Livre quatrie^me
8ui s'obscurcisse espoisse de fumière, y pour les feux de salpcstrc fumeux, Ny pour L'aboy des mastins eseumeux, Ny pour le cry des idoles menues
8ui sortiront comme petites mies, e sois peureux, et, sans trembler d'effroy, Ne tourne point les yeux derrière toy; Car si , craintif, tu retournes la face , Tout est perdu. Au milieu de la place Fais une îosse assez large, où dedans Le sang versé des victimes rcspàns Tiède, à bouillons, et tout ensemble meste Du vin , du laict et du miel pesle-mesle.
a Quand tu verras que les esprits voudront Boire le sang, et qu'espais se tiendront Prés de la fosse au sang toute trempée, Hors du fourreau tire ta large espée, Les menaçant, et ne souffre, hardy.
Boire un esprit, si je ne te le dy {a), Adonc. ayant l'ame toute grossie De la fureur qui vient de prophétie.
Je te monstVay la plus grand part de ceux Qui sortiront enfans de tes neveux.
Je te diray quelque part de leurs gestes, Et non pas tout : les puissances célestes Ne veulent point qu'une mortelle vois Les faits futurs chante tout à la fois.
« Or je sçay bien qu'après t'avoir monstrée Ta race, helas! tu fuiras ma contrée.
Comme Thésée abandonnant ta foy.
A tout le moins , Francus, souvienne-toy De ton Hvante et de ta foy promise.
Or, quana mon père au tombeau m'auroit mise.
a. Vu,
Etfa^ semblant de les vouloir trendur, Si pris de to}s'efforçùUnt d'approcher.
212 La Framciads.
Maugré la mort, maoj^ toute rigueur, J'auroy tousiours un Francus dans le coeur, Et tes beautés, dont prise tu me lies.
Et s'il advient, ingrat^ que tu m'oublies, Ce jour puissé-je un oiseau devenir.
Pour de mon nom te faire souvenir.
Volant sur tov, et peut êlre qu'à l'heure Aurois pitié oe moy, pauvre, ^ui pleure Ppur ton départ, quWester )e ne puis , Car ton destin est plus que \t ne suis (d). »
Ainsi disant, bras à bras s'accollèrent.
Puis au logis par deux chemins allèrent.
Elle en son char monte sams y monter :
Son foible esprit se laissoit emporter Après Francus, et toute froide et blesme En son logis retourna sans soy-4nesme.
Au jour promis, Francus ne faillit pas.
Il a choisi , du troupeau le phis gras Et le plus grand, trois genices vestues De noire peau , aux cornes bien tortues , Au large front, à Tœil grand et ardant, Et dont la queue avoit le bout pendant Jus<]ues à terre, et sans coups ks ameine ; Puis trois brebis grosses de noire kaine ,
tf.Var. 2 '
Ne permets point qu'en ton histoire on lise Des faits malins qui noircissent ton nom ; Par la candeur achite un beau renom, Et, fils de roy, ne séduis en cautelle Le cœur royal d'une amante pucelle,
J'auraj tùusjours, maugri toute rigueur, Maugri ta mort, ton pourtraict en mon cœur.
Bien que la terre en béant départie M'avallast morte aux Enfers cngloustie.
Amour, cent fois plus puissant que la mort, L'Enfer traverse et vole outre son bort^
. Livre (UJÀTRiESME. zi}
A langue blanche, à qui l'œil tressailloit , Offrande entière où rien ne defailloit ,
8ue le bélier n'avoit jamais cognues , rasses brebis, bien noires et pelues.
Prit un fuzil, et frappant à maints coups Dru et menu Tacier sur les caillons , En fit sortir mille et mille flammèches , Les nourrissant avec les feuilles sèches ; Puis, en soufflant et soufflant peu à peu.
De ce genièvre allume un petit feu Qui devint ^and , nourry par la pasture Des bois qui sont gommeux de leur nature.
De noir pavot et d'encens parfuma L'air d'alentour ; de l'ache il alluma , De la cygûe^ et faisoit de leurs braises {a) Sortir un flair dont les esprits sont aises : Car ils ne vont nv mangeant ny beuvant.
Nourris en l'air oe vapeur et de vent. .
Sous le vallon s'élevoit un bocage Branche sur branche, espoissi de fueillage , Dont les cheveux par le ter non tondus S'entr'ombrag[eoient l'un sur l'autre espandus. Percez n'estoient ny de l'aube première ,
a, Var. :
Le dos dtt fer encontre les caillons, Fit rejaillir sur les estoapes sèches A poincte me un milier de flammèches
?ue l'alumette aa bec de soulfre adonq rompte reçeut : laflame vole en4ong; Puis eslargie aviva {^)sa posture.
