‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 13 sur 155 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Le resveillant d'un profond pensement (a), Ce dieu luy dit : (c Oy ié commandement De Jupiter, qui, courroucé, m'envoye Parler à toy par la céleste wye.

« Va (m'a-tMl dit) oùf Fràncus est nourri , Huche les vents, dy que je suis; marri (») Contre sa mère«t ceux qui ie .«tiennent, Et des destins promis ne ieur souviennent.

Je n'ay Francqs du; feu grégeois sauvé Pour estre ainsi;, d^ paresse aggravé, Un fay-neaot en la neur de son âge.

Mais fesperoy que d'un masle courage Iroit un jour qes Gaulés surmonter Le peuple mdie et fascheux à donter, Chaud à la guerre 'et ardent à la proye^ Pour y fonder une nouvell«.Troye, Dont (a mémoire en tout temps iloriroit.

Et par le feu, jamais ne periroit.

a Pource,.Hdcmn, et toy mère Andromache, N 'amollissez en paresse . si lâche L'enfant 4'Hector, à qui les cieuK amis Ont tant d'honneurs et de sceptres promis; Qui doit hausser là race priami^e.

Doit abaisser la grandeur stonide (fr).

Doit vaincre tout, et qui doit une fais

Qui loin da peuple Helenin a trouvé Discourant seul. La verve prophétique Luj préparait une humeur ecstatlque, Desja ravy de son entendement.

b. Var. :

Domt€r la Grèce, et la race' çeacide, .

I . Hacher, vieil mot franç6!s'âûi signifie apbéil^r. De li vient un huchef, c'est un cornet duquel on appelle liés chiens et les laniers à la chasse. ''-' \

$6 La Franciade.

Estre Testoc de tant et tant de rois ,

Et par sur tous d'an Charles qui du monde

Doit en la main porter la pomme ronde.

Fay-luy dresser et vivres et vaisseaux ;

Fay-le marcher sur Teschine des eaux

Aux lieux promis, où son destin le mèine.

Un grand honneur vient d'une grande peine » {a).

Il n'avoit dit, que plustost qu'un esclair,

Haussé d'un vol, s'esvanouit en l'air,

Loing de la terre ainsi qu'une fumée

Qui dans la nue en rien est consommée,

Laissant la femme et le marj; peureux

De veoir un dieu venir du ciel vers eux ,

Plein de menace et d'espérance estrange,

Meslant un blasme avec une louange.

Qui de frayeur les faisoit esmouvoir.

Et deuil ensemble et plaisir concevoir (b).

En ce-pendant la Jeunesse troyenne Haut invoquant la Berecynthienne, D'encens fumeux parfumoit son autel , Sacrant maints vœux à son nom immortel.

Les uns avoient les perruques couvertes D'un large pampre aux grandes fueilles vertes , Aux nœuds retors des zephyres soufflez.

Les uns frappoient les taoourins enflez , Les uns aux sons de la flûte percée Fouloient la terre ; autres, fols de pensée,

a. Var. :

L'honneur s'achepte aux dcspcns de la peine !

b: Var. :

Loin de leurs yeux s*evanouit en l'air, Enveloppé dans l'obscur d'une nue, Laissant la mère en esmoy détenue^ Et son mary de frayeur tout transi, De peur d'un Dieu qui les tançoit ainsi.

Page 1