FANTAISIE
O Ronsard 1 il faut que ma Muse, (Jui s'amuse Parfois! voler librement.
Plane, sans souci du vertige
Et voltige A Tentour de ton monument ;
Qu'elle aille, folle en son audace.
Prendre place, La coupe et le thyrse à la main.
Au banquet qu'offre à ta mémoire,
A ta gloire.
Notre cher maître Blanchemain ;
DU xix« Siècle. xxv
Te consacrer une pensée,
Cadencée Avec ferveur et piété.
Laisse-la sourire à ta fête ;
Grand Poète, Pardonne à sa témérité !
Mon âme, ivre de poésie,
D'ambroisie, Sentant Téperon de ton vers, Comme une cavale indomptée
Emportée, Caracole au milieu des airs.
Elle se souvient du bel âge
Où, volage. Par les* célestes régions^ Je poursuivais, sans paix ni trêve,
Le doux rêve^ Les fantastiques visions ;
Du temps où, des rives fleuries
Aux prairies.
Des ravins aux sentiers ombreux, J'allais, savourant Tharmonie
Infinie De tes virelais amoureux,
Quand la Cassandre enchanteresse,
La maîtresse Qui m'égarait dans les grands bois, Faisait retentir la ramée
Embaumée Du timbre argentin de sa voix.
Hélas I verts sentiers, roches grises.
Fraîches brises.
Clairs de lune, refrains joyeux!....
xxvj Les Poètes
Aujourd'hui ie suis les allées
Bien sablées, Parmi les hommes sérieux.
Mais, en dépit de cette pose
Qui m'impose Ses convenances et son fard.
J& garde au cœur le saint dâire
De la lyre, Et mon culte pour toi, Ronsard i
Jules Frichon de Voris.
Au Tertre, juin 1867.
Afin d'oublier cette prose Dont notre siècle nous arrose, Mon âme, courons au hasard.
Dans le jardin où s'extasie La vive et jeune poésie De notre vieux maître Ronsard !
Père de la savante escrime Qui préside au duel de la rime.
Salut 1 nous avons soif de vers.
La Muse française engourdie Se débat sous la maladie Qui gangrène les pampres verts....
Moi que tout ce pathos ennuie A l'égal de la froide pluie.
Je veux, rimeur aventureux,
DU xixc Siècle. xxvij
Lire encor, Muse inviolée^ Quelque belle strophe étoilée Au rythme doux et savoureux.
Un 'fier sonnet, rubis, topaze,
Ciselé de même qu'un vase
De Benvenuto Cellini ;
Des chansons que Famour enivre,
Des refrains qui nous fassent vivre
Bien loin, bien loin dans Tinfini ! '
Des vers où l'extase déborde.
Des vers où le caprice torde Comme il veut ses mètres divers ; Des vers où le poète oublie Tout, hormis la sainte folie :
Des vers enfin qui soient des vers!
Viens donc, Ronsard, maître, et me livre Toutes les splendeurs de ton livre Radieux comme un ostensoir ; Dans tes bras je me réfiigie.
Et veux, divine et noble orgie.
Être ivre de rimes ce soir!
Albert Glatigny.
Us Vignes folles, 1860.