‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 140 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

D'allégresse, en dansant tout à Tentour du feu, De chapelets de fleurs se couronne la teste ; Et qu'à jamais le jour de son retour soit feste !

Sus donc, embrasse-moy ce seigneur désiré.

Que hors de la prison tu eusses retiré Aux despens de ton sang et de ta propre vie, Et que le peuple avoit de racheter envie.

Si le Prince vainqueur eust de crace permis Qu'une riche rançon en liberté reust mis.

Rembrasse derechef ce vieillard honorable, Ton avisé Nestor, ton sage Connestable , Lequel à son retour ne te r'ameine pas

Suerelle njr discord, ny guerre, ny combas j ais la paix bien-heureuse à son retour arrive Ceinte tout à l'entour des branches de l'olive. [Regarde, je te pry, peuple François, combien Son malheur bienheureux nous rapporte de bien ! C'est un secret de Dieu, lequel sage propose ; Puis le conseil humain exécute la chose.

Voy donc quelle inconstance abonde dans nos faits ! Un malheur a trouvé le bonheur de la paix.

Ce que les Roys défunts à fin n'avoient sceu mettre, Ny François, ny Henry ne s'osèrent promettre. Un malheur nous l'a faict. malheur bienheureux ! Pour nous mettre en repos tu es venu des cieux.

gui eust jamais pensé qu'un malheur misérable iîst engendré de soy un bonheur désirable, Eust trouvé le fepos d'un peuple infortuné?

L'ordre de la nature est maintenant tourné ; Les chesnes désormais se chargeront de roses, Les buissons porteront des fleurettes descloses ; L'âge d'or reviendra en son premier honneur.

Puis qu'on voit le malheur engendrer le bonheur.

Quel olivier sacré, en signe de conqueste, Oserbit bien ramper sur sa divine teste.?]

8uel palme, quel laurier oseroit couronner ë grand Montmorency, qui vient pour nous donner La pfaix, ayant defïait le monstre de la guerre .?

228 Les Poèmes.

Les belliqueurs Romains qui vainquirent la terre, Ne sçauroient s'égaler à sa belle vertu ; Le saçe Scipion, oien qu'il ait combatu Le vaillant Hannibal, et receu de Carthage Pour les siens et pour luy le surnom en partage ; Ny le premier César qui mit dessous sa main' Par trop d'ambition tout l'empire Romain, [Ny ces braves guerriers dont les vives histoires Maugré le cours des ans éternisent les gloires, Ne sont pareils à luy, bien qu'il ait une fois Eprouvé la fortune au danger des François.]

Ce n'est pas de merveille , en suivant mainte année Les guerres, si l'on trouve une heure infortunée, De perdre une bataille et d'estre prisonnier, Cela souvent arrive à maint grand chevalier; Mais tirer du profit de sa propre défaite.

Et faire d'une guerre une amitié parfaite.

Accorder deux grands Roys, et leur fléchir le cœur, Et faire le vaincu pareil à son vainqueur, Et d'un Duc ennemy (*) tirer une alliance.

Et joindre estroittement l'Espagne avec la France D'un nœud qui pour jamais en amour s'entretient, Au seul Montmorency cest honneur appartient, Qui plus a fait pour nous, que s'il avoit par armes Déconfit tout un camp de cent mille eenaarmes. D'autant que la vie est meilleure que la mort, Et que la douce paix vaut mieux que le discord.

Cependant, mon Prélat, de la fortune amere Pren maintenant le fruit, en revoyant ton frère Et ton oncle en faveur à l'entour de leur Roy, Qui plaignoit leur mal-heur aussi bien comme toy; Et appren désormais pour chose très certaine Qu'il ne faut s'asseurer de nulle chose humaine.

(is6o.) I . Le duc de Savoie.

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