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Et mesmes quand il voit que tousjours on diffère , Et qu'à la vertu mesme un indigne on préfère. Ainsi trop durement un bienfaid est vendu Quand on a pour l'avoir son âge despeiidu.]
Ha ! aue vous fustes fols, pauvres pères . de faire Apprenare à vos enfans le mestier literaire I Mieux vaudroit leur apprendre un publique mestier. Vigneron , laboureur, maçon ou charpentier, Que celuy d'Apolion , ou> celuy qui amuse Les plus gentils esprits déshonneurs de la Muse, Titres ambitieux, qui- pafr les advancez Les fait estimer fols , furieux , insensez.
Saint Gelais , qui estoit l'brnèment de liostre âge , Qui le premier en France a ramené Pusa^e De sçavoir chatouiller les aui-eilies des rois Par un luth marié aux douoeors de la vois, Qui au ciel égaioit sa divine harmonie , Vid , mal-heureux mestier ï une toiirbe infinie Advancer devant luy , et peii luy profitoit Son luth , qui le premier des mieux appris estoit.
Du Bellay , qui avoit monté dessus rarnase , Qui avoit espuisé toute Teau d& Pégase,, Qui avoit dans mon antre avecques mov dancé , Ne fut, siècle de fer! d'un seul uien acivancé. . O cruauté du ciel , 6 maligne contrée , Où jamais la vertu qu'en tard ne s'est raonstrée, Puis que les fols, les sots, les jeunes courtisans. Sont poussez en crédit devant les mieux disans \
Il faut donner des biens à ceux qui les méritent, Mesmes en leur absence; ainsi les biens profitent Quand ils sont peu cherchez; de<-là vient le bon-heur, Et par là se coffnoist le voukir du Seigneur. [Quand on n'advance point aux honneurs les poètes. Qui sont du Dieu très haut les sacrés interprètes, Qui sçavent deviner et songer et prévoir, Qui ont l'ame gentille et prompte à s'esmouvoir Comme venant du ciel , par vengeance divine Tousjours dans te royaume arrive la famine ,.
){6 Ls Bocage royal.
La peste ou le malheur, ou la guerre y prend lieu^ Pour n'avoir honoré les ministres de Dieu.]
Je pensoisy 6 prélat qui n'as point de semblable ^ / De qui Tesprit est vif , ardant et admirable,
Sae vous seriez fauteur de ce troupeau divin; iis Phebus en cela me feit mauvais devin , Puis qu'en vostre présence et devant vostre veue Geste innocente troupe est par vous despourveue.
PTous direz pour défense : <k Hé mais 1 qui est celuy our lequel ]t dois prendre et travail et ennuy , Mov qui suis eslevé en dignité si grande , Qu'après ou deux ou trois aux plus grands je commande? Comment d'un tel galland me pourroit souvenir, Qui prince ne suis nay sinon pour retenir Les magnifiques noms d'un seigneur ou d'un prince? Et comment voudroit on que le nom je retinsse De ce gentil Ronsard? Comment pourrois-je bien Me souvenir de luy pour tuy faire du bien , Entre cent millions a'affaires qui surviennent ? Les unes le matin , et les autres me tiennent Toute l'après disnée, et les autres le soir, Si bien que je ne puis tant seulement avoir Une heure de repos pour penser de moy mesme, Tant le faix de ma charge en labeur est extresme! Puis on ne vit jamais ce poète à la court !
II faut au'il se présente , encore qu'il soit sourd ; ^ Car la face de l'homme et sa seule présence Vault mieux que cent amis qui parlent en 1 absence; Et volontiers Vami non acquis par vertu Porte tou^urs un cœur mensongier et tortu , Comme ils font à la court, o& ils parlent de bouche De leurs amis absents; mais le cœur ne les touche. Seulement par acquit, par ruse et par devoir, Ils feignent d'estre amis et taschent d'en avoir Eux-mesmes par cet art que doubles ils pallient, Pour dire qu'au besoing les amis ils n'oublient. S'il fust venu luy-mesme il eust eu ce bienfaict Et de ma volonté il eust cognu l'effect;
Le Bocage royal. })7
Mais luy ne venant point, l'offense n'est plus mienne,
Et si faute il y a^ la faute est toute sienne.
Vous vous pourriez aider de mainte autre raison ,
Dont, orateur facond, abondez à foison;
Mais il ne faut ouyr votre docte éloquence.
Qui pourroit subvertir des juges la sentence ;
Il faut que l'amendiez, autrement Téouité
Ne seroit qu'un nom feinct , sans nulle authorité.] {a)
Ainsi dit Calliope , et Phœbus vous fit taire De peur d'estre vainqueur ; puis , consultant l'affaire Avec le bon Nestor, cardinal de Tournon, Et le docte Hospital, immortel de renom , Après avoir tous trois la matière espluchée , Et d'une et d'autre part la raison recherchée , Vous fustes condamné à l'amende vers moy , A payer mes desp|^s et mes frais, et je croy Que vous accjuiterez bien tost de vostre dette , Pour faire bien heureux un malheureux poëte {b),
a, Var. :
Dans l'édition de 1 584 les six derniers vers de ce passage subsistent seuls. Dans les éditions posthumes la tirade entière est remplacée par ces deux vers :
Défaveurs et de biens, l'autre ame des humains. Que vous pouvez donner sans appauvrir vos mains.
b. Var. :
Pour n'encourir l'aigreur d'un médisant poêtt.
}58 Le Bocaoe royal«
a très-vertueux seigneur