‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 139 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Tel fleurit aujourd'huy qui demain flestrira, Tel flestrit aujourd'huy qui demain fleurira. La Fortune gouverne, et en tournant sa roue Rit de nostre conseil et de nos faits se joue.

Rien n*y sert la raison, ny la force ae cœur, Noblesse ny parens, richesse ny faveur, Ny mesme la vertu, ny la philosophie Qui s'arme en son sçavoir ; la Fortune défie Les humaines raisons, et sans avoir lié Sa force à nos conseils, les escarbouille au pié ; Force qui n'a jamais nostre plainte escoutée, Qui domte tout le monde, et n*est jamais domtée. Quoi ! ne vois- tu, Prélat que le mesme destin Qui nous fit mal-heureux aux murs de Sainct Quentin, Luy-mesme notre dueil change en réjouissance, Redonnant aujourd'huy ton oncle en nostre France? (a) La France estoit malade en Tabsence de luy, Souspiroit son malheur, se tourmèntoit d'ennuy, Frappoit son estomac, de pleurs estoit couverte, S*arrachoit les cheveux, et lamentoit sa perte.

Comme un petit enfant que sa nourrice avoit Allaité longuement, pleure s*il ne la voit.

De ses petites mains au berceau se tourmente, En souspirant l'appelle, et tousjours se lamente D'une voix enfantine, et ne veut s'éjouir Jusqu'à tant qu'il la voye ou qu'il la puisse ouïr ; Mais si tost qu'il la voit, en luy riant s'appaise, Luy embrasse le col, et doucement la baise ;

a, Var. (Du Bouchet) :

En redonnant ton oncle et ton frère à la France?

1662, in-foi.). Il est ainsi intitulé : Le retour du connestable de Montmorency et de l'admirai de Coligny, prisonniers de guerre en Flandres /'j/t 1558, tiré de Toriginal de la main de Ronsard. Il a été imprimé pour la première fois à la suite de la pièce précédente.

Ronsard. — VI. 15

226 Les Poèmes.

Elle en ses bras Teschaulfe, et depuis le matin Soigneuse jusqu'au soir le pend à son tetin.

Ainsi toute la France, à Tneureuse venue De ton oncle captif, joveuse est devenue^ Revoyant de retour cefuy qui tant de fois L'avoit si bien servie en bien servant nos Rois.

Elle s*est réjouie, ainsi qu'on voit la terre En avril s'égayer, quand le printemps desserre Les huis de la nature, et quand l'hyver neigeux A mis à part sa gresle et ses vents orageux.

Adonques par les prez les fleurs s'espanouisseat, Et avecques le ciel les terres s'éjouissent : Ainsi toute la France et ses estats aussi Se sont tous réjouis voyant ton oncle ici. Le pauvre laboureur qui conduit sa charrue, Celuy qui d'avirons la marine remue^ Le prestre, l'advocat, et le noble qui tient (a) L'espée à son costé, d'aise ne se contient^ Ains le montre par signe, et sautant de liesse Foule la guerre aux pieds, le soin et la tristesse ; Tant ton oncle est de tous estimé dignement Qui n'a jamais le peuple offensé nullement; (b) Que la seule vertu sans reproche et sans vice. Que l'esprit vieilant et le loyal service Qu'il a fait à ûeux Roys. de chevalier privé l7ont au plus haut degré de la France élevé.

Sus donc, France! sus donc, que gaillarde on tevoye Parmi les carrefours dresser les feux de joye ; Qu'on respande du vin, et que le peuple émeu

a. Var. (Du Bouchet) :

Le rustre, l'advocat, et le noble qui tient

b. Var. (1578):

Taàt il est de la France à bon droit estimé, Non de confiscations ny de biens affamé;

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