‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 131 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Serrez-vous en bon ordre, et cttacun en son cœur S'enflame de coniïbatre, et de mourir vaînquetH-.

Mourez dohc en la guerre, ou bien si de fortune Vous eschappfcsz la mort à tout homme commune, Au moins dans Testomac au logis rapportez Une playe honorable ; ainsi reconfortez Vos pères, qui seront pleins de rejouissance, Voyant dans Testomac peinte votre vaillance.

Sus donc branlez la pique au son du tabourin, Maugré les ennemis baignez-vous dans le Rhin, Et en vos moriôtts puisez Teau pour en boire, Comm6 si ce ftist l'eau de Garonne ou de Loire.

Vous Altemafls aussi, qui de loin estrangers Venez pour secourir la France en ses dangers, Bandez vos pistotets, et faites apparaistre Que de vostre pays est issu nostre ancestre.

clt vous nobles François, monstrez»vous gens de bien Vers le Roy qui jamais ne vous refusa rien.

Soit ofBces, ou dons, ou amendes, ou grâces,

8ui par force ne prend vos terres ny vos places, omme un cruel tyran, et qui dans vostre lit Jamais ny vostre nlle ou femme ne ravit;

aui ne vous fait mourir par fraude ou par colère, iis comme un Roy chrestien est doux et débonnaire. Et, comme son enfant duquel il a souci, Vray père, aime son peuple et sa noblesse aussi.

[Je voy desja ce semble en ordre nos gens d'armes ; J'oy le bruit des chevaux, j'oy le choquer des armes ; Je voy de toutes parts le fer estinceler.

Et jusques dans le ciel la poudre se mesler ; Je voy comme forests se hérisser les piques ; J'oy refFroy des canons, œuvres diaboliques; J'oy fausser les harnois, enfoncer les escus; J'oy le bruit des vainqueurs, j'oy le cri des vaincus ; J'oy comme Ton se tue et comme Ton s'enferre, Et dessous les chevaux les cavaliers par terre Je voy dans un monceau, les foibles et les forts* Pesle mesle assemblez, et les vife et les morts,]

2o8 Les Poèmes.

Là donc, qu*opiniastre en sa place on s'arreste; Tenez pied contre pied, et teste contre teste, Bouclier contre bouclier, et pour nous secourir Serrez ferme le pas, et aeussiez-vous mourir, (a) Mordez plustost la terre en mourant, que de iaire Place à vostre ennemy ; non, laissez- vous desfaire Plustost de mille morts que reculer un. pas.

Nobles enfans de Mars, vous ne combatez pas Pour le prix d*un tournoy, pour une chose vile; Vous combatez pour vous et pour vostre famille, Pour carder vos maisons et vos pères ja vieux, Quiprians Dieu pour vous tiennent les mains aux cieux.

Si vainqueurs vous gaignez par armes la journée, La gloire des Flamans est du tout ruinée Sans plus se relever, et en toutes saisons Désormais vous serez sans crainte en vos maisons; Mais si vous la perdez par lasche couardise, La gloire des François à néant sera mise, (b) Et perdrez en un jour l'honneur qu*avoient conquis En mille ans vos ayeux. Donoues s'ils l'ont acquis Aux despens de leur sang, il faut avoir envie De le garder de mesme aux despens de la vie; Car après vostre mort ces bons pères vieillars Se moqueroient de vous d'avoir esté couars.

Courage donc, amis, c'est une saincte guerre De mourir pour son prince et défendre sa terre. De garder sa maison, sa femme et ses enfans.

Par un petit de sang qui nous rend triomphans! Immortels en mourant, ne craignez de respandre La vie qu'on ne peut en plus beau lieu despendre

a. Var. !

Marchez teste baissée, et deussiez-vûus mourir,

b. Var. (1578):

Mais si vous la perdez par faute de courage.

Vous mettez vostre gloire et la France en servage.

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