‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 6 sur 155 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Branlez es mains des Argives soldarts.

Non seulement les Dolojpes gendarmes Passoient les corps par le trenchant des armes ^ Mais nos maisons (sacrilèges) pilioient, Et de leurs Dieux les autels despouilloyent ,

8ui nuict et jour par la ville troyenne ôus honoroient a'une odeur sabéenne.

ce Là forcenoyent deux tygres sans merci , Le grand Atride et le petit aussi - Joyeux de sang ; le camacier Tydide , Et le superbe héritier d'iEacide , Le grand Ajax , seigneur du grand bouclair ; Leurs morions brilloient comme un esclair (a) Qui çà, qui là, s'esclatte de la nue.

Ces furieux ensanglantoient la rue D'un peuple au lict surprins et devestu, Du fer ensemble et du îeu combatu.

« Ainsi qu'on voit une fiere lionne

?ue la fureur et la faim espoinçonne rancher, mâcher le débile troupeau ; Entre les dents sanglante en est ta peau.

Qui pend encor en sa mâchoire teinte.

Le pasteur fuit, qui se pasme de crainte 1

« Ainsi les Grecs detailloient et brisoient Le peuple nu ; les feux qui reluisoient Sur les maisons à fiâmes enfumées Donnoient lumière aux princes des armées, Au meurtre , au sang ; un si cruel effort Monstroit par tout limage de la mort.

ce Et toy, Junon, dessus la porte assise, Hastois les Grecs ardans à l'entreprise , Avec Pallas^ qui, sur le haut sommet Du premier mur, horrible en son armet Que la Gorgonne asprit de mainte escaille^

fl. Var. :

Là, VIthaquois chargé du grand bouclair Qui ne fut sien , briHant comme un esclair.

46 La Franciade.

De sa grand pique esbranloit la muraille Coup dessus coup-, et d'une forte vois Comme un tonnerre appeloit les Grégeois , Les animant à la vengeance pronte.

Dont toutes deux devriez rougir de honte D'avoir destruit un royaume si beau , Fait qu'Ilion n'est plus qu'un grand tombeau Et que Priam, monarque de l'Asie , Sang dessus sang a répandu sa vie Sur ses enfans, qui avoit surmonté Tous les mortels en justice et bonté (a).

« Ce roy, pleurant son estât misérable , En cheveux'gris , en barbe vénérable , Du cruel Pyrrhe indignement pressé, Sur mon autel me tenoit embrassé , Quand il receut en sa gorge frappée De l'Achillin le revers de respée, Qui d'un crand coup le chef luy décolla ; Bien loin la teste en sautelant alla !

Le corps sans nom, sans chaleur et sans face, Comme un grand tronc broncha dessus la place.

« Cet arrogant qui les Dieux despitoit , Qui de fureur son père surmontoit.

Non seulement sur la troyenne place, Cueur sans mercy, tranchoit la populace {b),

â. Var. :

Fait que {^) Priam, meurdri dessus sa race, De son sang tiède ensanglantast ma face.

Bien qu'il aiargeast nos autels par-sus tous De gros cuissots de taureaux et de boucs,

b. Var. :

Non seulement d'une rage maistresse.

Le fer au poing, tuoit la tourbe espesse.

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