‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 4)Chapitre 79 sur 127 · DE MONSIEUR DE RONSARD · texte numérisé non relu

DE MONSIEUR DE RONSARD

Messieurs,

I pense qu'il n'y a personne en ceste com- Spagnie qui ne sçache bien la fin pour laquelle )nous sommes icy assemblez, qui est de rendre )les offices funèbres aux cendres et à la me- \ feu Monsieur de Ronsard. Et de faict, quand il n'y auroit autre chose que l'honneur et la révérence que je voy aue vous y apportez, ce seroit assez pour me convier a le croire, et me tesmoigner par mesme moyen que vous ^onez et favorisez nostre intention. Ce que ] estime seulement que vous trouvez estrange, est comme j'ay eu l'asseurance d'entreprendre ceste action, plustost que beaucoup d'autres qui s'en acquitteroient, sinon selon l'excellence du subjet, au moins phis dignement et heureusement que je ne l'ose espérer.

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Et pour vous dire la vérité, quand je regarde maintenant où je suis , je ne me trouve pas moins estonné moy-mesme, de voir que les prières de mes amis ayent eu tant de poids en mon endroit, que de me taire accepter une charge à laquelle mes forces sont si inégales et inférieures. Aussi certes n'a-ce pas esté sans un long combat en mon ame, et plusieurs résistances aux honnestes désirs de ceux qui m'en sollicitoient, que je me suis laissé vaincre à leur persuasion. Car comme d'un costé je recoçnoissois que ce m'estoit beaucoup d'avantage d'avoir à traitter d'un argument où je ne pouvois avoir faute de matière, ny de paroles ; d'ailleurs je considerois que tant plus sa vertu me donnoit de champ et d'estendue, et plus elle préparait les assistans à attendre de moy des louanges innnies , et correspondantes à son mérite.

De manière, Messieurs, que si je n'eusse adjousté à tous ces respects, celuy ae la pieté et de l'obligation, il m'eust esté bien mal-aisé de forcer et surmonter ma timidité. Mais je confesse franchement que ceste seule pensée a eu plus de pouvoir en mon esprit, que le soin de ma réputation et la crainte de n'égaler pas le désir et l'espérance des auditeurs. Car outre ce que toute la France en gênerai doit à la gloire de son nom, comme estant un oes plus nobles ornemens dont elle ait jamais triomphé par dessus les autres provinces \ encore pour mon particulier j'ay tant de causes qui m'obligent à aimer et honorer sa mémoire, que je ne luy puis nier aucun ga^e d'affection , sans commettre une trop grande ingratitude. Que si pendant qu'il a esté en ce monde il a pris quelque plaisir à mes paroles, et si ceste voix qui est maintenant débile et affligée pour l'ennuy que je reçoy de sa mort, luy a esté autresfois agréable ; je croy certes , que le plus doux fi-uict Qu'il en recueillit jamais, c'est le devoir et l'office que je luy rens aujourd huy.

Non que je me vueille reserver ce théâtre à moy seul , et empescher ceux qui en seront ambitieux d'y

paroistre et de s*y signaler. Au contraire, je ne pretens autre chose que de les piquer et animer de ceste juste et religieuse jalousie , espérant que ce sera un argument oe s'exercer à Paavenir, à tous ceux qui voudront combatre de la gloire de bien dire; comme aussi ils ne sçauroient faire œuvre plus honorable, ny pour eux, ny pour l'éloquence mesme, que de la consacrer à un si digne et excellent subjet. Cependant je me contenteray d'avoir eu ceste bonne rencontre de commencer le premier, et monstrer le chemin aux autres en une tant saincte et officieuse entreprise; et prieray ceste belle ame de me pardonner si je ne puis atteindre à représenter parfaictement sa vertu. Ce me sera assez d'en faire seulement les premiers traits; c'est-à-dire, de toucher quelque chose de ses louanges en gênerai , et puis je bailleray le tableau à ceux qui viendront après moy, pour y adjouster les autres beautez et omemens , leur jurant et protestant que je n'auray point de regret d'estre surmonté par eux ; ains me sentiray tres-honoré de sacrifier ma réputation, si j'en puis prétendre quelqu'une, au lustre et à l'exaltation de la sienne.

Au moyen dequoy aussi je parleray avec beaucoup moins de crainte et de défiance , et principalement si vous continuez de me prester la mesme attention que vous avez faict jusques à maintenant. Chose que j'obtiendra^ facilement, pourveu que vous vous souveniez combien le lieu auquel vous assistez est sainct et vénérable, et combien le temps que vous y emplojrez vous doit estre sacré et précieux. Car ce ne sont point icy les obsèques d'un nomme vulgaire et ordinaire comme les autres, ce sont les funérailles du père commun des Muses et de la Poésie.

Que si ceux qui conduisoient anciennement leurs pères au sepulchre, y portoient la teste voilée et couverte comme s'ils eussent assisté aux sacrifices des Dieux, pour tesmoigner par ceste cérémonie extérieure qu'ils honoroient leurs pères décédez, de la mesme

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façon qu'ils reveroient les Dieux : et quand ils approdioient de leurs monumens, s y contenpient avec pareille religion que s'ils fussent entrez dedans les temples et eussent esté auprès des autels; à plus forte raison en ces honneurs funèbres, et en ce convoy spirituel que nous faisons aux cenares et à la mémoire du grand Ronsard, il faut que tous les enfans des Muses observent le mesme respect, que les anciens avoient accoustumé de déférer aux solemnitez mortuaires de leurs pères charnels et corporels.

Mais c'est trop vous solliciter d'un devoir auquel je vous voy desja assez préparez de vous-mesmes, et partant il vaut mieux commencer d'entrer en propos, et mettre peine de dire ce que le lieu et occasion désirent de nous. Pour à quoy parvenir plus heureusement, nous prierons celuy qui est Tautheur de tous bons et louaoles discours, premieremeat qu'il nous inspire des conceptions qui luy soient agréables; et secondement, si c est une requeste qui se puisse ii^etrer, qu'il nous face la grâce que nous n'éclipsions tt n'obscurcissions rien de la gloire et de la splendeur de ce grand homme que nous célébrons , par l'imperfection et par le défaut de nos paroles.

Pierre de Ronsard (Messieurs) le Génie et l'Orack de la Poésie françoise, quant au costé paternel, avoit dérivé son extraction de la Moravie, province située entre la Pologne et la Hongrie, d'une maison dont le chef s'appelle le marquis de Ronsard. De ceste faniille il y a environ deux cens cinquante ans qu'un puisné courageux, voulant chercher son adventure par les armes, sortit du pays avec une troupe de jeunesse volontaire; et ne voyant point de plus belle occasion que la guerre, lors allumée entre les François et les

de l'obliger et retenir, luy donna de grands biens en

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ce royaume : au moyen desquels i! se maria, et s'habit» en Vendomois, où il planta comme une branche et une <:olonie de la famille de Ronsard, qui y a fleury jusques à maintenant.

