AU ROY TRBS-CHRESTIEN CHARLES
Neufiesme de ce nom.
J use, enten-moy des sommets de Parnasse, ) Guide ma langue tt me chante la race I Des roys français yssus de Francion ,
-,^^;JV55^ Enfant d* Hector, Troyen de nation,
^'on appeloit en sa jeunesse tendre
Astyanax, et du nom de Scamandre.
De ce Troyen conte-moy les travaux ,
Guerres , desseings , et combien sur les eaux
11 a de fois (en despit de Neptune
Et de Junoo) surmonté la fortune
Et sur la terre eschappé de péris ,
Ains que bastir les grands murs de Paris.
Charles, mon prince^ enflez-moy le courage ;
En vostre honneur fentrepren cet ouvrage.
44 L.A Franciade.
Soyez mon guide (â) et gardez d'abysmer Ma nef, qui flotte en si profonde mer.
Desja vingt ans avoient laissé derrière Le jour fatal que la Grèce guerrière Avoit brute le mur Neptunien Quand du haut ciel le grand Saturnien Jettant les yeux dessus Troye déserte , Fut courroucé d'une si grande perte; D'un chef despit sa perruque esbranla {b), Puis au conseil tous les Dieux appela.
Du ciel d'airain les fondemens tremblèrent Dessous le pied des Dieux qui s'assemblèrent Allant de rang en leur siège appresté.
Lors Jupiter, pompeux de majesté, Les surmontant de puissance et de gloire^ Haut s'esleva sur son throne d'yvoire.
Le sceptre au poing, puis, fronçant le sourci , Renfrongné d'ire, aux Dieux parloit ainsi :
a Je n'ai jamais telle douleur reçeue Pour les mortels ny pour les Dieux conçeue (c) Que j'eu la nuict qron bruloit liion , Quand le cheval , enflé d'un milion miommes guerriers , de sa voûte fermée Versa dans Troye une moisson armée D'espieux, d'escus, de lances et de darts
a. Var. :
Sers-moy de phare.
Dans les éditions qui suivent celle de 1 572, l'auteur tutoyé Charles IX.
b. Var. :
Baissa les yeux et vid Troye déserte , Toute de sable et de tombes couverte, Se courrouçant sa perruque esbranla.
c. Var. :
Jamais au cœur je n'eu telle tristesse
Ni pour mortel, pour Dieu^ ny pour déesse.