‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 4 sur 155 · HOR · texte numérisé non relu

HOR

omere, de science et de nom illustré , Et le romain Virgile assez nous ont monstre f Comment et par quel art et par quelle

pratique

II falloft composer un ouvrage héroïque.

De quelle forte haleine, et de quel ton de vers

Varie d'armimens et d'accidens divers.

J'ay suvviîeur patron. A genous, Franciade,

Adore r>Eneide , adore l'Iliade ;

Révère leurs portraits, et les su]^ d'aussi loin^;

Su'ils m'ont passé d'esprit, d'artifice et de somgl Iracle non estrange à celui qui contemple Ces deuxgrandsdemy-dieox, digneschacun d'untemple. L'un Romain , l'autre Grec ^ à qui les Cieux amis Et les Muses avoient tout dit et tout permis. Et non à moy, François, dont la langue peu riche

^8 Préface

Couverte de halliers, tous les jours se desfriche , Sans mots , sans ornemens, sans honneur et sans pris, Comme un champ qui fait peur aux plus gentils esprits Des laboureurs actifs à nourrir leurs mesnages , Qui tournent les guerets pleins de ronces sauvages Et d'herbes aux longs pieds , retardement des oœufs, A faute d'artisans qui n'ont point devant eux Desfriché ny viré la campagne férue, Qui maintenant, revesche, arresteleur charrue, Luittant contre le soc d'herbes environné.

Mais quoy ? prenons en gré ce qui nous est donné , Achevons nostre tasche , et croyons d'âsseurance Que ces deux estrangers pourront loger en France, Si la Parque me rit. rescnaufant la ffoideur Des hommes bien aciroits à suivre mon ardeur. Sans craindre des causeurs les langues venimeuses, Pourveu'que nous rendions nos provinces fameuses, Non d'armes, mais d'escrits; car nous ne sommes pas De nature inclinez à suivre les combas , Mais le bal des neuf Sœurs, dont la verve nous baille Plus d'ardeur qu'aux soldarts de vaincre à la bataille.

Ils ne sont ulcérez sinon par le dehors, Aux jambes et aux bras, et sur la peau du corps ; Nous au fond de l'esprit et au protond de L^ame, Tant l'aiguillon d'honneur vivement nous eatame.

La Muse en telle part de son traict va poignant. Et, encor que le coup n'apparoisse saignant, Si est-ce qu'il nous blesse et nous rend fantastiques, Chagrins, capricieux , hagards , nielancholiqûes , . Vaisseaux dont Dieu se sert, soit pour prophétiser, Ou soit pour enseigner, soit pour authorber, Vestus d'habits grossiers, par paroles rurales, Les arrests de nature et les choses fatales.

Tels du vieil Apollon les mittistces, estoient, Ou iiist sur le trépied , ou fus! lors qu'ils chantoient,

Et tels ceux d'aujourd'huy; car Pantique Cybelle (La nature j'enten) n'a tary sa mammelle Pour, maigre, n'allaiter les siècles à venir, Ny ne fera jamais. Ce seroit devenir Une mère brehaigne au lieu d'estre féconde.

Tout tel qu'auparavant sera tousjours le monde.

Or, comme il plaist à Dieu les siècles et les ans Apportent à nos vers richesses et presans , Crédit entre les rois, où souvent par fortune Un prend le bien acquis à toute une commune.

Cela s'est tousjours fait , et tousjours se fera. Tant que le monde entier en ses membres sera. Maint courtaux jeux d'Olympe, un seul le prix emporte : La chance des mortels roule de telle sorte.

ARGUMENT DU PREMIER Livre de la Frangiadb

PAR AMADIS JAMIN Secreutre de la chambre du Roy (i).

En ce laborieux ouvrage de la Franciade, l'antheur s'est proposé la foçon d'escrire des anciens, et surtout du divin Homère; et, combien qu'en ce premier livre il ait principalement imité Homère et Virgile, si est-ce que l'emoarquement de Francus est à l'imitation d'ApoUoine Rhodien. Il ressemble i l'abeille, laquelle tire son profit de toutes les fleurs pour en faire son miel ; aussi , sans jurer en l'imitation d'un des anciens plus que des autres, il considère ce qui est en va de meilleur, de auoy il enrichit (comme tousjours il a esté heureux) nostre langue françoise. Or, pour venir à ce premier livre, qui est comme le fondement et project du reste du bastiment , l'argument est tel : Après que Francus fut retourné du long voyage où son oncle Helenin Tavoit envoyé en diverses nations pour en apprendre les mœurs et façons , et par telle cognoissance se rendre sage, ruzé et pra< tîcq capitaine, ce qn'Helenin avoit fait, ne voulant qu'il

I . Amadts JamYn avoit composé, sur les indications de Ronsard» les arguments cfes vingt-ouatre livres de la Franciade. Quatre de ces arguments ont été publiés. Les quelques changements apportés à ces morceaux, dans les éditions successives, consistent en peu de mott ajoutés ; ils ont été renfennés enue crochets.

42 Argument.

fust recognu. pour enfant d'Hector entre les Grecs , lesquels pensoient pour certain que Pyrrhe, fils d'Achille, l'eust fait mourir, le précipitant du faiste d'une tour, Jupiter, qui l'avoit ïauvé du sac de Troye, et en lieu du corps vray avoit haï lié une feinte de luy à ses ennemis , se resouvenant du Destin , pour lequel il l'avoit garanti de si cruelle mort , et se repentant de la destruction de Troye, envoyé Mercure, messager des dieux , vers Helenin , oncle paternel dudit Francus , afin qu'il l'avertisse quelles sont les destinées de Francion son neveu, lequel depuis un an laissoit énerver sa jeunesse d'oisiveté , sans soucy de . relever sus luy l'honneur de se^ ayeuls. Helenin, après avoir ouy le commandement de Jupiter (aussi que son esprit prophétique avoit prévoyance des destins et presageoit la grandeur de son neveu fils d'Hector), luy fit equipper quelque nombre de navires , dans lesquels il s'embarqua , laissant Buthrote , ville d'Epire, oit il faisoit sa demeure avec son oncle et sa mère Andiomache. Le poète luy donne une compagnie d'hommes guerriers par une belle et gentille invention ; car, le jour du mandement de Jupiter, tous les Troyens bannis estoient assemblez, par le congé des princes de la Grèce [desquels ils estoient esclaves]^ pour chommer la feste de Cybele , leur déesse, tous equippèz d'armes telles que soulolent porter les Corybantes et Curetés quand ils celçbroient les honneurs de la mère des Dieux. Junon se courrouce voyant que la gloire de» Phrygiens a'efforçoit [par bonne et future destinée, de rcnouveflcr Troye et de la faire] reflorir. Cybele et Man favorisent Francion et luy enflament le cœur du désir de louange et de vertu. Helenin luy enseigne sommairement quel chemin il doit tenir sur la mer pour venir de Crète à remboucbenre du Danube.

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