INTELLECTUELLES ET MORALES
ncoreSy Sire, que je ne me sois jamais ocj[cupé (a) à longuement discourir et que ma |prmcipale vaccation a esté plus de faire que
Jde parler, si est ce que obéissant à vostre
comnîanHement, je m'en acquittera/ le mieulx que je pourray, et seray d'aultant plus digne de pardon que j'essaye ung chemin tout nouveau et que |e fais tout ce que je puis pour vous obéir et servir.
Il me semble que la question que vostre Majesté nous proposa l'autre jour^ nous commandant de nous en aprester, est à sçavoir si les vertus moralles sont plus louables, plus nécessaires et plus vallentes que les intellectuelles. Quand à moy, j en diray mon advis le plus brief\rement que je pourray, laissant le surplus à ceste docte compagnie, plus exercée que mojr en la philosophie et en l'art ae bien dire; car mon principal mestier a tousjours esté la poésie.
Il faut entendre. Sire, que l'ame est divisée en deux parties et facultés^ l'une raisonnable et l'autre irresonnable. La partie raisonnable est celle où est l'intellect, qui, comme ung grand cappitaihe du hault d'un rempart, commande a ses soudars. Les vertus attribuées à l'intellect sont : sapience, science, prudence, les arts, les cognoissances des causes et les notices des principes.
Les vertus moralles sont habitudes aguisées et aprises par longue accoutumance et long usage, inssinuées, imprimées de longue main en cette partie et faculté de l'ame irresonnable, pour corriger, chastier. subjuger et mettre sous l'obéissance les passions de rappetit et
a. Var. : appris.. .
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de la sensualité. Lesquelles vertus sont fortitude , patience, constance, foy, vérité, justice, libéralité, magnanimité, et leurs dépendances, lesauelles vertus moralles consistent tous)ours en la meaiocrité et au ^milieu de deux vices ; c'est à sçavoir entre le trop et le peu. Pour vous monstrer. Sire, que mon dire est vray, nous en définirons deux ou trois ; car, elles définies , vous pourrez facillement comprendre les autres.
Tempérance est une vertu de sçavoir comander aux voluptez sur deuît extremitez et biens contraires. L'un est ung debauchement et dérèglement aux voluptez j l'autre est une stupidité et hébétement des sens, qui empesche aue l'homme ne peust honnestement gouster quelque volupté, comme on dict qu'estoit Zenocrates. (•>
Force ou fortitude est une vertu d'endurer et soufi-ir les périls et les dangers, et en temps et lieu, avec raison, s'exposer à la mort si besoing en est pour le service de sa patrie et de son Prince. Ses contraires vices sont : témérité et couhardise. Le téméraire, sans raison ni sans occasion, se précipitera luy-mesmes au danger; le couhard, encore que les trompettes animassent les pierres et que la bataille se donnast, ayant le cœur glacé de peur, sans avoir esguard ny à soir devoir, ny à la honte, s'enfuyra.
Libérante est une vertu qui despend son bien honnestement et splendidement, et qui prent plus plaisir à donner que à recevoir. Ses extrémités sont prodigalité et avarice. Vous voyez qu'un mauvais mesnager menge et dissipe en habillemens, festins et plaisirs, en peu de jours, le bien que ses ayeulx ont acquis avec cent ans de travail. Son autre contraire vice est l'avarice. L'avaricieux, encore qu'il ayt plains coffres d'argent, il se lerra plustost mourir de faim que d'en oster ung liard.