De ceste maison de Ronsard, que Ton appdoit la Poissonnière, à cause d'une de leurs principales terres, descendit Loys de Ronsard père de celuy dont nous solemnisons la mémoire, qui servit les enfans de France, du vivant du grand Roy F'rançois, et les accompagna en leur voyage d'Espagne, et depuis fut maistre d'nostel du Roy Henry II , lors ae son advenement à la couronne, et eut beaucoup de part auprès de luy, comme estant homme d'agréable compacte et de bon entendement, et au reste qui monstroit desja quelque inclination à la poésie, et se mesloit de faire des vers selon le temps.

Pour le r^ard de l'origine maternelle, il a eu l'heur d'appartoiir a une infinité a'illustres familles françoises^ comme à celle du Bouchage, et partant à Monsieur de Joyeuse, de la présence duquel ses funérailles sont maintenant honorées; à celle de la Trimouille, des Rottaux,des Chaudriers ; noms si signalez en ce royaume, par les œlebres actions de ceux qui les ont portez , que nos histoires n'ont point de plus ordinaires discours. Ce qui suffira pour ceste heure , à fin qu'il ne semble pas que nous allions chercher dans les racines ce qui se doit trouver dans ies branches, et queces omemens domestiques que nous luy appliquons, ce soit par faute de louanges qui luy soient propres et particulières à luy-raesme.

Quant au temps de sa naissance, il y en a diverses opinions. Les uns veulent qu'il soit né l'an mil cinq cens vingt-deux, et par ainsi mort en son an climacterique ; chose que 1 on a remarqué arriver à beaucoup de grands personnages ; les autres s'arrestent à ce qu'il en a escrit, ayant signalé l'année de sa nativité par la prise du grand Roy François, comme souvent il se rencontre de ces fortunes notables à la naissance des hommes

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illustres; là où nous pouvons encor observer en passant, aue la prise de ce Roy devant Pavie, qui est Taccident duquel il a voulu noter Tannée de sa nativité, tombe justement en un mesme jour que celuy auquel nous célébrons la mémoire de sa mort, qui est la leste de Sainct Matthias.

Estant doncques ceste belle lumière venue au monde, et commençant dans peu de temps après à jetter de clairs rayons d'espérance de ce qu'elle feroit à Tadvenir ; ses parens délibérèrent de la donner à Testude des lettres, tant à cause de la vivacité de son esprit, que d'autant qu'ayant eu cinq frères aisnez , il en restoit encores trois, nombre sumsant pour emporter la plus grande partie du bien de la famille. Parquoy si tost que son aage le permit, ils l'envoyèrent en ceste université, où leur mtention ne reussist pas pour la première fois^ comme ils esperoient. Car ce libre et généreux esprit, qui ne se pouvoit forcer par les loix et par la sévérité d'un précepteur , mais avoit besoin de quelque passion intérieure pour l'exciter à desployer sa vigueur, se desigousta du premier coup des lettres et de l'estude, tellement qu'ils furent contraints de le retirer cinq ou six mois après, et le dédier à la profession des armes , pour l'exercice de laquelle il avoit le corps bien composé.

Prenant donc ceste seconde resolution, ils l'envoyèrent au camp d'Avignon , où il fut donné page â Monsieur d'Orléans ; avec lequel ayant demeure ouelûue temps, il receut commandement de suivre le Roy a'Escosse , qui estoit lors deçà la mer, et l'accompagner en son royaume; ce qu'il fit, et y séjourna deux ans et demy, pendant lesquels il apprit les particularitez et la langue de la provinpe. Or ce fut là premièrement qu'il commença à prendre goust à la poésie. Car un centil-homme escossois, nommé le seigneur Paul, trèsbon poète latin . se plaisoit à luy lire tous les jours quelque chose de Virgile ou d'Horace, lé luy interprétant en françois, ou en escossois; et luy, qui avoit

desja jette les yeux sur les rymes de nos anciens autheurs, s'efforçoit de le mettre en vers le mieux qu'il luy estoit possible. Retournant d'Escosse il passa par l'Angleterre, où il s'arresta environ six mois, et de là arrivé en France s'en revint trouver Monsieur d'Orléans, qui le retint encores certain temps auprès de luy, estant soigneux de le faire bien instituer aux exercices où l'on a accoustumé de dresser la jeunesse ; ausquels à raison de son excellente disposition naturelle il se rendoit merveilleux pardessus tous ses compagnons, fust à tirer des armes, à monter à cheval, à voltiger, à lutter, à ietter la barre, et autres tels efforts, où l'avantage ae la complexion est principalement requis. Car ceux qui l'ont cogneu en sa première fleur, racontent que jamais la nature n'a voit formé un corps mieux composé ny proportionné que le sien, tant pour l'air et les traicts du visage qu'il avoit tres-agreable, que pour sa taille et sa stature extrêmement auguste et martiale; de sorte que le ciel sembloit avoir mis toute son industrie à préparer un lieu qui peust recevoir dignement ceste ame pleine de tant cfe gloire et de lumière, de laquelle les beautez du corps dévoient estre comme la splendeur et les rayons.

Monsieur d'Orléans , qui voyoit les prémices de sa vertu naissante et l'opinion que tout le monde concevoit de luy, se résolut de plus en plus de ne le laisser point ocieux, mais de le faire hanter et converser avec les nations estranges. pour le rendre capable d'estre employé aux belles charges , ausquelles il jugeoit que son instinct et sa nature Pappelloient. A ceste occasion, il le depescha en Flandres et en Zelande, et depuis luy donna encore une seconde commission pour retourner en Escosse, en la compagnie du sieur de Lassigny. Apres tous lesquels voyages il fut aussi envoyé en Allemagne avec Lazare de Baïf, lors ambassadeur, et

?r séjourna jusqu'à ce qu'il eust appris la langue, et 'estât du pais. Puis de là , finalement s'en revint en France trouver la Cour qui estoit à Blois ; où il ne fut

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pas si tost arrivé (comme la jeunesse est sasceptibie de telles impressions), que Tamour luy entra en. Tesprit. Or luy estoit-il survenu une débilité d'ouïe durant son voyage d'Allemagne,^ qui commençoit à le rendre mal-propre pour Tentretien ; ce qui fut cause qu'il se mit à représenter ses passions sur le papier^ choisissant la façon d'escrire plus accommodée à son sujet et à son inclination, à sçavoir la poésie, en laquelle il luy estoit permis de suivre la liberté de ses imaginations. Et encores qu'au commencement il ne s'addoanast à ceste profession que comme en se jouant, et la ûiisant servir à un autre dessein, toutefois quand il vit que ses vers estoient leuz avec louange, il s'y eschauffa et affectionna à bon escient. Joint aussi que son accident l'empeschoit d'oser plus prétendre à la Cour ce Su'il y avoit espéré, le séparant de la compagnie des ommes, et le confinant en une espèce de solitude, parmy laquelle il estoit tres-aise d'eslire une occupation, où il peust pour le moins tirer quelque gloire de son incommodité.

