Tout ce conte est de l'invention du poète, comme je croy
^94 Le Bocage royal.
giii avoit saccasé les plaines Idumées, tj foudroyant les champs d'un armé tourbillon, Avoit espou vanté le rocher d'Apollon, Commande à Glythimie (ainsi s appelloit celle Qui fut à son espoux espouse mal fidelle) :
a Pren le pied de l'agneau, et fay pour ton renvoy Aux bons dieux voyageurs des veus ainsi que moy.» Elle pour obéir prend le pied de la beste ; Lors en lieu de l'hostie il decola la teste De la femme perfide , et le sang, contremont Jaillissant, du mary ensanglanta le front {a). Ainsi de son forfaict elle tomba victime , Sans teste, dans son sang lavant son propre crime.
Le mary , spectateur d'un acte si piteux , Eut le sein et les yeux de larmes tout moiteux ; Une horreur le saisit, il sanglotte en son ame , Et , outré de douleur, contre terre se pâme , Puis, à soy revenu, renfrongnant le sourci, D'une voix effroyée au Gaulois dit ainsi :
« Quoy ! est-ce là la foy que tu m'avois promise ? Est-celà ton serment, est-ce ta dextre mise (i) En la mienne, 6 parjure 1 après avoir receu La rançon pour ma temme ainsi m'as tu deceu ?
Du jour que le harnois sonna sûr tes espaules; Qu'espuisant la jeunesse et la force des Gaules , Et arà ton camp nombreux les ondes des ruisseaux Ne bastoient à fournir breuvage à tes chevaux. Et que l'ambition, que rien ne rassasie.
Te îaisoit comme un feu saccager nostre Asie, Je prevy mon malheur et prevy que nos champs Ne seroient qu'un tombeau par tes glaives trenchans. Mais je le prevy mieux oyant la renommée
a. Var. :
Et le sang qui saillit Tout chaud contre le front de son mary jaillit.
I . C'estoit le compliment des anciens pour bastir leurs amitiez et se promettre réciproquement la roy.
Le Bocage royal. 29)
Que ton camp assiegeoit nostre ville enfermée.
Près les murs de Milete un temple s'élevoit, Où Cérès ses honneurs et ses autels avoit, Et ce jour de fortune on celebroit ses festes. Nos femmes couronnant d'espics de bled leurs testes, Et portant en leurs mains les prémices des fruits. Que la terre, nourrice, en son sein a produits, Supplioient la Déesse et sa semestre (i) fille Leur donner bons maris, et planté de famille, Santé , beauté, richesse tt la çrace des dieux. Le parfum de Tencens fumoit jusques aux cieux. Autour du temple alloit la danse mesurée , , Quand voici , comme loups à la gorge altérée Ou du sang des aigneaux ou du sang des brebis, Venir ton camp vestu de flamboyans habits (a) , Qui, sans crainte du lieu, les autels despouillèrent. Et sans respect d'honneur nos femmes violèrent, Autant que Tappetit vainqueur le permettoit , Et la jeune fureur qui sans raison estoit.
On dit que de Cerès le vénérable image Frémissant et suant abaissa son visage; Son autel en trembla , sa couleur en mua , Et trois fois de despit la teste remua.
Soudain la Renommée à l'aile bien agile.
Dessus le mur rampée, espouvanta la ville.
Annonçant aux maris d'une effroyable vois Que leurs femmes estoient la prove des Gaulois.
Le jour estoit sous l'onde , et la nuit estoilée Avoit d'un habit brun la terre emmantelée ( j), Quand la clameur se fist, et des enfans pleureux Et des pères privez de leurs lits (4) amoureux. Non autrement de loin s'entendoit la complainte Que si déjà la ville eust veu l'image peinte
1 . C'est Proserpine. Il rappelle Semestre , à cause qu'elle demeuroit six mois aux enfers et six mois avecque nous.