‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 75 sur 155 · Livre troisiesme · texte numérisé non relu

Livre troisiesme

[C'est un thrésor qui n*a point de pareil.

Garde donc bien les rayons du soleil.

Si tu pensois, quand la tombe nous serre, Qu'on cultivast les vignes sous la terre , Qu'on labourast les champs , que les saisons De leurs présents remplissent les maisons , Tu es trompée. Une nuit éternelle Règne partout, et tout renferme en elle.

a Le jeu , l'amour , ne vivent plus là bas ; Ce n'est qu'horreur, que tombeaux, que trépas, Faute de jour , frayeurs , silences sombres , Et vains esprits qui volent par les ombres (â).]

a. Var. :

A partir du vers ; Et non ainsi lâchement se tuer^ le texte est ainsi conçu dans l'édition de 1 578 :

Uâme couarde et vilaine s'offense, Toujours la bonne au mal fait résistance, U homme est bien sot qui tombe en desespoir; RUn n'est perdu qu'on ne puisse ravoir.

Champs et maisons, et bagues bien ouvrées A force d*or sont toujours recouvrées.

Par la fortune on perd le bien mondain, Par elle mesme on le racquiert soudain.

Mais nos trésors ne rachètent la vie Quand une fois la parque Va ravie.

Quand elle dort en un tombeau reclus, C'est fait, les sœurs ne la refilent plus.

Il faut descendre aux bords acherontides , Voir Rhadamante et les trois Euménides, Et le palais du frère du sommeil.

Doncques jouis des rayons du soleil, Et, sans descendre en l'abysme profonde , Demeure vive hostesse de ce monde.

Le jeu y l'amour, ne vivent plus là bas; Ce n'est qu'horreur, que tombeaux, que trépas,

j8o La Franciade.

Tu es , Clymène , encore en ton printemps", Tu n'as d'amour senty les passe-temps Ny les plaisirs du chaste mariage.

Garde-toy donq pour un meilleur usage ; Tente Francus et fay-luy par escrit Sçavoir le mal qui ronge ton esprit. »

De tels propos la fille elle admoneste.

Prompte au conseil , la pucelle fut preste :

Trois fois la plume elle prit en ses dois , Et de la main luy tomba par trois fois; Trois fois elle eut la bouche ouverte et close , Puis , soupirant , cette lettre compose , Et la voulut de tels mots ordonner :

a Salut à toy, qui me le peux donner.

L'aveugle archer m'a tellement blessée De ton amour le cœur et la pensée Que je mourray si guarir tu ne veux D*un prompt secours le mal dont je me deulx, Amour m'a faict en ce papier t'écrire Ce que l'honneur me defFendoit de dire , Et j av ma bouche ouverte mille fois , Mais la vergongne a retenu ma vois.

« A cet escrit vueilles donc^ues permettre Ta blanche main. L'ennemy lit la lettre De l'ennemy; la mienne vient d'aimer, Qui de pitié te devroit enflamer.

[ST tu t'enquiers en quoy le temps je passe : Songer, resver, repenser en ta grâce , Et, me perdant, t'engager mon désir , Est seulement le tout de mon plaisir.

Faute de jour, frayeur, silences sombres, Et vains esprits qui ne volent qu'en ombres.

Dans l'édition de 1584, la même version est conservée, sauf les quatre derniers vers , qui ont disparu.

Les éditions posthumes ne donnent que les vers ( à 1 2 de la variante de i $78, et les vers 17 et 18, dont le premier mot, Et, est remplacé par Donq,

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