A la façon des poètes grecs II prend licts pour femmes
I9i Ll BOCASS flOYAL.
De la mort eii ses murs, et les feax mdonfez, Riblant p«r les maisoQS, voler de tons c»stez.
Enfin sur la mifraiet en la place s'assembl«nt , Où de mille conseils les deux meilleurs leur sembleol' De fntjf l'ennemy, et d'un soin dili^jent Ap|>op(er la rançon et fiéchir par argent (Poisoa des cours humains) Tarroganoe barbar*^ Qui de son naturel est tirante et avare.
Le sauf-eonduit vem, ayans les pteurs i i^etil. Et tristement vestus de noiie hal»ls de dveil , Au premier poinct du jour sortirent de la porte.
Mercure aHoît devant qui leur servait #esoofte, D'un air envelopé ; à la fin parvemii En ton ost, et voyant tes hommes incogn^fy Haranguèrent ainsi d'une douce prière , Pour amoHir les cœurs de ta troupe guerrière , Qui , brave en son barnois , donnoît d'une autre paît Asseuranee aux prians d*tt« paisible regard.
a Peuples enfans de Mars^ héritiers de la gqefre, Qui courez nostre Asie, ainsi oue le tonmrre Court crondant parmy l'air, et a vos dieux Givkiîs- Appendez peur trofée et nous et nos harnois; Ne vueillez point souiller, magnanimes gens d'araies Vos honneur^ illt^trex nar la splendeur des arroe» Au sang vil et eouard ée nos femmes, qm n'ont Ny corselets au dos^ ny monons au front Pour revaneher leur ptau, de nature amusées A filer leur quenouille a tourner leurs fusées; Ou bien si^ mesprisant les Dieux et les IwNnains , Viveà ainsi que loups du meurtre de vos mains, Tournez lofer trenchant en nos masles poitrines, Et , courtois , pardonnez aux âmes féminines; Ou si vous craignez Dieu protecteur de ta loy, Et la fortune humaine, inconstante et sans foy, (Croyant que vos voisins peuvent ravir les vostres Ainsi qu'en ce pays vous ravissez les nostres. Vous contre-iniuriant de pareille façon) B«iMlwrle$, l'il YQus jiaiXt et preues leur r^vgpn,
Afin que désormais, exemptes du serrage ^ ^ Libres en nos maisons, facent nostre mesnage, Et sans plus en vostre ost enpger leurs beaux ans {a) Aillent faire nos lits (<) et traiter nos enfeias. »
Ils parlèrent ainsi; tes guerriers de leur testes Firent signe aux prians (raccorder leurs requestes. Il n'est nen qui tant Thomme ameine à la raisoo Que Part persuasif d'une douce oraison.
Les unes par argent retounièrent troquées; Les autres, qui s'estoient déjà domestiquées En Pamour des Gaulois , les pensant plus gaillars Aux combats amoureux que leurs maris vieiliars, S'arrestèrent au camp, mespisant leurs pénates, Licts, enfans et maris, pour suivre les Galates. Ma femme fut ravie ; ambassadeur alors , J'estois loin du pa!s , pour rompre les enors Et l'instante fureur d'un martial orage Qui déjà conjuroit contre nostre rivage.
5t tost au'à mon retour l'histoire j'entendi y Le sang gela mon cûevr, de crainte refroidi ; La honte et le deapit me fermèrent la bouche ,. A terre renversé comme une froide souche , Pleurant ma chère «spouse , et n'ayant pour confort Remède en mon malheur que l'espoir de la mort. En tous lieux que f'allois oii je ravois cognue. Soit veillante ou dormante, ou soit en robbe, on Bue, Au jardin, en la chambre, au cabinet segreft^ Tout le cœur me crevoit de deuil et de regret. D'un pied mal asseuré mille fois en une henre Je changeons de logis , de place et de demeure^ Mais en vain, car tous lieux me sembloient odieux, Et toujotrs sa beauté venoit devant mes yeux.
a. Var. :
Et sans plus asservir U reste de leurs anSy
I Ainsi parle Agamemnon dans Homère, quand U ne veut pa» rendre la fill» du irtstfeChryict.
