LETTRE
A MONSIEUR LE COMTE DE MONTAPIER, (») Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy.
Monsieur, je n'ay voulu faillir, après avoir seu l'opinion de vos amys, de vous avertir comme toutes cnoses se passent, de quoy vous ne pouvez
I ^ On pourrait aussi bien lire Ronssart ou même Roussart, 2. Cette lettre est conservée en original dans les archives du château du Grand-Lucé, département de la Sarthe. La copie en a été donnée par madame la marquise d'Argence, née Rochemore, propriétaire de la terre du Grand-Lucé. Il me semble évident, d'après TL initiale de la signature, qu'elle a été écrite par Louis de Ronsard, curé d'ÉvaiUé. Le poète n'eût jamais annoncé avec tant d'indifférence la mort de ce Roi qu'il aimait d'une affection presque paternelle, ce Charles IX si richement doué pour les arts et les lettres, qui laissa faire et ne fit pas la Saint-Barthélem^r, et à qui sa mort aurait dû faire pardonner le crime politique commis sous son nom.
). Seigneur de Lucé, du chef de sa femme Anne de Pîsseleu.
recevoir contentement, ayant vous et monsieur votre frère perdu le Roy votre maistre, lequel deceda dimanche après midy entre troys et quatre, auquel Dieu a faict ceste grâce de luy donner l'esprit sy asseuré que se estre souvenu de ses affaires jusques a demye heure avant sa mort. Aussy qu'il a pryé et commandé à ceulz qui luy ont esté affectionnés, serviteurs durant sa vie, Qu'ils le luy fussent après sa mort, et qu'ils eussent a reconnoistre la Royne sa mère, comme luy mesmes, attendant le retour du Roy de Pollongne son frère, lequel est averty il y a trois sepmaines de se tenir prest au premier mandament qu'il auroit , pour le peu d'espérance qu'on avoit que le deffunt Roy peust plus vivre. Il a aussy permis que monsieur feist ferre te serment aulx capitaines des gardes tant françoys que autres, à la Royne sa mère.
Vos amys sont d'opinion que vous en venyez pour luy baiser les mains. Il y a quatre jours qu^il ne se despechoit pas un passeport et avoit-on mandé à Metz de ne laisser passer personne aussy que l'on a averty par tous les gouvernements et à ceulx oui commandent aulx armées de prendre garde à eulx. Chemereux partit assoyr à dix heures pour aller en Poullongne, l'on en a despeché d'autres par divers endroits, qui est, Monsieur, tout ce que je vous puis mander.
Faisant fin , je piyerai Dieu , Monsieur, qu'il vous donne santé heureuse et longue vie.
A Paris, ce dernier de may.
Messieurs le premier et de Beaumont vous baysent bien humblement les mains.
Vostre à jamais très obéissant pour vous faire service.