‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 144 sur 216 · I . C'est-à-dire qui vivent en despit de la Parque · texte numérisé non relu

I . C'est-à-dire qui vivent en despit de la Parque

232 Les Poèmes.

Le suject amoureux que maintenant je traite, Ne me veut concéder une plume discrète, Qui sans choix me fait dire ore mal, ore bien, Ainsi qu'Amour le veut qui m'a rendu tout sien ; Imitant en ce point Nature ingénieuse, Qui met en mesme prée une herbe venimeuse Tout auprès d'une bonne, et met dedans les cieux Un astre qui est bon prés d'un malicieux ; Et mesmes Jupiter le bien et le mal donne De ses pipes (*) là haut, à chacune personne. Afin qu homme ne soit parfait en ce bas lieu ; Car la perfection appartient seule à Dieu.

A ODET DE COLLIGNY,

Cardinal de ChastiOon.

Tout ce qui est enclos sous la voûte des cieux N'est sinon un théâtre ouvert* et spacieux.

Auquel l'un desguisé, l'autre sans faux visage Joue sur l'eschaufaut un divers personnage; Où madame Fortune aux grands et aux petits.

Ainsi qu'un bon chorege, appreste les habits; Aucunes fois Vertu en preste, si Fortune, Qui fait jouer les jeux, ne luy est importune.

L.'un joue avec l'hafeit d'un pompeux empereur, Et l'autre d'un soldat, l'autre d'un laboureur, Et l'autre d'un marchand ; ainsi la farce humaine Au plaisir de Fortune au monde se demeine.

Tel jouoit maintenant le prince Agamemnon, Ou Œdipe, ou Telephe, ou Ajax, ou Creon,

I. Les tonnes d'où, selon Homère, Jupiter nous verse le bien et le mal.

Page 1