Considérant donc qu'il avoit bien desja acquis une grande facilité de faire des vers, mais que la cognoissance des langues anciennes luy manquoit, au moyen dequoy il craignoit de ne pouvoir pas voler si haut sur ses propres aisles comme il l'eust désiré, il se repentit d avoir mesprisé l'estude en son enfance. Et ores Su'il se vit en un aage où il sembloit n'estre plus séant e retourner à l'escole des lettres pour apprendre les premiers elemens de la langue grecque et latine, si est-ce qu'il passa par dessus toutes sortes d'obstacles; et arrivé en ceste Université, se vint ranger auprès de Dorât, où il demeura cinq ans entiers, estudiant si assiduement qu'il recompensa avec beaucoup d'usure la perte qu'il avoit faite auparavant. Car il s'orna et embellit resprit de tout ce qu'il y avoit de rare et d'excellent aedans les anciens poètes tant grecs que latins , des despouilles desquels nostre langue n'avoit point encore triomphé ; et usa de leurs richesses si

industrieiisanent qu'elles paroissoient sans comparaison phis belles, mises en œwvre dedans ses escrits, que dedans les livres de leurs premiers aulheurs ; cornbien qu'au commencement les aureilles des courtisant françois, qui n'estoient pas encores accousturoées à ces omemens estrangers , fissent quelque difficulté de les supporter, rejettant tantost la hardiesse des conceptions, oui estoient poétiques et eslevées, tantost la licence oes constructions et des façons de parler, qui estoient imitks et empruntées des autres nations , et tantost la nouveauté des mots lesquels il se voyoit contraint d'inventer, pour tirer nostre langue de la pauvreté et de la nécessité.

Mais luy, dont le démon estoit invincible et ne pouvoit céder au jugement de la multitude, se servant d'un suffisant tesmoin à luy-mesme, de celuy que la

risterité ieroit de ses œuvres, résista courageusement la passion de ses calomniateurs , et ne cessa jamais de suivre le mesme vol qu'il avoit entrepris, jusqu'à ce que toute l'envie estant esteinte , et tous les monstres surmontez et abbatus , on commença i luy applaudir en plein théâtre, et luy par conséquent à iouïr du plus doux fruict qui se puisse recueillir de la gloire, qui est celuy que nous en recevons pendant que nous sommes vivans.

Après ce premier combat, il luy en survint encore un autre bien esloigné et bien difierent de sujet ; c'est que les disputes de la religion se remuèrent et allumèrent en ce royaume. Or est-ce la coustume de ceux qui innovent en ces matières, de rechercher avant toutes choses les attraits et délices du langage . à fin d'allécher la multitude, et faire couler plus facilement leur opinion sous la douceur du style et des paroles. En quoy certes ils avoient beaucoup d'avantage sur iesxiocteurs catholiques, dont les uns s'estoient endormis tout à fait durant le long repos de l'Eglise, et les autres s'estoient phis employez à entretenir le peuple à la pieté et â la dévotion , qu'à l'éloquence et aux

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beaux discours. Joint d'ailleurs que les estudes d'humanité, ensevelies sous les ruines de TEmpire romain, commençoient à estre déterrées en France depuis si peu de temps, c'est à dire, depuis Tadvenement du grand Roy François, qu'il n'y en avoit encores que pour les esprits phis curieux.

Ce-pendant ce défaut apportoit un grand préjudice â la religion catholique , d autant qu'il sembloit aux âmes populaires que leurs docteurs estoient hommes barbares et ignorans , qui ne sçavoient pas seulement parler leur langue maternelle; et que tout ce qu'il y avoit d'esprits polis et judicieux en ce royaume, estoit de l'autre party ; et sur ce préjugé on faisoit courir force livrets de théologie par les mains du vulgaire , non seulement en prose et en oraison soluë, mais mesme en ryme et en poésie. A quoy une infinité de gens applaudissoient pour la nouveauté du sujet; leouel ils n avoient point encore veu traitter en tel genre û'escriture, jusques à tant que ce grand Ronsard prenant en main les armes de sa profession, c'est à dire le papier et la plume, à fin de combattre ces nouveaux escrivains, s'aida si à propos d'une science prophane comme la sienne, pour la défense de l'Eglise, et apporta si heureusement les richesses et les trésors d'Egypte en la Terre-saincte , que l'on recogneut incontinent que toute l'elegance et la douceur des lettres n'estoient pas de leur costé, comme ils pretendoient.

Au mesme temps donc les voila qui 1q prennent à partie en son propre et. privé nom, se jettant sur luy tous ensemble, comme si la cause de l'Eglise et la sienne eussent esté inséparablement conjointes. Mais il les défendit si glorieusement et l'une et l'autre, qu'ib demeurèrent confus et esmerveillez , et n'eurent plus ny voix ny plume pour répliquer. Uont outre le gré que toute la France luy en sceut, et l'honneur accompagné de liberalitez que le Roy qui estoit lors, et la Koyne sa mère , luy firent en ceste considération ; encore mesme le pape Pie V eut la générosité de l'en

remercier par escrit, et de tesmoigner soiemnellement les bons et utiles services que TEglise avoit receus de luy * ce qui acheva de Tencourager à preodre Thabit et la profession ecclésiastique, à laquelle il y avoit déjà long-temps que ses amis rexhortoient.

De là j)eut-on mger combien il avoit une ame universellement née a la poésie, veu que Quelque thème qu'il se soit jamais proposé, il Ta manie si dignement que nul autre ne s'en pouvoit mieux acquitter, distribuant également Texcellence de son esprit à tous ses ouvrages. Car à Pheure qu'il a pris des sujets pleins de vanité, comme sont les matières d'amour, il a tant contenté ceux qui les ont leus, que l'on a dit qu'il ne se pouvoit rien voir de plus aggreable ; lors qu'il a traité des argumens de guerres et de combats, il a tellement estonné tout le monde, que l'on a pensé qu'il ne se pouvoit rien imaginer de plus espouvantable. Mais quand il s'est mis à escrire des points de théologie et de religion, c'a esté lors qu'il a ravy les esprits de telle sorte , que l'on a trouvé qu'il ne se pouvoit rien appréhender ny concevoir de plus admirable.

Somme : par tout il a esté supérieur aux autres, et par tout il a esté égal à luy-mesme. Il s'est bien veu aux siècles passez oes hommes excellens en un genre de poésie; mais qui ayent embrassé toutes les parties de ta poésie ensemble, comme cestuy-cy a fait, il ne s'en est point veu jusques à maintenant. Homère a bien emporté la palme entre les Epiques. Pindare entre les Lyriques, un autre entre les Bucoliaues, et ainsi des autres* mais la gloire universelle de la poésie ils l'ont tous divisée entr^eux. et chacun en a pris sa partie. Il n'y a jamais eu qu un seul Ronsard qui l'ait possédée toute pleine et toute entière.

