Claude, fille de Henry II
352 Le Bocage royal.
Et que te palais, veuf de procès et de plaids, Vid, en lieu d'advocats, divers peuples espais Crier Hymen , Hymen , et les fueilles sacrées Orner de ses posteaux les superbes entrées , Pasteur, mena sa Muse au chasteau de Meudon (*), Il célébra la grotte, et vous en fit un don.
Tout Meudon resonna sous les vers qui sonnèrent Le beau chant nuptial , les forests Tentonnèrent , Echo les rechanta , et plus de mille fois Vostre nom fut appris aux antres et aux bois;
tAu son de son flageol dansèrent les Naïades )ansèrent les Syl vains, dansèrent les Dryades, Les Satyres cornus . les Faunes et les Patis , Et sautèrent les certs à l'entour de leur fans] : Tant vaut le gentil son d'une Muse sacrée , Quand par un bon Destin aux princes elle agrée ! HLors qu'il fallut changer et tourner le discord Qui avoit trop régné en un paisible accord , vous fustes envoyé comme un sage Mercure A Chasteau Cambresis {2) pour en prendre la cure, Et vous faire apparoistre au milieu du Flamant, De l'Anglois, ae Tibère, un divin truchemant. Il composa vostre hynne, et comme une pucelle Qui va parmy les prez en la saison nouvelle Pour charger son pannier et son giron de fleurs Qui bigarrent les champs de diverses couleurs. Elle ne laisse fleur ny petite ny grande Sans en faire un bouquet , puis va trouver sa bande Oui Tattend sur la rive , et versant son giron Monstre toutes les fleurs des jardins d'environ ; Ainsin il ne laissa ny grande ny petite
1 . Ronsard en sa faveur feit une eclogue qu'il appelle la Grotte de Meudon.
2. Le roy Philippe avoit espousé Marie, royne d'Angleterre ; or, pour faire la paix entre le roy Philippe et Henry II , le cardinal de Lorraine fut au chasteau de Cambray, qui ' est i Tevesque de Gambray.
Le Bocage royau m
Vertu quifost en vous, qu'elle ne fust descrite; II en ourdit un hynne, et sortant de ses mains Vous en fist un présent, à fin que les Germains, L'Espagnol et TAnglois, et toute rassemblée, (Qui de divisions erroit toute troublée) Apprinssent vos vertus, et qu'il eust ce bonheur DWre aux peuples lointains chantre de vostre honneur. Puis quand dernièrement tous les mutins de France (â). Armèrent contre vous l'erreur et l'ignorance ;
?uand le peuple incertain, errant deçà-delà, ênoit l'un ceste foy , et l'autre ceste-là , Et que mille placarts diffamoient vostre race , Il opposa sa Muse à leur félonne audace (i), Tout seul les défiant , et, hardi, tant osa , Que sa poictrine nue à leurs coups opposa, Bien peu se souciant de leur rage animée , Pourveu qu'il fust amy de vostre renommée.
Un chacun se taisant, car on ne sçavoit lors Lesquels dedansle camp demeuroient lesplus forts(^), Il réveilla Balf pour repousser l'injure Qu'on vous faisoit à tort , par sa docte escriture , Des-Autels et Belleau . et mille autres esprits Furent par son conseil de vos vertus espris ; Il n'escnvit jamais qu'il n'eust la bouche pleine Des illustres vertus de Charles de Lorraine,
gue mille et mille fois, en mille et mille lieux sparses il sema comme estoiles auxcieux.
Quand il auroit servi le plus cruel barbare, Encore son service et sa plume assez rare
a. Var. :
Quand les François mutins, ains pestes de la France,
b. Var. :
Qui des deux camps aurait les destins les plus forts,
I. Ronsard eicrivit contre ceux qui s'attaquèrent i ce canUnal, à cause qu'il en vouloit à ces mauvais religionnaires.
Ronsard, — III. 2|
^54 ^^ Bocage royal.
Eschaiiferoit an Scythe , et, bénin, le vopdroit Favoriser sur tous et luy garder son droit.
Adjoustez d'antre part au'H ne vous importune, Et, soit bien ou soit mal , ti souffre sa fortune, Se confiant en vous, sans tâtonner vos pas , Sans vous suivre au chasteau , à la chambre, au repas, Comme ce vieil prélat , las ! qui ne se contente De voir en sa maison cent mille francs de rente. Misérable prélat î ny son chef tout grisou , Ny le repos aimable en la vieille saison , Ne l'ont peu retirer que serf il ne se rende, Et au vouloir d'autruy sa liberté ne vende.
Celuy pour qui je plaide est d'autre naturel , Bien peu se souciant de ce bien temporel Qui s enfuit comme vent; et, n'estoit la contrainte, lîne fcroit icj par ma- bouche sa plainte.
Il a le cflpur si haut qu'il arme mieux mourir Sans support et sans oiens que de les acquérir Par importunité, comme ceux qui vous pressent Et jamais en repos vos aureilles ne laissent.
Et totttesfois, Seigneur, après que ce Ronsard A despendu pour vous son labeur et son art A vous rendre immortel , pour toute recompencè, Un autre a pris le fruit de sa vaine espérance, Vous ne l'ignorant point ; car par vostre moyen (L'ayant mis en oubiy) un autre a pris son bien. Il vous en advettit et vous en fit requeste; Il tendit les filets , un autre prit la queste. Car fortune et faveur, qui ont la plus grand' part Du monde et de la cour, n'y eurent pas esgard. Ainsi les gros taureaux vont labourant la* plaine; Ainsi le8.gras moulons au dos portent ia Taine; Ainsi la mousche à miel, en son petit estuy, Travaille en se tuant pour le profit d'autriiy. F Tout lé bien qu'on amasse avecques trop de peine Jamais ^iicun profit au possesseur n'amein^., Et se tourne en malheur, quand ceiuy qui le quiert Avecques trop de peine et de travail l'acquiert;