Livre sëcôî^d
Aussy le papillon et la gentille avette {a) Puisent en la fontaine, et non en ces torrens Qui tonnent d'un grana bruit par les rochers courans. Petits sonnets bien faits, belles chansons petites^ Petits discours gentils, sont les fleurs des Chantes, Des Sœurs et d^pollon, qui ne daignent aimer Ceux qui chantent un œuvre aussi grand que la mer, Sans rive ny sans fond, de tempestes armée, Et qui jamais ne dort tranquille ny calmée.
Peut-estre que ce livre un jour se formera En vive renommée, et volant sèmera Tes honneurs par le monde, et ceux dont ton espouse Sa pudique maison d'artifices dispouse ; Et ne voudra souffrir que la despite mort Emporte avec le corps vos noms outre le bord Qu on ne peut repasser, si ce n'est par la barque Des vers, qui font outraee à la cruelle Parque. (*)
Mais tout ainsi, Morei, que par les beaux pourpris. Ou par les champs qui sont diversement fleuris. On void errer Tabeille, et de ses cuisselettes Ne prendre également des prez toutes fleurettes, Mais avec prévoyance un jugement elle a De cueillir ceste-cy, et laisser ceste-la ; Ainsi, en fueilletant ce mien petit ouvrage.
Tu sçauras bien tirer (comme prudent et sage) Les vers qui seront fols, amoureux, éventez.
D'avec ceux qui seront plus gravement chantez, Et plus diffnes de toy, qui n'as l'aureille atteinte Sinon de chastes vers d'une Muse tres-sainte, Qui parle sagement, et qui point ne rougit De honte, ny l'auteur, ny celui qui la lit.
a. Var. :
Cest pourquoy de Ceris les ministres Melissts Voulans de leur Déesse orner les sacrifices,