Aussi certes y avoit-il plus contribué de naturel, luy seul que tous ceux dont l'antiquité nous a laissé les monumens. Car la partie plus nécessaire pour cest efFect, qui est l'imagination, 1I l'a voit si vive et constante tout ensemble, que quand il est question de représenter

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queloue chose, les autres sont froids et languissaiis auprès de luy. Ceux qui auront veu les hymnes qu^l a raicts des quatre saisons (comme je pense qu'il s'en trouvera fort peu en ceste compagnie qui n'ayent en ceste honneste curiosité) confirmeront assez mon opi* nion, et attesteront qu'il est presque impossible de jetter les yeux dessus , que l'on ne sente un certain ravissement d'esprit, et que l'on ne confesse qu'il faut qu'il y ait quelque âme et quelque génie là dciians qui agite et transporte soit les lecteurs, soit les auditeurs.

A ceste excellente imagination qu'il avoit apportée de sa naissance^ son inconvénient qui s'augmentoit de jour en jour, adjoustoit encore l'autre commodité dont nous avons desja parlé , qui estoit l'amour de la solitude. Car comme il voyoït que sa surdité le rendoit moins agréable pour la conversation des hommes, il prenoit sujet de là de se retirer des compagnies, cornoien que parmy les compagnies et le peuple mesme il portast aucunement la solitude avec luy. Ce qui sans mentir me semble luy avoir esté un merveilleux avan« tage pour l'exercice de sa profession. Car il n'y a point d'objets qui destoument tant l'esprit de l'imagination et de la contemplation , que ceux de Fouie , ny qui soient plus contraires aux inventions et conceptions.

C'est pourquoy les anciens bastissoient les temples des Muses le plus loing qu'ils pouvoient des villes et des habitations publiques ; estimant que la solitude, le repos et le silence, et n'estre point troublé par les bruits et tumultes populaires, servoit incroyablemenl aux recherches et méditations poétiques.

Aussi voyons-nous que de son temps la surdité estoh presque fatale à luy et à du Bellav, et aux autres qui avoient quelque nom en ceste profession. De sorte que tout ainsi que durant l'ancienne Grèce, l'aveuglement estoit comme une marque commune à ceux qui estoient excellens en la poésie* ainsi semble-il que la surdhé ait esté de nostre siècle un charactere commun à tous les grands et excellens poètes françois. Sur quoy il y a

encore cei^â consi4€rer, c'est que les autr^ profes* sions se- peuvent bien apprendre par enseignemens et préceptes; mais la poésie, si nous croyons ceux qui y ont fleury, il faut qu'elle vienne du naturel et naisse d'une certaine vigueur d'esprit, et q^u'elle soit excitée par une influence, et par une agitation divine. Pourtant estimoient-ils anciennement que les poètes estoient saincts, et qu'il les falloit révérer comme les instrumens et les organes des Dieux. Au moyen dequoy ceste science ne dépendant d'aucune doctrine extérieure, à raison qu'elle est toute inspirée divinement, et consiste en l'invention, et non pas en la recordation des choses, il semble que le sentiment de l'oûie ne luy . est point particulièrement nécessaire, comme estant consacré à la mémoire et au ressouvenir. De manière qu'il ne faut nullement trouver estrange, si ce père aes poètes qui estoit instruit du ciel, et avoit une source de doctrine intérieure en luy-mesme. n'estoit point assisté^ de l'entier usage de ceste faculté, pour apprendre de la conférence d'autruy, ce qui devoît procéder de son seul génie, et de sa propre inspiration.

Car comme les habitans de l'isle de Candie, quand ils erigeoient des statues à Jupiter , les faisoient tousjours destituées d'oreilles, pour donner à entendre au peuple, que celuy à qui il appartenoit de sçavoir toutes choses de iuy-mesme, il ne falloit point qu'il eut d'oreilles pour apprendre rien de personne. Ainsi ce grand Ron>^ sard , qui par un instinct divin , et par une science infuse recevoit l'intelligence des mystères de la poésie, lesquels il devoit annoncer et exposer aux hommes de sa nation, il n'estoit point besoin qu'il eust d'oûye pour recueillir aucune instruction de la bouche des autres, luy qui portoit l'escole et la discipline des principaux secrets ae son art en Iuy-mesme. et estoit enseigné de Dieu particulièrement et immédiatement, non point par des oreilles chamelles et matérielles,' mais par les oreilles du cœur, et par les oreilles de la pensée!

Bien-heureux eschange de l'oûye corporelle à l'oûye

Ronsard. * i î

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spirituelle; bien-heureux eschange du bruit et du tumulte populaire à Tintelligence de la musique et de rharmonie des cieux, et à la cognoissance des accords et des compositions de l'ameî Bien-heureux sourd, qui as donné des oreilles aux François, pour entendre les oracles et les mystères de la poésie ! Bien-heureux sourd, qui as tiré nostre langue hors d'eniiance, qui luy as formé la parole , qui luy as aporis à se faire entendre parmy les nations estrangeres !

C'est ce grand Ronsard, qui a le premier chassé la surdité spirituelle des hommes de sa nation , qui a le premier fait parler les Muses en françois, qui a le premier estendu la gloire de nos paroles, et les limites de nostre langue. C est luy qui a fait que les autres provinces ont cessé de l'estimer barbare, et se sont rendues curieuses de l'apprendre et de l'enseigner, et lu'aujourd'huy on en tient escole jusques aux parties te l'Europe les plus esloignées, jusaues en la Moravie, jusques en la Pologne, et jusques à Dansich, oi^ les œuvres de Ronsard se lisent publiquement. Somme : si nostre langue a quelque chose dequoy se comparer, dequoy se vanter, dequov triompher à l'endroit des langues estrangeres, si elle a quelque lustre, quelque splendeur, quelque ornement, c est à la seule mémoire de Ronsard qu'elle est tenue de tout cest avantage.

Quelle chose donc ferons-nous pour célébrer dignement ce que nous avons receu de luy? Quels tombeaux, quelles statues, quelles colonnes, quels temples, quels autels luy edifierons-nous? Quelles fleurs, quelles offertes, quelles effusions espandrons-nous sur sa sépulture? En combien de parties diviserons-nous ses os et ses cendres, comme les Egyptiens divisèrent les membres d'Osiris leur patron et leur bien-facteur, à fin que chaque province de ce royaume puisse jouir d'une portion de ses reliques, pour leur ériger des sepulchres et des monumens par tous les endroits de la France qui luy est obligée universellement? Quels combats poétiques, quels jeux, quelles solennitez insti-

tuerons-nous en faveur de ses obsèques, à lin que tous les poètes s'assemblent d'an en an au jour de ses funérailles, pour disputer entre le prix et la victoire de la poésie, comme ils faisoient aux anniversaires d'Ampnidamas? Et en somme de quelle recognoissance userons-nous pour ne laisser point esteindre et ensevelir la mémoire de tant d'obligations, dans le mesme tombeau dans lequel il est inhumé et ensepulturé?

Ceux de la ville d'Argos colloquerent Homère au rang des Dieux de leur cité et de leur province, et l'associèrent avec Apollon en leurs invocations et en leurs mystères. Les Roy s d'Egypte luy édifièrent des temples et des lieux sacrez, et esleverent auprès de luy pour trophée et pour monument de sa gloire , toutes les villes qui debattoient du lieu de sa nativité. Les Roys de Perse firent mettre ses vers en leur langue maternelle, et prenoient la peine de les apprendre par cœur, et de les chanter et reciter de leur propre boucne.