Des fins gommeux, aui sont secs de nature. .
L air ^alentour d encens il parfuma D'ache et pavot; en trois lieux alluma Trois feux en rond, faisant loin de leurs braises,
(i) Rendit vive.
214 ^* Fkakciadï;
Ny du midy. Une chicbé {timière D^in jour olafard au dedans paltiftsoit , Et d'ombre triste affreux se herissoit , - [Plein de silence et dliorreur et de crainte*
Arbre n'estoit où ne pendist empreinte L'image sainct d'Hécate au triple front , Qui r^ne en ciel, en terre et au profond].
ï'rés ce bocage une fosse cavéé, A grande ^eule en abysme créfée, Béoit au ciel ouverte d'un grand tour, Qui corrompoit la lumière do jour mine vapeur. noire, grasse et puante ^
Sue nul oiseau de son aile volante 'eust sceu passer, tant le ciel ombrageux S'espoississoit d'un air marescageux.
Et de vapeurs pesle-mesle aHumées, A gros bouillons ondoyans de fùniées. De là maints cris^ maints trainémens de fers, Estoient ouys, souspirail des enfers. '
Près cest abysme en horreur desbordée Creusa le lieu profond d'une coudée, De toutes parts l'eslargissant en rond ; Puis la victime attira par te front, Les yeux tournez vers l'Occident, et pousse Les noirs taureaux sur le bord de la fousse De la main gauche, et le poil qui vestoit Le front cornu des bestes il jettoit Dedans le creux de la fosse, et r'espancbe Du miel , du vin , de la farine blancne , Avec du lait, et, brouillant tout cela, Du mandragore au ius froid il raesia (a).
Lors , en tirant ae sa gaine yvoirine Un long couteau , le cache en la poitrine
tf. Var. :
Du vin, du miel, appelant pargrans cris Hyante^ Hécate et tous les bas esprits.
LiVrtE CUJAtRIÉS-IIE. 215
De la victime ^ et le cetur \uv chercha'.
Dessus sa playe à terre éllé'iroticha En trépignant ; lé sang rongé il amasse Dedans le crenx d'une prd^de tasse , Puis le renverse en la fosse à trois fois, L'espée au poing , priafit i haute voix {a) La royne Hécate et toutes les familles Du noir Enfer, qui de la Nniet sont filles / Le froid al^sme et l'ardent Pblegeton , Styx et Cocyt', Proserpine et Pluton , L'Horreur, la Peur, les Ombres, le Silence, Et le Chaos, qni fait sk demeùrance Dessous la terre, en la profonde nuit , Voisin d'Erèbe, où le soleil ne Init.
Il achevoit, quand un effroy luy serre Tout l'estomac ; un tremblement cfe terre, Se crevassant par les champs, se fendit; Un lonR aboy des raastins s'entendit Par le bocage , et Hyante est venue Comme un esprit affublé d'une nue.
a Voicy, disoit, la déesse venir.
Je sens Hécate horrible me tenir ^ Je tremble toute , et sa force puissante Tout le cerveau me frappe et me tourmente.
Tant plus je veux alenter son ardeur.
Plus a'aiguillons elle me lance au cœur, Me transportant, si bien que je n'ay veine Ny nerf sur moy , n^ ame qui soit saide , Car mon esprit, qui le dœmdn reçoit , .
Rien que fureur et horreur ne conçoit. 9 FA-tant retint sa parole esvolée, Donnant repos à son ame esbranlée , Puis coup sur coup le dœmott luy esprit
a. Var. :
Plus h rtttftnt, et, s'inclihantU chef, Contre la fosst imtoqua derecluf*
ai6 La Franciadb.
Le sang y le cœur, la cervelle et Tesprit.]
Plus que devant Une rage rallume ; Elle apparut plus grand' aue de constume ; De teste en pied le corps luy frissonnoity Et rien d'humain sa langue ne sonnoit.
[Le vent par l'air ses cheveux luy emmeiae ; Son estomach s'esventoit d'une haleine Courte et pantoise, et ses yeux qui trembloient Deux grands flambeaux allumés ressembloient.] Lors, en rouant ses yeux à demy-morte Devers Francus, luy dit en telle sorte :
« Prince Troyen invaincu de travaux, Qui sur la mer as souffert mille maux , EToui en dois par longue et longue guerre Souffrir encor' de plus grands sur la terre ^ En Gaule iras, mais tu ne voudrois pas Yestre allé; mille et mille trespas, Mille périls plus aigus que tempeste, Desja tous prests te pendent sur la teste.