298 Le Bocage royal.
En songe tonte nuit me revenoit ma femme, Et tout cela de doux qui nous chatouille Pâme , Et dontJe souvenir est plaisant au penser, Qu'amour me fait au cœur cent fois le jour passer ; La face qu'elle avoit quand elle fut ravie Toujours me revenoit , comme elle , poursuivie , Couroit parmi le temple embrassant les autels Et les images saints des hauts dieux immortels. Pasmée, échevelée et non plus femme vive, Et s'échappant de Tun , de l'autre estre captive, N'ayant autre confort en son péril , sinon M'appeller,.et d'avoir en sa bouche mon nom.
Puis tousjours me sembloit qu'elle me veaoit tendre Ses bras croisez en l'air, à nn de la défendre. Deux fils conceus de nous, germes de nostre chair, Vray gage d'amitié aux deux parens si cher.
Qui du tout ressembloient au portraict de leur mère, Assis sur mes genous, redoubloient ma misère. Et de leurs tendres mains touchant mon poil grison, Me prioient de tirer leur mère de prison.
Affection d'enfans de nature est si grande, Qu'elle obtient des parens tout ce qu'elle demande, Pour recouvrer ma vie et retrouver mon coeur (a), Sans qui je vivotais en extrême langueur.
Je vendi tout mon bien ; que m'en servoit l'usage .
?uand mon meilleur trésor estoit ailleurs en gage r ôujours à chaque pas à ma femme rêvant , Chargé de mon avoir, je mis la voile au vent. Le vent en ma faveur, qui pouppier se réveille , Me poussa de Mîlete aux rives de Marseille.
Du lieu de ta demeure aux voisins je m'enquis; Mais l'honneur de tes faits par les armes acquis M'enseigna le chemin ; car il n'v avoit race Qui n'eust ouy sonner le bruit de ta cuirasse. Entrant dans ton palais, d'elle je fus cognu ;
tf. Var. (1587):
Pour recouvrer ma femme, ainçois plustost mon cœur.
Le Bocage royal. 299
Puis, t*enquerant de moy pourquoy j*estois venu ,
Ainsi te respondi : « L'affection extresme
Que je porte à ma femme, hélas ! plus qu'à moy-mesme^
Les pleurs versez pour elle et les regrets amers
M'ont fait vendre mon bien et passer tant de mers
A fin de racheter une si chère chose. » i
Puis tout soudain du prix avec toy je compose ,
Et le mis en ta main ; mais ton cœur généreux ,
Plus cent fois de l'honneur que de l'or amoureux ,
Forçant ta nation qu'on estime si fière ,
Ne voulut accepter de moy la somme entière.
Tu mis ceste rançon en quatre lots à part,
Une quarte à ma femme et l'autre pour ma part,
L'autre pour mes enfans et l'autre pour toy, maistre.
Tu me fis un festin , tu m'assis à ta destre^ Je beu dedans ta couppe, et d'un front adouci Humainement traicté. tu m'ostas le souci.
Quand le via fut verse en l'honneur de Mercure, Et la nuict fut venue, à la courtine obscure , Tu me livras ma femme , et me la fis toucher. Puis en un mesme lict ensemble nous coucher, Sans plus retenir droict nv pouvoir dessus elle. Toutefois, 6 cruel ! ô barbare infidelle , Après avoir comme hoste en ton palais logé , En ta coupe rebeu . à ta table mangé , Après mon or baille , après ta foy promise Tu l'as devant mes yeux cruellement occise ! »
Le prince, qui long temps ce discours entendit, D'un magnanime cœur luy contre-respondit.