Que diray-je plus? L'antiquité mesme a estimé que les Dieux se mesloient de la sépulture des poètes, et leurs histoires racontent, quand Lysander mit le siège devant la ville d'Athènes, que la mort de Sophocle estant intervenue, Bacchus l'admonesta en songe qu'il eust à donner permission aux Athéniens de porter et convoyer ses délices au sepulchre; c'est à dire, d'ensevelir les cendres du poète Sophocle, et de leur rendre les honneurs funèbres qui leur appartenoient. Et n'a pas esté jusaues aux nations plus esloignées de la douceur et Je l'humanité, qui n'ayent célébré les funérailles des poètes avec beaucoup de révérence et de dévotion.

Faudra-il donc que les François seuls , entre tant de maraues et d'exemples de recognoissance, soient notez d ingratitude et d'impiété? Sera-il dit que les Anciens ayent estimé que la sépulture des poètes estoit sacrée , et que c'estoit une action digne du soin et de la diligence des Dieux ; et que nous soyons si û'oids

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et négligeas à nous en acquitter maintenant? Sera-il dit que des peuples barbares et septentrionaux comme, sont les Getes, ayent eu la pieté d'inhumer solennellement et honorablement un pauvre poète estranger qui, estoit banny et relégué en leur province, et de luy ériger des monumens et des sepulchres magnifiques;, et que les François mesprisent les obsèques et les funérailles de leur poète naturel, qui n'est point mort parmy les nations estrangeres, mais qui a rendu l'esprit dedans le sein et entre les bras de sa patrie?

Que diront tant d'ames généreuses qui ont vescu en ce royaume par le passé, et dorment maintenant en repos, de voir que nous laissions partir de ce mondç^ avec si peu de soin et d'ornement, celuy dont elles ont. attendu la venue par un si long-temps, pour faire, revivre la mémoire de leurs belles actions, et les dédier à l'Eternité et à l'Immortalité? Oue diront Unt de. vieux chevaliers françois et tant d'anciens héros, qui nous ont laissez après eux pour recueillir les fruicts et l'héritage de leur gloire, que nous rendions ceste ingrate recompense à la mémoire de celuy qui nous fait jouyr d'une si honorable succession?

Que dira ce magnanime Charles, les délices et le, soucy de la Muse de Ronsard, qui n'a point dédaigné, autresfois de s'abbaisser de son throsne roval, pour s'égaler avec luy ; et n'a point fait difficulté ûe prendre la plume au lieu du sceptre pour le provoquer au. combat des vers et de la poésie? Que dira-il donc, maintenant quand il le verra descendre au sepulchre, sans appareil et sans pompe, despouillé et destitué de tous ornemens funèbres, comme un autre homme du commun et du vulgaire? Ne recrettera-îl pas de n'estre plus en ce monde pour avoir le contentement de luy décerner les cérémonies qui luy sont deues, pour faire inhumer ses os et ses cendres avec les reliques de tant de Roys ses prédécesseurs , qu'il a retirez de l'ombré et de l'obscurité du tombeau ; et finalement pour luy faire ériger une statué sur son sepulchre, comme ce

grand Sdpiûn africain en fit eslever une au poète Ëmiius?

Mais quoy, faut-il que nous. allions réveiller ceux qui reposent dans leurs monumens? Faut-il que nous leur allions demander des larmes pour honorer cest enterrement et ces funérailles? N'y a-il plus personne qui puisse ressentir le malheur arrivé à toute nostre nation d'estre privée de la plume de celuy qui faisoit parvenir l'image et le lustre de ses actions à la postérité? N'y a-il plus personne qui se soucie de deaier et d'appendre les despouilles de Mars au temple des Muses? N'y a-il plus personne qui pense à laisser après soy quelques marques et quelques tesmoignages d'avoir vescu?

S'il est ainsi , pourquoy est-ce aue les François se monstrent si passionnez des beaux desseins et des actes généreux? Pourquoy est-ce qu'ils courent si volontairement à toutes sortes de dangers et de labeurs? Pourquoy est-ce qu'ils se vouent à l'exécution de tant de difficiles et périlleuses entreprises? Car en fin si leur ame ne se promet rien de la recognoissance des siedes à venir, et si toutes leurs considérations sont enfermées des mesmes limites dont leur vie est enclose et contenue , quel besoin est-il qu'ils se consument par tant de veilles et de travaux, ny qu'ils courent tant de fortunes et d'accidents, a la mercy desquels ils s'exposent et se sacrifient â tous propos?

Mais il y a je ne sçay quelle efngie de la gloire qui réside dans l'esprit des personnes vertueuses , comme dedans un temple et dans un sanctuaire, et les admoneste incessamment de ne mesurer point la renommée de leurs actions par la brièveté de ceste vie: ains de l'égaler et la comparer avec toute Testenaue de la postérité. De sorte que les belles choses que nous faisons de jour en jour, il nous semble en les accomplissant que ce sont des semences de nostre gloire que nous semons et espandons dedans le champ de l'éternité, pour en Recueillir le fruict d'une mémoire perpétuelle.

19B Oraison

Et soit que cette vanité nous apporte quelque volupté après que nous sommes enlevez d'icy-bas, ou soit qu'elle cesse de nous délecter, pour le moins avons-nous le contentement, tant que nous sommes vivans . de jouir de Tusufruict d*une telle espérance , et de flatter nos esprits de ceste douce et agréable illusion.

Que si cependant il s'en trouve encore de si insensibles aux flammes de Thonneste ambition^ que de n'estre point touchez de la mort de celuy qui pouvoit feire reluire leur vertu après eux ; et s'il y en a encore qui ne célèbrent pas ses ooseques avec les mesmes larmes et la mesme passion que nous sommes obligez d'y apporter, ce défaut retournera à leur perte, et non a son dommage, à leur honte, et non à son deshonneur.

Car aussi bien les offices que nous luy faisons maintenant, ce n'est pas en intention d'adjouster rien à son . lustre et à sa splendeur que nous les exécutons ; et ces honneurs funèbres que nous déferons à sa sépulture, ce ne sont pas tant des trophées et des enrichissements de sa gloire, comme ce sont des monumens de nostre recognoissance que nous dressons et érigeons à la veue de la postérité ; à fin que ceux qui viendront après nous, louent nostre jugement, et ne nous accusent point de sacrilège et a impiété.

