‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 88 sur 155 · Livre quatriesme · texte numérisé non relu

Livre quatriesme

Tant ton sçavoir est divin et parfaict.

Hécate en vain, prestresse, ne te faict Garder son temple et commet ses mystères.

Herbes et fleurs et plantes salutaires Craignent ta main. Les murmurantes voix, Les poincts couplez . les mots redits trois fois Te font service , et la fureur divine Du Delien eschauffe ta poitrine , Prophète ensemble et ensemble qui peux Tirer d'enfer les esprits quand tu veux.]

a Je bastiray pour telle recompense Maint temple fait de royale despense En ton honneur j et si )e puis jamais Aborder Seine , icy je te promets Par ton Hécate et par ses triples testes Que tous les ans en solennelles festes A )Ours certains je te feray des jeux, Où sur la lyre à jamais nos neveux Par vers cnantez diront ta renommée ; Et s'il te plaist espouse estre nommée D'un fugitif , je te donne la foy De n'espouser autre femme que toy.

[Tu me diras , douteuse d'espérance , Qu'un estranger erre sans assurance , Et que la voile au premier vent qui vient L'emporte ensemble et sa foy, qui ne tient Ny jurement ny convenance aucune , Et que tout fuit au vouloir de Neptune.

Je le sçay bien, mais, lasl je ne suis tel.

Tesmoin en soit le soleil immortel , Qui de ses yeux toute chose regarde !

Si mon serment envers toy je ne garde , Jamais son jour ne me soit departy Et vif puisse-je en terre estre enclouly !

Tu me diras , comme princesse fière , Que je ne puis assigner ton douère Que sur la mer, mes erreurs et le vent, Sur un destin qui me va décevant ,

2o6 La Franciade.

Qui me promet et jamais ae me baille Qu'un long soucy qui tousjours me travaille.

Je le sçay bien, mais c'est beaucoup encor De te donner pour ton beau-père Hector, Paris pour oncle et Priam pour grand-père, Qui peust jadis , quand fortune prospère Le caressoit, l'Orient surmonter.

Entre les tiens c'est beaucoup de conter Teucre , Assafac et l'ancienne race Du vieil Dardan , qui au ciel a sa place.] Je te supply {a) par ta jeune beauté, Par ton oeau port tout plein de royauté , Par ton Orée, et par la vieille teste Du père tien , d'accorder ma requesie.

[Tu le feras ; je le )Uge à tes yeux, Qui sont si beaux , si doux , si gracieux ; Puis une dame en vertus admirable, Comme tu es , est toujours pitoyable.] »

Ainsi disoit Francus en la louant.

D'aise qu'elle eut son cœur s'alloit jouant, Folle d'esprit; toute femme douée De grand beauté désire estre louée.

Comme un printemps Francus luy paroissoit; Mais rien au cœur si fort ne la pressoit Oue le sainct nom du promis mariage, s'en souvenant elle ardoit d'avantage Et consumoit sa vigueur peu à peu , Comme la cire à la chaleur du feu.

Elle vouloit. tant le plaisir l'affole, Tout à la fois aeseorger sa parole , Et ne pouvoit sa Tangue demesler.

Tant tout d'un coup elle vouloit parler.

a, Var. :

Je te sappli'parta belle lumière,

?ui dans mon cœur flamboyé la premâre, ar ton regard.

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