‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 71 sur 155 · Livre troisiesme · texte numérisé non relu

Livre troisiesme

Nuds pieds, sans i^obe, affreuse^ eschevelée, Délibéra, contre le mal d'amours De Voir sa sœur et demander secours; Elle courut comme son pied la porte; Mais aussi tost qu'elle fiit à la porte , Se recula ; comme le pèlerin

Sui de fortune a trouvé par chemin n long serpent timbré d une grand'crestè Qui le menace et s'enfle dé la teste y Et fait mourir les herbes du toucher i Il se recule et n'ose en approcher.

Ainsi tourna la pucelle en arrière.

Dessus la langue elle avoit la prière , La lanne à l'œil ^ le soucy sur le front , Dedans l'esprit un pensement profond , Et maint sanglot se crevoit en sa bouche ^ Quand. trop (Pamour qui la touche et retouche Qui compaignon ses pas alloit suivant, Fit avancer ses jambes en avant ^ Et derechef la honte les recule ; L'honneur la gèle et le désir la*brule.

Trois fois Amour la voulut faire entrer , Honte trois fois vint ses pieds rencontrer- Trois fois revient et trois fois s'en retourne ; Son pied douteux , qui niaintenant séjourne;, Maintenant va comme Amour le séduit, Porté d'ardeur, derechef la conduit, Et la vergogne encores la repousse.

Ce dieu qui bat d[une focte secousse Son cœur douteux si bien la fourvoya,

gue dans la chambre en lin la convoya il gémissant , comme une fiancée Qui dès long temps a lié sa pensée Au jouvenceau qui debvoit 1 espouser.

Que la mort' fait en terre reposer (â),

a. Var. :

A son amant, qui, premier qu'appaiser Sa fiame, est mort ofont qnt l'espouser.

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