‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 136 sur 155 · I. Charles le Quint, qui le trompa sur de belles promesses · texte numérisé non relu

I. Charles le Quint, qui le trompa sur de belles promesses

i. Ces deux vers manquent dans 1 560.

. |. Henry II , après la bataille de Sainct Quentin, rendit à Philibert, duc de Savoye , tout le pays que François 1er «voit conquis sur son père, et luy donna en mariage Marguerite de France.

Le Bocage royal. 341

Les plus hauts deux , n'avoient sceu résister ?

Qu'eusses tu faict , si non perdre courage.

Et sans espoir faire place a l'orage ,

Et pour avoir quelque petit support

En ton malheur gaigner le premier port ,

Comme un nocher battu de la tourmente

A qui le nord, qui horriblement vente,

A froissé mast , voiles et gouvernai,

A la mercy d'un orage hy vernal ,

Vaincu des flots , sans combattre à rencontre

Se sauve au port le premier qu'il rencontre ?

Ainsy feis-tu ; car aprez ton malheur,

Pauvre de biens et riche de douleur,

Ayant perdu ta province si riche ,

Tu vins au port du grand Charles d'Austriche,

Prince bénin , qui ne t'abandonna ,

Ains pour ami a son fils te donna ,

Non pas traicté comme tu devois estre ,

Car toy, grand duc , autres fois si grand maistre ,

Qui commandois , te falloit obéir

Pour ne te faire à Philippes haïr.

Tu fus longtemps en la court de ce prince

Sans avoir charge en toute sa province,

Et ta vertu, qui vive se celoit.

Sans instrument oisive se rouilloit;

Mais quand César mist ses gens, en campaigne

Pour chastier les princes d'Allemaigne ,

Lors ta vertu, qui faveur rencontra ,

Plus que devant illustre se monstra ,

Et feis si bien que l'empereur, qui ores

Ne t'avançoit en nulle charge encores.

Les faicts guerriers de ta main approuva

Et aux honneurs les plus hauts t esleva;

Mais ton attente estoit désespérée

De regaigner ta terre désirée.

Quand des François François le roy fut mort ,

Son fils régna , plus que le père fort ,

Qui de chevaux, de piétons, de gens d'armes

)4> Lb Bocage royal.

Remplît l'Itiie et mist TEspaigne en trnM,

Serra TAnglois en son rempart marin ,

Et ^ courageux, alla boire le Rhin ;

Qui par prouesse et par ruse de guerre

Sefeist seigneur du reste de ta terre*

Qui fust assez pour perdre tout espoir

De plus jamais ton ooux pays revoir,

Ny tes subjects , comme chose impossible,

Estant vaincu d'un vainqueur invindbie.

Et toutes fois ta vertu tant osa

Qu'à la grandeur du vainqueur s'opposa.

Car quand les roys et d'Espaigne et de France

L'un contre l'autre armèrent leur puissance.

Par ton moyen l'Espagnol assembla

Premier son camp, dont la France trembla.

Lors tu rompis les murs comme une foudre

De Terouanne, et mis Hesdin eii poudre,

Et comme un feu qui s'apparoist es cieux.

Aux nautonniers signe prodigieux ,

Tu t'apparus, et, bnislant les villages.

Tu nous comblas de cent mille dommages,

Et monstras bien , en te monstrant vainqueur^

Perdant ton bien, n'avoir perdu le cueur.

Longtemps après, la Fortune, ennemie

A tes desseins , se voulust rendre amie

Pour te remettre en ton premier honneur,

Et pour ce faire appela le Bon-heur.

Bonheur, dict-elle , il est temps de permettre

A ce grand duc Qu'il se puisse remettre

En son pays. Je ray trop offensé,

Il faut qu'il soit par mov recompensé

D'un double honneur, Tun de vaincre à la guerre

L'autre d'avoir par amitié sa terre.

C'est un guerrier leauel n'a son pareil

Ni en vertu, ni combat, ni conseil^

Auquel ma main si longtemps despitée

A desrobé sa gloire méritée ;

Mais maintenant je le veux eslever.

Le Bocage royal. 343

Pource . Bon-heur, deslo^e pour trouver En quelque part la Victoire, et la meine Où ce grand duc est campé dans la plaine.

Vous deux ensemble allez dedans son ost Et, le poussant, dites luy que bientost Dresse ses pas vers la forte muraille De Sainct-Quentin pour gaigner la bataille.

Faictes qu'en ordre il guide les Germains (Son plus grand heur doit venir de leurs mains) Et que sans crainte il combatte Tarmée Que j'ay pour luy à la fuite animée.

De là son heur, de là son bien dépend :

Par ce moyen il doit se faire grand , Doibt acquérir une gloire étemelle Et recouvrer sa terre paternelle,

A peine eut dict que Bon-heur s'esleva Et vistement la Victoire trouva.

Victoire avoit de grands aisles dorées , Bien peu s'en fault des princes adorées; Son œil estoit doubteux et mal certain ^ Son front sans poil, inconstante sa main.

Elle et ce dieu dedans le camp entrèrent, Où ce grand prince en armes rencontrèrent.

Va ! dict ce dieu , la victoire est pour toy. Va vistement! combats le camp du roy Tu tourneras tes ennemis en fuite , Ayant Victoire et moy pour ta conduite ; Car autrement, sans Payde de nous deux Le faict seroit de ta part hazardeux.

A tant se teust le Bon-heur, oui à Theure Entra chez toy pour y faire aemeure.

De tels propos toy lors espoinçonné.

Ayant ton camp bravement ordonné, Aussy soubdain qu'un torrent des montaignes A gros bouillons tombe sur les campaignes.

Perdant l'espoir du pauvre laboureur, Aussy soudain , tout remply de fureur, D'ire , d'ardeur, de cueur et de prouesse,

^44 ^E Bocage royal.

Tu renversas la françoise jeunesse

La lance au poing, et pavas tous les champs

De morts occis sous tes glaives tranchants.

La Paix adonc, qui du ti one céleste Veit les effets de la guerre moleste.

Et Que le monde erroit tout devestu De toy, d'honneur, d'amour et de vertu , En sousnirant s'adressa vers son père , Et de tels mots commença sa prière :

«c Si des mortels tu as quelque soucy, Père éternel , ne les souffres ainsy S'entretuer comme bestes sauvages, Ains d'un accord adoucis leurs courages.

Le sang versé des meurtres mutuels Sied aux lyons et aux ti^es cruels; Non aux humains conviennent les Querelles Que par le nom de tes fils tu appelles, Et qui ensemble en fermeté d'esprit Sont baptisez en ton fils Jesus-Christ; Pource ) Seigneur, en ma faveur te plaise Fléchir leurs roys, et leurs guerres appaise 1 » Ainsy à Dieu ceste vierge parla Quand du haut ciel en terre dévala , Pour y trouver un Charles vénérable (0.

Un Anne (>) aussy, de France connestable , Auxquels sa voix ainsy elle adressa Et dans leurs cueurs sa parole laissa :

« Ne souffres plus , toy Charles, qui as prise, Grand cardinal, la charge de l'eghse, Que les chrestiens de meurtres inhumains , Oubliant Dieu , ensanglantent leurs mains ; Tu en auras par les peuples estranges De tous costez immortelles louanges, Et des François seras en chascun lieu Avec ton frère honoré comme un dieu.

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