Ce sera ceste juste et équitable postérité oui rendra à sâ mémoire le prix et la recompense qu'elle mérite, et ne se sentira plus de la froideur et de la stupidité des hommes de nostre temps. Elle solennisera ambicieusement ces funérailles dont nous tenons aujourd'huy si peu de conte. Elle révérera avec dévotion ce sepulchre que nous sommes si negligens de construire et d'édifier. Toutes les pierres de ce glorieux monument luy seront sacrées et précieuses, et plus il ira en décadence, et plus il se fera sainct et vénérable en son endroit par l'antiquité du temps, et par la succession des années. De manière que ceux qui auront quelque religion envers les Muses, le viendront un jour visiter

avec admiration, et v feront des vœux et des pèlerinages pour* acquérir le don et l'inspiration de la poésie. Il y aura encore à Tadvenir (]ue!que nouvel Alphonse qui saluera le païs de sa nativité, et rendra grâces au génie de la province, d'avoir produit un si rare et excédent personnage. Il viendra encores cy-aprés Quelque second Alexandre; il naistra encores quelque nouveau monaraue du monde, qui pleurera sur la sépulture d'Achille, et ne regrettera en sa fortune sinon de n'avoir pas vescu du temps de ce grand Homet-e françois.

Mais quel autre Alexandre devons -nous souhaiter? N'avons -nous pas nostre Roy. qui a consacré luymesme la sépulture de Ronsara avec ses larmes? qui a honoré les funérailles de l'Homère gaulois, avec ses propres plaintes, et qui a servy d'exemple et ae lumière a toute la France, en un acte si plein de pieté? Quel autre plus grand aesplaisir peut-il ressentir maintenant que de voir que l'image de sa vie, que la description ae ses combats et de ses victoires , si heureusement entreprise et commencée par la Muse du grand Ronsard, n'ait peu estre continuée et achevée par le mesme autheur^ et qu'il faille qu'elle demeure défectueuse et imparfaite, ne se trouvant plus personne qui ose mettre la main sur un si digne taoleau, ny prendre le crayon après un ouvrier si excellent et si inimitable?

Il est vray que la postérité jugera assez de toutes les actions d'un tel Prince , par ce seul eschantillon , luy estant facile de recognoistre que c'aura esté la plume de Ronsard qui aura defailly à sa gloire et a son mérite, et non sa vertu et son mérite qui aura manqué à la plume de Ronsard.

Mais je ne pren pas garde que j'excède le terme de la narration , et sors des limites que je m'estois prescrits à moy-mesme, ayant plustost desseigné dé vous représenter les accidens qui luy sont arrivez un peu avant sa mort, que de vous entretenir d'aucunes autres considérations.

200 Oraison

Or je ne sçay pas comme je me suis cngaf^^en ce long labyrinthe de propos,' ny ne sçay pas aussi oomaie je m'en pourray retirer ; car ces larmes me sont douces, et ces méditations me consolent. Et tout ainsi que les yeux des hommes ne se retirent pas aisément des objets

3ui leur sont agréables, et quand on les en «peose ivertir c'est alors qu'ils y retournent d'eux-mesmes ; ainsi il m'est tres-difficile de r'appeller mon esprit de ceste chère et ravissante contemplation.

Neantmoins si ne faut-il pas que l'excez de la pieté m'emporte tellement outre les loix et les bornes de la médiocrité , que je perde le dessein et la mémoire de mon premier discours, et ne me souviesne plus d'y adiouster la fin et le couronnement.

Estant donques le sieur de Ronsard arrivé sur le dedin de son aace, et se trouvant incommodé des accidens de la vieillesse ; au lieu que ceux que la nature favorise d'héritiers pour succéder après eux, ont accoustumé de penser à faire leur testament, et donner ordre à leurs affaires, à fin de les laisser jouir en repos du bien qu'ils leur ont acquis ; il commença de songer à son testament et à sa dernière volonté; non comme il ordonneroit de ses affahres temporelles, mais comme ildisposeroit de ses escrits, qui estoient ses en&ms spirituels. Et pourtant délibéra de les faire r'imprimer tous ensemble en un grand volume; à fin qu estant ainsi liez et ramassez, ils ne courussent pas fortune de s'escarer si aisément, et par mesme moyen d'y insérer quelques additions et corrections, et en somme d'y mettre la dernière main , et les laisser à la postérité comme il vouloit qu'ils fussent ieuz et recitez.

Ce qui fut cause qu'il demeura un hyver en ceste ville, auquel, outre les empeschemens qu'il avoit le reste du jour, il estoit contraint de veiller les soirs pour voir les espreuves, et fournir de matière aux presses des imprimeurs, qui dévorent une grande quantité de labeur. Or estoit-il fort cassé et abbatu, tant à cause des exercices violens qu'il avoit faits en

FUNBâ^RE. aoi

sa jeonesse, de smiter, lurtter, roltigery monter à cheral, et aotres divers excez, que poor la granfée sobjection<]ii'il avoit rendoe à sa profession, depuis la fleor de son aage jusques au commencement de sa vieillesse.

Car comme il se vit desja avoir quelque nom par la France, et neantmoins qu'il estoit venu tard à i'estude des lettres, il s'y opiniastra tellement, pour recompenser la perte du temps, et soustenir et augmenter la réputation qu'il avoit acquise, qu'il travailla douze ou quinze ans continuels, perpétuellement estudiant et perpetnellement composant. Or comme entre tous tes labeurs celuy de l'ame aifoibKt le plus les forces naturelles, et fait une plus grande consomption d'esprits, aussi de tons les travaux de l'esprit, celuy qui consiste en la composition et où il uint que rame mette quel(tue chose hors d'elle mesme, est sans comparaison plus violent et pernicieux que celuy qui ne gist qu'en une simple et oiseuse lecture, où l'entendement n'a autre peine qu'à recevoir les conceptions d'autruy; et principalement en la poésie, qui a besoin >d^«ne >plus grande contention pour trouver des imaginations eslevées et séparées du commun. De sorte que ^les efforts le consommoieiit jusques à le faire tomber en de grandes maladies, pour lesquelles les médecins ne \wf deiendoient rien tant que l'exercice de la poésie. Mais il n'y avoit point de considérations assez fortes pour arracher une chose si profondément imprimée et enracinée en son esprit.

L'image de la gloire se presentoit à toute heure devant ses yeux, et ne le laissoit reposer ny nuict'ny jour, ains le tenoit en une perpétuelle passion de

Parvenir à ceste immortalité qu'elle luy promettoit ; iquelle aussi elle luy a livrée, non pas gratuitement ny libéralement^ mais moyennant le prix le plus cher qu'il luy pouvoit payer, c'est à dire, le retranchement de sa vie. Car il n'y a point de doute estant né comme il estoit, qae-B^heu6tvwilttme9iiagersasa«té4l^o^st

202 Oraison

vescu un siècle entier. Il est vray aussi à ropposite qu'il ne iouiroit pas maintenant de ceste seconde vie aue ses labeurs luy ont acquise pour la luy conserver durant tous les aages futurs, sans sentir aucune altération ny corruption, expérimentant en luy-mesme du naturel de la doire ce que Ton dit de celuy du cèdre, à sçavoir qu'il conserve les morts, et fait mourir les vivans.

