‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 102 sur 155 · Livre q.uatriesme · texte numérisé non relu

Livre q.uatriesme

Cruel tyran ! à qui dessus la teste L'ire de Dieu pend déjà toute preste.

Son propre sang son crime lavera^ Et sa putain sa femme vengera.

[Après ta mort de sa femme Galsomie, Espouserasagarse Fredegonde, ^ Qui. d'un visage eshonté, de regards Et ae maintiens lubriques et paillards, Et d'un parler entre rhumble et le grave ^ Fera ce roy de maistre son esclave^ L'abestissant si bien à ses désirs Qu'il servira, valet, à ses plai»rs, AE ! apprenant aux despens de sa vie Que rhomme est fol qui aux putains se fie.

« Or, elle^ ayant aisoté son mari , Pour mieux )ouir de son ribaud Landri, Qui du royaume avoit toute la charge, Folle d'amour,, à deux meurdriers encharge , A son retour de la chasse, bien tard , De luy percer la gorge d'un poignard.

Ainsi mourra, par les mains de sa femme,- Ce Childeriç , oes princes le diffame.

a Elle , sans peur ny de Dieu ny de lois ^ Toute effrontée , ayant encor les dois Rouges du .sang de son mari , pour taire Par un beau fait le meurdre et l'adultère, Ira, guerrière, au milieu des combas^ Tiendra son fils de trois mois en ses bras, Traistre pitié ! pendant à sa mammelle, Dont son paillard aura pris la tutelle.

Puis, ceste roy ne abominable, ainçois Ceste furie, exécrable aux François, De qui la teste attendoit le supplice.

Comme si Dieu favorisoit le vice.

Vivra sept ans en pompes et honneur Avec Landri, des François gouverneur; Et qui pis est, morte , on la fera sainte .

Ainsi tout va par fraudes et par fainte !

2)8 La Franciade.

« L'autre d'après est Clotaire, son fib.

Par qui seroat ies Saxons desconfis, Ne souffrant vivre en leur terre occupée Masle debout plus grand que son espie, Sage guerrier, victorieux et fort, Qui, jpouf Tbonneur, flMspriseia la mort^

« De Brunebaut, princesse misérable, Fera punir le vice abominable , Luy attachant à la queu' d'un cheval Bras çt cheveux , puis à mont et à val , Par les rochers, par les ronces tifsée, En cent morceaux la rendra déchirée, Si qu'en tous lieux ses membres diffamez Seront ^ux loups pour carnage semez {a)^ [Bien qu'un grand roy ne puisse avoir louange Quand par la mort d'une temme il se venge, Pourtaqt Qotaire est absous par les lotx D'avoir veujgé le sang de tant de rois Que pjff poison, par glaive et par cautette Avoit occis ceste royne cruelle. - i

oc Les Lœstrigons, les Cyclopes^ qui n'ont Qu'un œil au Iront, en leurs rochers ne sont Si cruels qu'elle, à toute peste née,

8ui , en filant menée sur menée, uerre sur guerre et débats sur débats.

Fera mourir la France par combats; Mais à la fin, soubs les mains de Clotatre,

a. Var. :

Doit chastier la malice exécrable.

Jambes et bras à deux ckevaux tirez; Ses vieux cheveux, des ronces deschirez , Seront espars comme flocons de laine Que la brebis a laissé sur la plaine, Par les chardons aux poignans hameçons , Et de son sang rougiront les buissons.

Rien si malin qu'une femme peut naistre, Ny rien si bon, quand bonne elle veut estre.

LiVfip QUATaiKSME. 2}^

Doit de ses maux recevoir le salaire.l

a Ce gentil prince, entre ses noWes.faits,^ Voyant ses gens en bataille desfaits, Et D^obert , son ÎSJs , jusqu'à la taye , Près la cervelle, ^ttaint d'une gra^nd' playe^ Perdre le sang en longue pasmoison , Revestirg son cha.uve poil gjrisofl D'un morion, armes de la leunesse^ Et tout son corps refroidi de vieillesse Réchaufera d'un cœ^r jeune et gaillard; Puis, en brossant les fliancs de son Bayard(i), Chaud de colère et de vengeance fi^rç.

Passant & «ou le fii d*une rivière .

Ira trouver le roi sur l'autre bore Qui se moqùoit dp son ifis demi-roort

Alors ces rois, d'un valeureux courage, Front contre front, sur le premier rivage.

S'acharneront comme loupsf au combat.

Le bon Clotaire à la renverse abat Son ennemi , et sa teste coupée Embroche droite au bout de so« espée.

Avec grans cris repassant vers les siens, Acte eaulois et digne des Troyens , De siècle en siècle à jamais mémorable, Tant vaut un père à son fils pitoyable!

— L'autre qui vient en magnifique arroy,

gui de maintien représente un grand roi , rt-il des miens? dy-le moy, je te prie.

— C'est Dagobert, fleur de chevalerie.

En sa jeunesse aura le ccçur hautain , Revesche en mœurs, coupera de sa main (Acte impiteux) la barbe de son maistre ; Puis par le temps venant son âge à croistre, De prince fier deviendra gracieux.

Tant seulement en deux points vicieux :

L'un, de nourrir par trop de concubines;

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