‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 123 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Du Louvre une Déesse (*), à qui jamais ne fout Le vent, à joue enflée, au creux d'une trompette. Et la monstras au Roy, disant qu'elle estoit faite Exprés, pour figurer la force de mes vers.

Qui comme vent portoient son nom par runivers.

Or ce bon Prince est mort, et pour faire cognoistre Que nous avons servy tous deux un si grand maistre, Je te donne ces vers, pour éternelle foy Que la seule vertu m'accompagna de toy.

A ODET DE COLLIGNY,

Cardinal de ChastiQon.

L'homme ne peut sçavoir de oui parfaitement Il se peut dire aimé, quand il est hautement Assis dessus la roue, et quand dame Fortune Le soulevé aux honneurs d'iine main opportune ; Car à l'entour de luy pesle-mesle sont mis Aussi bien les flateurs que sont les vrais amis, Qui font semblable mine, et prompts à tout office Pressent les grands seigneurs à leur faire service D'une pareille ardeur, sinon que le moqueur Presse plus que celuy qui aime de bon cœur.

Si quelque grand seigneur quelque chose commande,

I. Il entend la Renommée, qui est en effet sculptée sur une des façades intérieures de la cour du Louvre, du côté du couchant.

Ronsard, — VI. 13

Si bonnet, on chappeau, ou mules (') il demande, S'il veut aller dehors, s'il iaut chercher quelqu'im, S'il faut l'accompagner, le dateur importun Est tousjours prest d'aller, et plein de diligence Devant les vrais amis tout le premier s'avance, Courant, suant, pressant, pour mieux se faire voir Du seigneur dont il veut quelque bien recevoir, {a}

Si ce gentil pipeur se trouve en compaignic, Il a de mots dorez la parole garnie, De louanges, d'honneurs, à tous propos louant Le seigneur courtizé dont il se va jouant.

Et dit à haute voix : « mon Dieu, que je nomme Heureux le serviteur avoué d'un tel homme!

le gentil seigneur! jamais l'œil du soleil (Ce oira le flateur) ne voirra son pareil. »

Mais quand la roue tourne et l'aveugle Déesse

^ quand

Le ribâut qu'elle aimoit, plus amy ne l'appelle, Le laisse en la prison et tait amour nouvelle ; Ainsi font les flatcurs, qui arrachent alors Le masque de leur face et suivent les plus forts, Traistres et desloyaux, desdaignans la personne (V'ils adoroient naguère en la fortune bonne. £!t non tant seulement ils s'en reculent loin Ainsi que d'un aspic, de peur d'en avoir soin.

tf. Var.(i$84):

Courant, suant, pressant, à fin de mieux user Du seigneur dont il veut du crédit abuser,

t. L'édition de IJ84 met son coche. C'est une indication de répoquc où les grands seigneurs commencèrent à avoir des voitures, et où Te mot coche, qui étoit d'abord féminin, commença à changer de genre.

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