Livre premier
gue Mercure est du haut ciel descendu, r qu'il avoit d*une voix <:ourroucéè Par Jupiter Andromachc tanéée, Et par sus tous Helenin , (pi sçavoit L'arrest de fer que le Destin avoit Escrit au ciel pour cet enfant qu'on nomme Astyanax , qui paresseux consomme Son âee en vain sur le bord estranger, Sans au malheur les Troyens revànger.
Geste déesse à bouche bien duvertej D'aureilles, d'yeux et de plumes couverte, Semoit par tout qu'Astyanax estoit Vray fils d'Hector, et qu'on luy apprestoit Mainte navire en armes ordonnée^ Pour aller suyvre ailleurs sa destinée.
Prince invincible , et que seul 71 féroit Que le Troyen du Grec triompheroît ; Et qu'il falloit que la jeunesse active, .
Qui par la Grèce est maintenant captive^ Suyvist Francus, futur père des rois^ Qui s'en alloit dedans le camp gaulois Replanter Troye et la race Hectorée, , Pour y régner d'éternelle durée.
Ainsi disoit la nymphe.' Ce-pendant Helenin fut songeant, et regardant Au mandement que Jupiter luy donne; De cent discours en soy mcsmé- iraisdnne, Or* plein de joye, ores plein de-douleur.
Mais ce conseil luy Sembla le meilleur :
C'est d'obéir au grand Père ceFeste, Donner Francus au Destin; et, au reste, Faire apprester et navires et gens , Sur terre et mer actifs et diliçens, Non engourdis de paresse ocieuse , Qui, reschauffez d une ame industrieuse, Sages, pourront les périls éviter, Et jpar travail loiiange mériter.
Comme 41 pensoit, avisa dfavanture
6o La Franciade.
En Tair serein le bon-4ieur d'un augure Venant du ciel pour signe très-heureux.
Fut un faucon hautain et généreux Que deux vautours poursui voient à outrance, plus forts de becs, d'ongles et de puissance , Qui çà, qui là, le faucon rebattoient, Tournoient, viroient, poursuy voient, tourmentoient, Ne luy donnant ny repos ny haleine De s'échapper par la céleste plaine.
Luy, pour-neant, résistant d'un grand cueur.
Trop foiole estoit contre telle rigueur, Quand Jupiter, miracle! le transforme En une grande et belliqueuse forme D'un aigle noir d'audace revestu ; Comme un rasoir luy fit le bec pointu , Aigu , courbé , et ses serres tortues Plus que devant fit dures et pointues.
Lors luy, couvrant d'un grand ombre les champs, En ses deux pieds aiguisez et trenchans Prit les vautours, les desplume et les tue , Puis, fait vainqueur, s'en-vola dans la nue.
D'un œil prudent Helenin apercent L'augure bon que soudain il conceut.
[Il prévit bien que deux grands adversaires Retarderoient Francus en ses affaires.
Et . s'opposant à son premier honneur, A forte main empescheroient son heur ; Mais qu'il feroit, combattant, apparoistre Que de petit deviendroit un grand maistre , Et chasseroit ses ennemis devant Son camp armé, comme une poudre au vent.]
Pour ce, soudain résolu, délibère (a)
a. Var. :
Le bon augure, avenu dextrement, Fut du prophhte entendu promptement.
Lors, tout joyeux, en son cœur délibère.