‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 34 sur 155 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Victorieux, puis les. autres eimais Qui çà qui là s*entre-suivant de prés. Rompent les bords, les bancs et la carène, Et la navire enfondrent sous Tarène.

L'un, vers le ciel, pour secours de son mal, Tendoit les mains ; l'autre , comme à cheval » Pressoit le dos d'une antenne cassée.

Là des Trojrens la richesse amassée Par tant de rois sur les ondes rouoit, Servant aux vents et aux flots de jouet :

Armes, boucliers, robes de riche ouvrage Nageoient sur Teau, la proye du naufrage.

Trois fois la lune et trois fois le soleil S'estoient couchez, que Thyver nompareil, Armé d'esclairs et de vagues profondes, N'avoit cessé de tourmenter les ondes ; Sans plus la nef de Francus resistoit Haute sur l'eau, qui encores s'estoit Seule sauvée et des eaux et des fiâmes, Ayant perdu ses voiles et ses rames,

$i}and un fort vent suivy de tourbillons, oûtant la mer bossue de sillons.

En la singlant d'une bien lonstue traite, La chasse au bord du rivage de Crète.

Un banc estoit de sablon amassé Voisin du bord où Francus fut chassé , Haut de falaize et de bourbe attrainée.

Là, pour mourir, la fière destinée L'avoit conduit ; de tous costez le bord, Le vent^ la mer, luy presentoient la mort.

Comme il pleuroit sur le haut de la poupe, 11 s'advisa d'eslire de sa troupe Vingt (1) chevaliers, qui depuis ont esté (Ainsi estoit dans le ciel arresté) Tiges et chefs des familles de France ;

I. Il avoit d'abord mis cent ckivaliers; c'étoit un peo trop pour un seul esquif.

Ronsard, — III. 7

98 La Pranciadb.

Les choisissant tout le dernier s*eslance Dedans Tesquif, aimant trop mieux périr Au bord, quen mer honteusement mourir.

Leurs pieds n'estoient à peine en la nasselle , Que le courroux d'une vagué cruelle Les fit par force au rivage approcher Et leur bateau froissa contre un rocher.

Rocher qui, dur, espineux et sauvage , De son g^and dos remparoit le rivage , Ayant du vent tonsjours k chef batu , Les pieds du flot aboyant et tortu.

Là le démon qui préside à îa vie , En tel danger leur fit naistre une envie De s -attacher à ces rochers bossus , Et s'efforcer à gaigner le dessus.

Comme ils vouloient avecques la main croche D'ongles aigus grimper contre la roche , Le premier flot qui les fit approcher Contre le bord , repoussé du rocher.

Les recula ; la mer, qui se Courrouce , D'un second flot encores les repousse Aux bords pierreux , raboteux et trenchans.

Là ces Troyens, aux rochers s'accrochans D'ongles, d'orteils, se blessent et affolent, Et les rochers en regrimpant accolent (a).

Se deschirans les longues peaux des dois.

L'un s'attachoit aux racines d'un bois.

Et l'autre en vain esgrafignoit l'escorce ; Puis, pas à pas, d'une pénible force Cherchant la cyme et haletant d'effort (^),

a. Var. :

De pieds ^ de mains, s^aîuurtent et se bandent^ Et en grimpant contre le roc se pendent,

k. Var. :

L'autre essayait d^empoiener une branche , Puis main sur main, et nanche dessur hanche.

Coude sur coude, en haletant d'effort, ...

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