‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 89 sur 155 · Livre quatriesme · texte numérisé non relu

Livre quatriesme

Aucunefois , comme un homme oui erre D*esprit troublé, devant ses pieds à terre Fichoit les yeux demy-clos et honteux, Aucunefois de larmes tous moiteux Les rehaussoit, rabaissoit tout ensemble, Et d'un sousris , qui de douceur ressemble Au plus doux miel (a), et d'un parlant sourcy , Sans dire mot tesmoignoit son soucy ; Mais à la fin, en telle peine extresme.

Honte la fit consulter en soy-mesme :

a Un mal au mien ne se trouve pareil :

En mon malheur j'ay perdu le conseil; Un nouveau feu par force me consomme; Rien n'est si fort que la douleur qu'on nomme Le mal d'aymer (b). Je me travaille en vain, Et si ne puis l'arracher de mon sein.

D'un puissant trait ma raison est forcée.

Oste ou cœur la flame commencée , Si tu le peux, et, constante, deffens Que les braziers ne s'allument plus grans.

Je guarirois si je le pouvois faire ; Un Dieu plus fort me repousse au contraire, Du ciel me vient ce désastre fatal. .

Je voy le bien , et je choisi le mal, [Le traistre Amour me conseille une chose, Et la raison une autre me propose.

Je ne sçaurois me résoudre, et ne puis Me commander, tant douteuse je suis.]

a. Var. :

Les rehaussoit levant un peu la face, Et rabaissoit soudain contre la place; Puis d'un sousris,,.

b, Var. :

Un nouveau soin tient mon ame engourdit.

Rien n'est si fort que cesU maladie Qu'on nomme aimer,..

2o8 La Franciade.

a Pour mon espoux un banni dois-je suivre, ' Et par les vents, par les tempestes, vivre Comme un plongeon porté du flot amer ,

Sui prend sa vie et sa mort dans la mer (a) ? on, ceste terre, où j'ay mon parentage, Me peut donner un riche mariage , Et , sans me perdre , au gré de mon plaisir , Je puis en Crète autre mary choisir, Riche de biens , de race noble et forte.

Ah î je me trompe , et mon isie ne porte Des fils d'Hector, et, quand elle en auroit, Nul esçaler sa vertu ne pourroit , Ny sa beauté, ny sa jeunesse tendre, Armes d*Amour qui prise me font rendre.

[Vaut il pas mieux franche me deslier De tant d'amour, que mon père oublier Pour un fuitif qui n*a point de demeure , De foy . de loy t Mourir puissé-je à l'heure Que , aestachant de honte le bandeau , Je presseray de mes pieds son bateau.

Sans avoir soing des vergogneux diffames Que mes parents , les filles et les femmes , Me jetteroient : Hyante , pour n'avoir t

Ny jugement, ny raison , ny sçavoir, |

Brute, lascive, amoureuse, insensée, !

A ses amis et sa terre laissée j

Pour un banny qui , traitre, la déçoit 1] j

Desja mon cœur son malhejir aperçoit. j

Par les citez ira ma renommée (b)y

a, Var. :

Loin de mon père , avecq un estranger Qui n'a rien seur, sinon que le danger ^

h. Var. :

Je frémis toute et ne suis plus en moyl Ja par esprit prophète j'aperçoy Quen tous endroits ira ma rmommU*

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