Ses œuvres doncques furent achevées d'imprimer en une nouvelle forme avecques beaucoup de contentement pour luy, de voir qu'il avoit eu le loisir, devant que d'estre prévenu d'aucun accident, de leur dire le dernier adieu. Elles furent aussi fort tost recueillies, comme rien qui sortoit d'un si grand personnage ne pouvoit estre négligé ; avec divers jugemens toutesfois, les uns approuvant les censures et additions qu'il y avoit faites, les autres les trouvant languissantes, et estimant qu'elles se sentoient de la froideur de la vieillesse.

Cependant ce dernier labeur le mina tellement qu'il fut soudain après saisi de la goutte, à laquelle il y avoit desja quelque temps au'fl estoit subject , et si estrangement traicté. qu'il aemeura dix mois entiers perclus et arresté deaans un lict, avecques des douleurs qu'il est plus facile d'imaginer que de représenter. Ceste maladie rayant accompagné jusques aux premières fleurs, comme il vit le retour du printemps, et qu'il y avoit (juelque espérance que le changement de saison luy ayaeroit à recouvrer sa santé ; il n'eut pas le loisir d'attendre que les beaux jours l'eussent un peu remis pour reprendre l'air et la liberté des champs , et se faire porter en un prieuré qu'il avoit en Vendomois, appelé Croix- Val.

Aussi tost qu'il y est arrivé, voila les troubles qui s'esmeuvent par toute la France sous le nom de ligue et d'union, et les guerres civiles plus allumées et embrasées en ce royaume que jamais. Il est vray que leur premier feu ne dura pas long-temps en son ardeur, d'autant que les affaires furent incontinent modérées

et pacifiées (c'est à dire dans la venue de Testé), pendant laquelle saison aussi il eut quelques tresves avec son mal, dont toutes-fois Tautomne commençoit à luy faire j^ayer bien chèrement les interests , auand voila de l'autre costé les armes entre les mains ae ceux que l'on nomme de la religion, le chasteau d'Angers prms pour eux , et leurs compagnies qui passent la rivière de Loire, et mettent tout l'Anjou et le Vendomois en allarme.

Sur ces entrefaites descend M. de Joyeuse, duquel l'expédition fut si heureuse, qu'après avoir réduit la place en l'obeïssance du Roy, et empesché le passage aux troupes qui s'en vouloient retourner en Poictou , il fit escarter et dissiper tout ce nuage en peu de temps. Luy qui ne sçavoit encore rien du desordre de ceste armée, ains avoit seulement les nouvelles que les forces de delà la rivière fondoient en Vendomois, print l'allarme à bon escient, pensant que la guerre s'y venoit terminer. Et pourCe résolut de desloger, tout malade qu'il estoit, et se faire rapporter en ceste ville, où il souffrit à son retour de si estranges tortures, que ce n'estoit que fleurs et délices que tout ce qu'il avoit essuyé iusques alors.

Au Dout de quelque [temps, comme ceux qui ne sçavent plus auel remède appliquer à leur mal, en accusent leurs licts ou leurs chambres, estimans qu'il ne tient qu'à changer de lieu qu'ils ne changent de condition ; il s'imagina que c' estoit le séjour de Paris oui luy estoit ainsi contraire, à cause de l'espesseur de l'air et des vapeurs qui y rendoient l'hyvef beaucoup plus pluvieux et catharreux qu'ailleurs ; et partant qu'il luy falloit regaigner celuy de Vendomois^ et se faire retrainer à Croix- Val, nonobstant la dissuation de ses amis, et les remonstrances qu'on luy faisoit des inconveniens que l'agitation du coche luy avoit desja causés et luy causeroit encore par les chemins.

Retourné qu'il fut à Croix-Val pour la seconde fois, ce fut lors qu'il commença à désespérer du tout de sa

204 Oraison

saMé; car les excessives douleurs qu'il endurait tant 4 raison de la violence ordinaire de sa maladie . que pour lès travaux qu'il y avoit adjoustez d'ailleurs, rempeschoient de prendre aucune heure de repos; chose qui luy apportoit un grand afFoiblissement d'estomac et une merveilleuse diminution de chaleur naturelle. Et encore pour s'achever, vo](ànt qu'il avdt (ôttsjours les veux ouverts, et Tame esveillée et sensible aux pointes de sa douleur, il s'advisa (à fin de conjurer la cruauté de son mal), d^avoir recours à un somme ^artificiel, et se mit à boire du jus de pavot, lequel au lieu de my donner allégement, luy rrtroidit si fort le sang et les esprits qu'if tomba en une atrophie et en un défaut de nourriture. Et lors non seulement il perdit l'usage de toutes les parties de son corps, excepté celuy de la langue qui luy restoit pour exprimer la peine des autres ; mais mesmes les extremitez de ses membres venans à ne recevoir plus de vie ny d'aliment, et se tronvans occupées d'humeurs vicieuses, commencèrent à se despouiJler et deschamer; de sorte que c'estoit un tres-piteUx spectacle que de jettcr la -Vèue dessus, et qu'il n'y avoit ame si asseurée qui n'eust eu occasion de s'en effrayer et d'en trembler.

La sienne neantmoms entre tous ces tourmens ne Caiisoit aucune contenance de céder à la rigueur de son mal; au contraire, prenoit de jour en tour de nouvelles forces pour combattre contre sa douleur, non pas en touchant la terre à la façon d'Antée, mais en s'approchant du ciel . et le touchant avecques l'espérance et le désir. Tellement que combien qu'il se vist parmy les larmes de ses amis et de ses parens, qu'il tbst comme aux accez et aux advenues de la mort, et que l'on apperçeust son visage tout en eau, et ses linceux tout mouillez et trempez de sueur, si est-ce qu'il composoit encore au fort de ce combat les plus beaux poèmes spirituels qu'il estoit possible, et les prononçoit avec une parole si ferme et asseurée. qu'il ne pan)issttit'p«te que ce fust une voix mortelle qui

FUN^SaK. 20 (>

parlai ^ mais quelque divinité qui se servis! de S4 bouche pour rendre ses oracles; tant il avoit un courage invincible y et une ame vrayement et essentiellement poétique.

Car en somme , comme si ceste profession eust voulu prendre fin avec luy, il sembloit qu'elle faisoit lors ses derniers efforts, luy arrachant encore de l'esprit^ au milieu de ces agonies, des vers si hardis et si animez, (jue c'est chose plus humaine de les admirer. Que de les imiter. Aussi certes pouvons-nous bien dire désormais, pour le moins de la poésie françoise, qu'elle, a accomply son tour et sa révolution dans le cercle, et dans le période de sa vie. Il l'a veue en son orient, il l'a veue en son occident; il l'a veue naistre, il l'a veue mourir avecques luy ; elle a eu un.mesipe.berc^u, elle aura une mesme sépulture !

Entre, les oeuvres. donc qu'il tira de son esprit,pen-, dant qu'il fut à Croix* Val^ sortirent des stances qu'il addressoit à un sien.nçveu, déplorant la misère. de, ceste vie, et l'admonestant de fuir les voluptez comme pestes de la jeunesse, qui n'apportoient autre chose que la perte de Tame et la ruine du corps.