« Citoyen de Milete , estranger et mon hoste, Afin que hors du cœur l'impression je t'oste Qui pourroit à bon droit t'irritcr contre moy, Entens toute l'histoire et l'emporte chez toy :
Aussi tost que l'aurore au matin fut venue , Ta femme toute nuict entre tes bras tenue, Qui t'appelloit son sang, son cœur et son souci, Embrassant mes genoux , me fit sa plainte ainsi. (Il est bien malaysé de tromper une amante 1
)00 Lk Bocaci royal.
Elle iQfaiit, comme femme, une ame éèfiaote Et un cœur soupçonneux (cela leur est fataF) Avaat ^'U fust venu conjectura son mal.)
« Af>rès que par le fer tu m'as tienne ravie , Que par terre et par mer tes armes j'ay saine. Compagne de ton iict; après t'avoir aimé^ Apres avoir cent fois en te baisant armé , Baillé ton morion , ta lance et ta ronilache, Et planté sur ton tymbre un menaçant pennacfae ; Puis , venu du combat, du travail eawiyé.
Après t*avoir cent fois tout le corps essayé » Salle d'une poussière honneste et gcn ereu a e» Et tes places snccé de ma lèvre amoureuse, Après avoir pansé de mes mains tes chevaux.
Tes coursiers, compagnons de tes nobles travaux. Les nommant par leur nom, qui soubient lecognobtre Ma Vbix encor piostost que celle de leur maistre,. Peux-tu bien maintenant tes délices Mr, Et pour un peu de gain , perfide , me truiir ?
Ha ! ce nW pas la foy ny la destre fideik Mise en lamienne, hélas! quand, tremUante d rebeUe, J'embrassois les autels de Gerès , appeUant Les dieux à mon secours contre toy ne volaat; A la fin , adjoustant la prière à l'audace.
Par force et par amour je t'accorda}r ma grâce» Pourveu que tu serois, d'une invincible foy, Tousjours mon défenseur, sans te faschcr de moy. Mais je vois (desmentant ta promesse heroiqite) Qu'autant comme ton cœur ta parolle est f^ique. Pourrois-je bien souffrir absente de tes yeux Encore une autrefois un servaee ennuyeux ?
Le premier m'estoit doux, et ks second en l'ame Me seroit me mort dont le penser me pasme.
Tu estois mon pays, mon père et mon espons^ Et, tous perdus, en toy je les retrouvois tous; Seul, tB estois mon tout , et pour une parole Maintenant dans le vent ta promesse s'envole. Ne crains-tu point les dieux? ne oraia»*tiAqnt:k&hoiSj,
Lb Bocaob royal* ^i
Les rochM «Môttfiie2 de naturels eflv«il , Les déserts r«mpaii(z de bnm sobtude Ne content aux passans ta fière ingratitude P Tu me devois tuer quant ta main me ravit , Et non trahir te coeur qui forcé te suivit.
Le mourir de ta main raloit mieux que la vie, Et ravie en ce point, je n'eusse «sté ravie.
En tous Heuit où le nom des hommes j'entendrvf, Plustost par les forets aux loups je me rendray Qu'en leurs méchantes mains, croyant par conjecture Qu'ils sont tous comme toy de roeschante nature.
Or, puis que mon malheur -ne se.pefut reranclier De toy, cruel ingrat, que par le reprocher.
Je te reprocheray ta semence germee,
?ue tu as par amour en mon ventre semée, u devois pour le moins , avant que me chasser. Souffrir que ton enfant peust ton col embrasser. Te rebaiser les mains , et t'appeiler son père. Les larmes de l'enfant eussent sauvé la merel
Baille-inoy ton poignard pour nous tuer tous deux \ Je te seray, defuncte, un fantosme hideux.
Je rompray ton sommeil, et, contre toy marrie , Je te suivray tousjours, importune fiirie , Te donnant à manger ton nls pour ton repas :
Ainsi doux (me vengeant) me sera le trespas 1
Que dis-je? mon amour ne mérite un supplice; Vivons donc à tes pieds pour te faire service, Et tuons mon mary, ce causeur effronté.
