A MONSIEUR DES PORTES
Abbé de Tyron et de Josaphtt.
Monsieur, ayant esté ceste oraison prononcée pour célébrer la mémoire de M. de Ronsard, fay pensé que je n'en pouvoir addresser la publication plus dignement qu'à vous, auquel il semble avoir resigné la gloire de sa profession, et vous avoir laissé comme son unique successeur. Je vous l'envoyé donc peinte et tracée fidellement sur le papier, à fin de représenter à vostre esprit par l'image des characteres, ce qui s'en pourroit estre escoulé au son et de la mémoire des paroles. Vous la recevrez, s'il vous plaist, à vos périls et fortunes ; c'est à dire, si eUe est leuê avec quelque louange, vous recueillirez le fruict de ce que j'ay appris en vostre conversation ; si au contraire, vous me servirez de garant envers ceux qui taxeront et accuseront ma témérité, comme ayant esté le principal autheur, non seulement de me la £aire entreprendre, mais aussi de me persuader de l'exposer au jour et à la lumière de l'impression ; et vous souviendrez , vous et ceux qui assistèrent au festin qui se fit chez vous le mardy dix-huitiesme de mars, où le dessein de ces funérailles fut pris , que je n'eus que depuis le lendemain, qui fut le mercredy des Cendres, jusques an lundy suivant qu'elle fut prononcée, pour m'y préparer. Dieu vueille qu'elle puisse satisfaire en quelque chose à vostre désir, au jnerite de Monsieur de Ronsard, et au jugement de ceux qui la liront.