Après il desseigna et prononça luy-mesme son epitaphe, de la façon qu'il vouloit qu'il fust gravé sur soa tombeau. Cela fait, il profera quelques sonnets en forme de plaintes sur la véhémence de sa douleur^ contenans comme il se voyoit mourir partie après

{)artie, deyajit ses propres yeux, et ne pouvoit jetter a veue sur aucun lieu de son corps sans horreur et compassion ; mais que le secours du ciel estoit prochain^ et qu'il esperoit n'avoir plus gueres de temps à souffrir de ceste sorte. Puis en dédia certains autres à Dieu^ le priant d'avancer le terme de son salut. Qu'il avoit essayé tous les remèdes des hommes, qu'il avoit espuisé tous les secrets de l'art et de la nature pour trouver moyen d'avoir quelaue minute de repos ; mais que ny le jus de pavot, nv les autres drogues des apothicaires ne luy servoient plus de rien; et partant qu'il Tadju-

2o6 Oraison

roit comme souverain médecin d*y vouloir mettre la main luv-mesme, et luy envoyer le sommeil ou la mort.

En nn après plusieurs tels combats de corps et d'esprit, se sentant pressé d'adjouster la catastrophe et le dernier acte à ceste tragédie, et en ayant'eu non seulement des advertissemens naturels, mais mesmes des présages extraordinaires (comme il advient souvent à ces grands personnages avant leur deceds) soit (jue c'eust esté son ange qui luy fust apparu une des nuicts précédentes, ou bien quelque autre vision* il délibéra d'entreprenare encore un voyage pour le dernier qu'il desiroit d'accomplir en ce monde, à sçavoir, de se faire transporter en un prieuré qu'il avoit prés de Tours, appelle Sainct Cosme.

Ce prieuré est situé en un lieu fort plaisant assis sur la rivière de Loire, accompagné de boccages, de

f)rairies . et de tous les ornemens naturels qui embelissent la Touraine, de laquelle il est l'œil et les délices ; ce qui le luy faisoit aimer par dessus ses autres maisons, comme estant la plus propre à entretenir ses Muses et recréer la beauté de son esprit, et d'ailleurs le premier bien ecclésiastique dont il avoit esté pourveu.

Ne conservant donc plus autre passion sinon de s'y voir transporter, à fin de jouir de ceste dernière félicité d'y mourir, et se persuadant que ses os y reposeroient plus aoucement, il se fit mettre dans son chariot, tout perclus et estropié que je vous l'ay descrit; et s'estant ainsi acheminé malgré les injures de l'air, travailla tant de ceste première traitte. qu'il alla coucher environ à trois lieues de là, et rautre lendemain d'après qui estoit un jour de dimanche, arriva finalement à S. Cosme sur les cina heures du soir ; depuis lequel temps jusques au jeuay suivant il ne juy survint aucun accident notable, sinon qu'il alloit affoiblissant de jour en jour.

Le jeudy comme sa chaleur naturelle commençoit à manquer tout à fait , et à n'estre plus suffisante pour entretenir le sentiment de ses douleurs, il tomba en un

long assoupissement, auquel ayant demeuré jusques sur le soir, il commanda un peu après son réveil, qu'on prist la plume pour escrire ce qu'il dicteroit.

Puis recita deux sonnets, Tun addressé à son ame, où il Texcitoit de se disposer à ce bien-heureux départ, lequel il sentoit approcher, luv demandant ce qu'elle pensoit faire, si elle s'amusoit à dormir lors qu'il estoit question de songer à desloger ; si elle vouloit demeurer engourdie en la masse de son corps ; que la trompette avoit sonné, qu'il falloit serrer bagage; qu'il falloit suivre le chemm pavé de ronces et de chardons que Jesus-Christ avôit tracé pour la racheter, qu'il falloit prendre courage et n'abandonner point la carrière; que ceux qui mettoient la main à la charrue et regaraoient derrière eux, qui commençoient la course et ne l'achevoient point, n'estoient pas dignes du loyer. Le second estoit une espèce d'adieu à toutes les choses caduques et périssables , lesquelles il se voyoit prest d'abandonner, et une forme de remonstrance à soymesme, qu'il n'estoit plus temps dépenser à la terre, que c'estoit £ait, qu'il avoit dévidé le ni de ses destinées, qu'il avoit espandu son nom et ses escrits par tout le monde ; maintenant que sa plume s'envoloit au ciel pour y estre changée en quelque nouvel astre, et luy au dessus du ciel pour y estre transformé d homme en ange, et faict ae corporel incorporel auprès de Jesus-Christ.

Le vendredy, environ sur le midy, arriva le sieur Gallandius, qui avoit tousjours esté son intime et particulier amy, et qui certes luy conserve ceste mesme affection sacrée et inviolable après sa mort, rendant aujourd'huY à sa mémoire par ces actions publiques et solemnelles. les honneurs et les offices oignes de l'amitié qu'il luy a portée pendant qu'il vivoit. Or apprehendoit-il , ayant sceu sa venue, de parler à luy et l'entretenir, encore que d'ailleurs il le desirast passionnément, de peur que sa présence ne luy attendrist le cœur et ne luy renouvelast par trop la mémoire de

2o8 Oraison V

leur ancienne familiarité. PourtanI- qi»iid«ril>le vit entrer dedans sa^ chambre, il eut Tesprit saby 'd'an«) goisse, Jusques à se laisser tomber attelques larmes de»^ yeux. Car ceste belle ame dont la trempe s'estoit tousjours monstrée si forte â tous les autres traits de^ sa douleur, ne se sceut tenir lors, qu'elle ne s'amoUisIt à la souvenance de leur société et privauté passée. El comme il cognut qs'il se vouloit mettre en devoir d^ le consoler, m^is que les pleurs et les sousptrs luy empeschoient la parole, il prit Je premier le propos et luy dit : Qu'il estoit bien-heureux de partir de ce siècle où. il •sembloit q[ue tout alloit en confusion et en;, ruine. Que s'il y avoit quelque chose qui Tobligeast à désirer d'y demeurer plus l(mg*temps. c'estoil^

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leurs corps estoient séparez, pour le moins leurs amea« converser^oient ensemble. Quant à luy, puis que c'estoif le plaisir de Dieu, il y obeîssoit volontiers, et qu'au^. bien ceste vie ne luy estoit plus qu'une mort conth nyelle; qu'il ressentoit que Dieu l'appelloit à une; meilleure et ph» asseurée, qu'il en avoit divers advis, non seulement par le manquement de -sa chaleur natu*^ relie qui defailloit tout à fait, mais aussi par des présages qui venoient de plus lom, et que quelques nuictsauparavant, comme tout le monde estoit sorty de.sa. chambre, il luy estoit apparu une grande lumière, et là dessus luy recita ceste histoire dont mille persofiiieS' ont ouy parler. (*) Puis finalement avec des larmes de part et d'autre plus chaudes que devant, le pria qu'il le laissast et se retirast d'auprès de luy, tant pour n'augmenter point son affliction par la veue de lasienne, qu'aussi à fin qu'en mourant il ne luv restast point un object devant les yeux, qui luy nst avoir

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