Qui, de tout nostre bien qu'il avoit apporté. T'a baillé seulement la moitié de la somme ,
tll faut qu'on l'accravante et sa teste on assomme(«) )e traicts ou de caillons , et qu'en mille morceaux Ou luy tranche la chair, les veines et les os , Et qu'on le jette aux chiens , puisqu'il a par fallace Trompé ta main, tes dieux, ton logis et ta grâce.]»
a. Vit. ;
Vray acte de larron, et non pas de preud'homme.
J02 Le Bocage royal.
Elle me dit ainsi. Le sang froid s'assembla Tout autour de mon cœur, qui soudain me troubla ^ Douteux si je devois l'envover tout à Pheure En ces lieux ténébreux où le Trespas demeure , Ou bien si je devois mon courroux retarder.
Et te conter le fait afin de te garder.
y^y faict ce sacrifice, et feint de te conduire, Pour immoler ta femme , et aussi pour te dire
?ue vous estes deceus de blasmer les Gaulois , ous autres Asiens, comme peuples sans lois^ Barbares et cruels, transportez par le vice, Ennemis d'équité , de droit et de justice.
Dessous la loy escrite enseignez vous vivez , Et, doctes en papier, vos lois vous ne suivez. Nous autres nous n'avons que la loy naturelle Escrite dans nos cœurs par une encre éternelle , Que nous suivons tousjours sans besoin d'autre escrit, Comme portans nos loix en nostre propre esprit.
En-tombe si tu veux, ou donne aux cniens ta femme. Ou la jette en la mer, ou la baille à la flame; Un corps tronqué de teste est un fardeau pesant : Ne remporte en ta ville un si vilain présent. Or quant à la rançon que j'ay reçeu pour elle. Et au reste du bien que ta dextre me celle, Prens tout , je n'en veux rien , à fin qu'en ton pays Tu faces au retour tes voisins esbahis , Leur contant nos vertus. Va chercher ta demeure; Adieu, donne la main , va t'en à la bonne-heure.»
Henry , dont le renom n'est seulement allé Aux peuples estendus sous le pôle gelé, Mais de l'Europe entière a rempli tout l'espace, Tu ne tiens seulement en la Gaule la place Que tenoit ce guerrier, mais aussi l'équité, Les vertus , les honneurs et la fidélité.
Je voudrois que ton peuple en armes redoutable Se monstrast envers toy ou autant équitable Que tu es envers luy , ou au'il fust envers toy Aussi fidelle et bon que tu tuy es bon roy ;
Le Bocage royal. 30J
Les guerres tous les ans ne seroient attendues, Tes villes sous ta main seroient déjà rendues , Les harnois ne seroient un faix à nostre dos, Et tes sujets vivroient en paisible repos.
Cependant il te plaist en telle demance Vaincre non par le fer, mais par la patience. Vy heureux ceste année et cent autres encor.
Et en régnant vieillis autant que fit Nestor, Et m'estreine , grand roy , ainsi que je t'estreine. Du labeur profitable agréable est la peine.
LES PARQ^UES.
A LUY-MESME
Les Parques, qui leur chef de chesne couronnèrent Le jour que tu nasquis, ton corps environnèrent, Puis en filant ta vie autour de leur fuseau , Et parfumant d'odeurs ton lict et ton berceau , Te chantèrent ces vers, que les dieux approuvèrent,. Et pour estre gardez au ciel les engraverent :
« Enfant, en qui le ciel renverse son bon-heur. Te remplissant autant de vertus et d'honneur Qu'Hercule en fut rempli le jour de sa naissance , Crois pour te faire un jour l'ornement de la France. Crois donc , et deviens grand , et d'un bras enfantin , Riant dès le maillot(i), embrasse ton Destin.
Comme Alcide , qui fut d'une force indontée.
Souffrit mille travaux sous son frère Eurystée ,
I . Les anciens croyoient que c'estoit un bon présage auand les enfans rioient au berceau. Mille biens furent predfits et arrivèrent à Zoroastre , à cause qu'il avoit ri le premier jour de sa naissance.
}o6 Lb Bocage royal.