A RENÉ DE SANZAY
Chevalier, fils atnéde René de Sanzay, chevalier, chambellan
et conseiller du Roy , gouverneur et son lieutenant
à Nantes.
Ou soit que les marests de TEgypte féconde Soient pères limonneux des hommes de ce monde , Soit qu'ils soient engendrez des vieux chesnes hantez, Ou soit que des rochers ils croissent enfantez , Si est-ce , mon Sanzay, que sans faveur de race Les hommes sont issus d une pareille masse.
Ils eurent sang pareil et pareil mouvement.
Et furent tous égaux dès le commencement.
Sans point se soucier d'honneur ny de noblesse, Ils estoient sans mestier, sans art et sans adresse, Et vivoient par les bois, comme peu courageux, De glands tombez menu des chesnes ombrageux.
Si tost que les vertus les hommes éveillèrent , Espoinçonnez d'honneur à Tenvy travaillèrent : L'un creusa les sapins, et, se donnant au vent, Alla, trop courageux, d'Occident au Levant ; L'autre, pour agrandir les bornes de sa terre, Fist des picques de fresne^ et courut à la guerre ; Ils bastirent citez; ils choisirent des rois;
I . Il est curieux de voir, en 1 578, cette pièce et la Charité, adressée à la même princesse, rangées parmi les Amours.
}9o Le Bocage royal.
Ils dressèrent des camps, et, chargés de harnois, Les armes en la maïn , au combat se poussèrent, Et les grandes citez à terre renversèrent.
Lors l'honneur qui voloit dessus les camps armez Les rendoit vivement aux armes animez.
De sorte que chacun avoit plus grande envie De la mort que sauver honteusement sa vie, Et plustost desiroit à la guerre mourir Que vivre en sa maison sans honneur acquérir : Car cette vie humaine est caduque et mortelle , Et la belle louange est tousjours éternelle.
Celui qui desiroit de monstrer sa vertu Portoit sur le hamois dont il estoit yestu , Ou dessus son bouclier, une recognoissance.
Afin que par la presse on cogneust sa vaillance.
L'un avoit un seroent^ l'autre avait un lyon , Un aigle, un léopard. Amsi un million Par les siècles passez d'enseignes sont venues , Que les races depuis pour signe ont retenues, Escussons et blasons de leurs premiers ayeux , Que la guerre ennoblit pour faits victorieux , Aussi pour inciter leurs races à bien faire, A pousser leur vertu outre le populaire.
Et à contregarder par noblesse de cœur L'honneur que leur parens ont acquis par labeur.
Mais ainsi aue l'on voit toute chose mondaine Aller en décadence et n'estre point certaine , Aussi ne voit-on pas en. chacune saison Toujours en mesme estât une mesme maison , Ains souvent elle change et d'armes et de race : Car toute chose humaine en ce bas monde passe.
La tienne, mon Sanzay, sans avoir rien mué, A tousjours son honneur en mieux continué.
Comme ne venant pas d'une race petite Où bien peu de noblesse en la maison habite (o),
il. Var. :
Comme le vif surgeon d^une race éternelle Qui sans l'aide iPautruy revit tousjours en elle.
Le Bocage royal. 391
Mais de l'illustre sang des princes de Poitiers , Dont ses prédécesseurs furent vrais héritiers ; Qui, aux siècles passez, en prenant alliance Ez plus riches maisons du royaume de France , Ont jusques aujourd'hui avecq' authorité Maintenu leur noblesse et leur antiquité.
Or toy, qui leurs vertus et leur gloire possèdes Et qui de droite ligne à leurs armes succèdes, Tu n'as voulu souffrir que leur nom ennobly De tant de beaux honneurs fust pressé de l'oubly ; Mais, tirant du tombeau leurs armes et leur gloire , Dedans un livre tien tu en fais une" histoire , Et peins leurs escussons au vif à cette fin Quêta noble maison ne prenne jamais fin , Et que maugré tes ans ta ligne florissante Croisse, de fils en fils à jamais renaissante.
Tousjours puisse ta race augmenter en honneur. Et tousjours ta maison soit pleine de bon-heur, Illustre de vertu, et tousjours puisse vivre Avecques un Ronsard, un Sanzay dans ce livre (a),