‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 74 sur 155 · Livre trqisieswe · texte numérisé non relu

Livre trqisieswe

Voîre et qui font, quand la lune décline , Hors des enfers retourner Proserpine (j).

Quand elle vid telle forte poison , S'évanouyt de longue pasmoison , Rouant les yeux et horriblant la face, Et de ses pieds trépigna sur la place.

Un spasme avoit tous ses nerfs estendus.

Elle cria; ses cris sont entendus De sa nourrice , à qui , dés son enfance , Elle portoit honneur et révérence.

Or, de fortune , elle estoit près de l'huis.

Clymène avoit raconté ses ennuis Un jour devant à la vieille chenue, Qui , se doutant d'une raesavenue (6), Tousjours en peur de sa fille vivoit, Et, pas à pas, soigneuse la suivoit.

D'un coup de pied la porte elle a poussée , Puis , en voyant la pucelle pressée De traits de mort , d'un parler redouté , Luy a l'espoir dans le cœur rebouté , La conseillant : « O princesse bien-née, En quel malheur tourne ta destinée ?

Suy la raison : le Destin ne peut rien Sur l'homme autheur de son mal et son bien.

[Nous sommes seuU maistres de nos fortunes ; Comme il nous plaist, ell' sont blanches ou brunes, Et le grand Dieu , bon père des humains.

Le franc arbitre a mis entre nos mains.

a. Yar. :

Et n'est poison qui s\ prompte délivre Loin de son ame un corps fasché de vivre,

b. Var. :

Or' de fortune à Vhuis elle escoutoit :

Car la pucelle un peu devant s' estoit A sa nourrice en segret découverte.

Ceste nourrice, en doute de sa perte,

Ronsard. — III. 12

178 La Franciadb.

Sans nous lier aux étoiles célestes , Dont les vertus ne nous sont manifestes , Ny au destin , qui ne peut nous borner.

Bien que le ciel il fasse retourner Et les saisons en leur temps il ramène, 11 ne peut rien sur la prudence humaine.

Si non d'autant qu'elle luy donne lieu.

Nostre vouloir en nous est nostre Dieu.] Je ne dy pas que le sort n'ait puissance Sur tout cela qui çà bas prend naissance , ; Mais on le peut corriger par conseil , Et à la playe apposer l'appareil :

Chacun y sert à soy-mesme de guide.

Amour ressemble au scorpion homicide ^ Qui blesse l'homme. A la playe qu'il fait Luy-mesme sert de remède parfait.

((Donc ne crains point ton malheur faire entendre A ce Troyen qui met ton cœur en cendre.

Il est trop beau pour n'estre point espris {a); Il est neveu de l'amoureux Paris, Juge courtois, qui, vuidant la querelle, Donna la pomme à Venus , la plus belle.

Tous ses ayeux, grands princes généreux.

Furent jadis des beautez amoureux, Troë , Dardan et le beau Ganymède.

Contre l'amour on trouve assez remède, Quand la raison se veut évertuer, Et non ainsi laschement se tuer.

Bagues , joyaux et robbes bien-ouvrées , Avec argent sont tousjours recouvrées Quand on les perd ; rien n'est icy perdu Qui ne puisse estre à son maistre rendu , Mais par argent ne s'achette la vie Quana une fois la Parque l'a ravie.

Et qai de race à Vamoar est appns.

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