie ; Et toutesfois (helasi) je ne leur porte envie , . Pourveu que vous ayez pitié de leur meschef. ^
Vous me laissez tout seul en un tourment si gref Que je mourray de dueil , d'ire et de jalousie : Tout seul, je le voudroy ; mais une compagnie Vous me (tonnez de pleurs qui coulent de mon chef..
Que maudit soit le jour que la flèche cruelle M'engrava.dans le cœur vostre face si belle, Vos cheveux, vostre front, vos yeyx et vostre port.
Je devois mourir lors sans plus tarder une heure; Le temps. que j'ay vescu depuis telle blesseure Aussi bien n'a servi qu'à m allonger la mon{a).
a, Var. :
Qui servent à ma vie ef de fare et d*estoile!
Je devois mourir lors sans plus craindre la mort, Le despit m'eust seryy.pour me conduire au port, Mes pleurs servj de fleuve, et mes souspirs de voile ^
. I. On dit que Turaus, qui fonda Toun, est entené sbos le chasteau de la ville, lavé des flots de Loire, prés le pont en la muraille dttdit chasteau. (B.) ,>>
2. Belleau doniie, page 197, l'explication de ce nom de Sinope, appliqué à MaHe. Dans l'éd. de 1 5 60. B dit au cont. traire que ce nom cacheroit une dame dlllttstte naissance, aimée par le pbètè d'éne affection presque fmiufe,
Ronsard. — I. 13
194 Amours.
Çj uand je suis tout baissé sur vostre belle face , ^vje voy dedans vos yeux je ne sçay quoy de blanc, Je ne sçay quoy de noir, qui m'esmeut tout le sang , Et qui jusques au cœur de veine en veine passe.
Je voy dedans Amour qui va changeant de place y Ores bas, ores haut, tous jours me regardant. Et son arc contre moy coup sur coup desbanaant. Las I si je faux , Raison , que veux-tu que i'y face ?
Tant s'en-faut que je sois alors maistre ae moy
Sue je vendrois mon père et trahirois mon roy, !on paîs et ma sœur, mes frères et ma mère; Tant je suis hors de sens après que j'ay tasté A longs traits amoureux de la poison amere , Qui sort de ces beaux yeux dont je suis enchanté.
Je reçoy.plus de bien à regarder vos yeux Qu'à boire, au'à manger, qu'à dormir, ny qu'à faire Chose qui soit a Tame ou au corps nécessaire , Tant de vostre regard je suis ambitieux.
Pource, ny froid hyver njr esté chaleureux Ne me peut empescher que je n'aille complaire A ce cruel plaisir, qui me rend tributaire De vos yeux, qui me sont si doux et rigoureux.
Sinope, vous avez de vos lentes œillades Gasté ae mes deux yeux les lumières maJades, Et si ne vous chaut point du mal que m'avez fait.
Au moins guarissez les, ou confessez l'offense; Si vous la confessez, je seray satisfait, Me donnant un baiser pour toute recompense.
Ci i'estois Jupiter, Sinope, vous seriez i^Mon espouse Juncn; si j'estois roy des ondes, Vous seriez ma Tethys, roy ne des eaux profondes, Et pour vostre maison l'Océan vous aùnez.
Second Livre. 195
Si la terre estoit mienne , avec moy vous tiendriez L'empire de la terre aux m'ammelles fécondes , Et, dessus une coche en belles tresses blondes, Par le peuple en honneur déesse vous iriez.
Mais je ne suis pas Dieu, et si ne le puis estre : Pour telles dignités le ciel ne m'a fait naistre; Mais je voudrois avoir changé mon bonnet rond .
Et vous avoir chez moi pour ma chère espousee ; Tout ainsi que la neige au doux soleil se fond , Je me fondrois en vous d'une douce rousée {a).
Sinope, Gue je sers en trop cruel destin , Quand a'un baiser d'amour vostre bouche me baise Je suis tout esperdu, tant le cœur me bat d'aise. Entre vos doux baisers puissé-je prendre fin !
Il sort de vostre boucne un aoux flair qui le thym , Le jasmin et l'œillet, la framboise et la fraise Surpasse de douceur, tant une douce braise Vient de la bouche au cœur par un nouveau chemin.
Il sort de vos tetins une odoreuse haleine^ (Je meurs en y pensant) de parfum toute pleme, Dipe d'aller au ciel embasmer Jupiter.
Mais , quand toute mon ame en plaisir se consomme Mourant dessus vos yeux , lors, pour me despiter. Vous fuyez de mon col pour baiser un jeune homme.