Comme ton père, en défendant son fort , Conneut Tydide et Achille le fort, Fils invaincu d'immortelle déesse, Conneut Ajax et l'achaîque presse.
Tu dois un jour co^oistre a ton malheur Mille ennemis d'invincible valeur.
Si que le cours de la gauloise Seine Du san^ troyen ondoy'ra tonte pleine D'armes, d'escus, de chevaux renversez.
Et de bouclairs d'outre en outre percez («).
FMais parsus tout garde toy que le fleuve D'Aisne en ses eaux durement ne t'abreuve.
Et que Remus, sous ombre de vouloir Te marier, ne te fasse douloir.
a. Var. :
Et dans ses eaux fan sur Vautre tombez Voirra chevaux et kçuclairs embourba.
LlYRB QUATRIESME. H?
« La gloire humaine enfin est périssante; La mort saisi$t toute chose naissante.
Prends «œur au reste; avecque la vçrtu Tu vaincras tout par le glaive pomtu.] Toy parvenu vers la froide partie Où la Hongrie est jointe à U Scythiç , Tu bastirasprés le bord Istrien, Séjour des tiens , le mur Sicambrien,
?ue tes enfans en longue et longue race léndront après pour leur royale place.
[Le bon Hymen, ayant soucy de toy, Te doit conjoindre à la fille d'un roy Qui régira, sous sa dextre garnie min juste fer, les champs de Pannonie.J
Le grand soleil , qui voit tout de ses yeux, Ne vit jamais princes si glorieux Que tes enfants tous chargés de trophées.
Ayant de Mars les âmes esçhaufFées {^).
Par mainte guerre en maints lieux douteront Huns, Goths, Alains, et au chef porteront Mille lauriers , signe que par conqueste A leurs voisins auront froissé la teste.
« Ja deux mil ans auront fini leur tour Quand ta Sicambre et les champs d'alentour Seront laissez de ta race germaine Conduite en sort par un grand capitaine^ Qui , soubs Tobscur des pml?res 4e la nuit ,
d. Var. (tî7») :
Le grand soUU, qui voit tout de soyeux, Voirra tes fils ^ les uns mâlideax.
Les autres bons : la nature n'assemble Toutes vertus en une race ensemble; MaiSy en meslant le bUn avecf' le mal^ Tient la balance en contre-poids égal; Tous neantmoitts honorez de trophées Auront de Mars les âmes eschaufées.
2i8' La Frànciadb. '
Verra dormant un fantaumé eh ion liï (à).
(De Dieu certain çà bas viennent les songes, Et Dieu n*est pas artisan de mensonges.) Ce grand fantaume aura trois diefs divers , L'un de chouan, aux yeux ardans et pers/ L'autre d'un aigle, et l'autre la figure D'un grand lion à la maschoire cfure ; Puis tous ces trois en un s'assembleront, Et ces trois corps un homme sembleront,
Sui murmurant se voudra faire entendre; ais Marcomir' ne le pourra comprendre.
Voulant savoir, du songe tout esmeu, Que portendoit ce grand fantaume veu, Alla trouver une vieille prophète.
Qui fut du songe infailliole interprète :
Cest qu'il falloit par le conseil des dieux Laisser Sicambre et chercher d'autres lieux»
Et s'en aller vers le Rhin , où là Gaule Du roy Brutus n'entrevoit que Tespàule, Et recnercher ses anciens amis , Qui dès longtemps leur siège y avdent mis.
Seigneurs du Rhin , où sa corne béssonne D'un large cours dedans la mer s'entonne.]
« Donc amassant son peuple et le rangeant Sous trois cens ducs, hautain . ira chargeant Le corps des ûtns ae fer et ae cuiraces , Et leurs regards de guerrières menaces ; , Mars en leurs cœurs sera si bien entré Qu'ils laisseront leurs maisons de bon gré, Prenans congé des vieux dieux de leur terre.
Loin devant eux couita la triste sueite !
« Des laboureurs les champs abandonnez Dessous leurs pieds trembleront estonnez,
a, Wu. :
Qui, par Morfii en sommeilfariîùistrttji,^ verra , miracle / un fantaume dt nuit.