‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 145 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Qui deviendra marchand, ou nocher, qui chemine Dans un logis de bois au gré de la marine :

Et tel est dans du bois sur les ondes marchant, Qui deviendra sur terre advocat ou marchand ; Et tel changeant d'habit contre-faisoit le maistre, Qu'on ne voudroit après pour un valet cognoistre; Ou soit que de nature on n'est jamais contant, Ou soit que le Destin est toujours inconstant.

D^ le commencement Queje fus donné page, Pour user la pluspart de la fleur de mon âge Au royaume Escossois de vagues emmuré ; Qui m'eust en m'embarquant sur la poupe, juré Que changeant mon espée aux armes bien apprise, J'eusse pris le bonnet aes pasteurs de l'église, Je ne l'eusse pas creu ; et me l'eust dit Phœbus, J'eusse pensé son dire et luy n'estre qu'abus ; Car j'avois tout le cœur enflé d'aimer les armes. Je voulois me braver au nombre des gendarmes. Et de mon naturel je cherchois les deoats.

Moins désireux de paix qu'amoureux de combats.

Mais Fortune vovant que je suivois sans elle Mon inclination gaillarde et naturelle.

Changea ma volonté, et m'arracha du sein Ma première entreprise et mon premier dessein.

Je devins escolier, et mis ma fantaisie Au folastre mestier de nostre poésie, A fin de vous servir, et les Princes de nom, Pour ensemble acquérir des biens et du renom ; Car l'honneur sans le bien laisse l'homme en arrière. Et le bien sans l'honneur ne profite de guiere.

Or puis que homme d'église il faut en bonnet rond Jouer publiquement comme les autres font, (a) Je vous pri' ne souffrez ( si quelque soin vous touche De Ronsard qui vous sert et de coeur et de bouche )

a. Var. :

Achever mon roulet comme Us autres font.

2^4 ^^s Poèmes.

Que l'envieux malin ne luy reproche poirrt De l'avoir veu jouer sans tiltre et mai-empoint, Sans grâce, sans maintien, sans geste et sans parolle, (tf) Ayant en vous servant tres-mal joué son rolle.

L'EXCELLENCE DE L'ESPRIT DE l'homme. Q)

SUR LA TRADUCTION DE TITB-LIVB FAITS PAR HAMSUN.

Nous ne sommes pas naiz de la dure semence Des caillons animez (*) ; d'une plus noble essence Nostre esprit est formé, lequel a retenu Le naturel du lieu duquel il est venu.

Car tout ainsi que Dieu en variant exerce, Estant seul, simple et un, sa puissance diverse, Et se monstre admirable en ce grand univers

a. Var. :

Sans argent, endetté, sans table et sans parolle,

1 . Les éditions posthumes portent : l'Exercice de fesprh de Vhomme.

2. Il ne resta dans le monde, après le déluge universel, que Deucalion et Pyrrhe. Se voyans seuls, ils eurent envie de repeupler le monde, et en allèrent demander les moyens à l'oracle de Themis. Il leur fut respondu qu'ils semassent les os de leur ^and' mère; eux prindrent des cailloux de la terre et les jetterent par derrière : ceux que Deucalion ietta se changèrent en hommes, et ceux de Pyrrhe en femmes.

Livré sïcond. 235

Pour la variété de ses effects divers ; Ainsi nostre âme seule, image très-petite De l'image de Dieu, le Tout-Puissant imite D'un subtil artifice, et de sa Deïté Nous monstre les effects par sa diversité.

CJuand elle trouve un corps d'une masse légère Qui nonore craintif son hostesse estrangere, Et qui sans grommeler obéît promptement Comme un' bon serviteur à son commandement, Elle achève des faits qui donnent d'âge en âge Et d'elle et de son corps illustre tesmoignage ; Car de son naturel sans quelque chose ourdir, Oisive dans le corps ne se veut engourdir, D'autant que son essence est disposte et mobile. Et qui ne peut jamais demeurer mutile.

Comme une bonne mère après que son fils dort Couché seul au berceau, hors de la chambre sort, , Et dedans un jardin s'esbat et se promeine j Jusqu'à tant que le soin de son fils la r'ameine. Duquel elle est soigneuse, et le trouvant seulet Découvre sa mammelle, et luy donne du laict ; Ainsi nostre ame sort quand ndstre corps repose, Comme d'une prison où elle estoit enclose ; Et en se promenant et jouant par les cieux.

Son paîs naturel, banauette avec les Dieux; Puis ayant bien mange de sa saincte ambrosie, Redevalle en son corps pour le remettre en vie, Qui pasmé sommeilloit, et qui soudain mourroit, Si l'ame à retourner trop long temps demeuroit.

Si tost qu'elle est r'entrée, elle luy communique Ce qu'elle apprend de Dieu, luy monstre la pratique Du mouvement du ciel, luy maroue les grandeurs Des astres etherez, leur force et leurs splendeurs. Des grands et des petits ; car comme en une ville Où chacun garde bien la police civile.

On voit les sénateurs au premier rang marchans Tenir leur gravité, au second les marchans.

Au tiers les artizans, au quart la populace ;

2)6 Les Poèmes.

Ainsi dedans le ciel les astres ont leur place Et leur propre degré, grands, petits et moyens. De la maison du ciel éternels citoyens.

Elle luy dit après s'il y a d'autres mondes, Si le vaçue reçoit les fornies vagabondes, Si le Soleil, si Mars, et si la Lune aussi D'hommes sont habitez, comme est la terre icy, De villes, de forests, de prez et de rivières; Si leurs corps sont formez de plus simples matières Que les nostres mortels, qui sont faits grossement, Comme habitans ce sombre et grossier élément.

Luy dit comme se fait la foudre dans les nues, Les gresles, les frimats, et les pluyes menues. Les neiges et les vents, et luy fait mesurer Le ciel, la mer, la terre, à fin de l'asseurer Par mystères si hauts, que nostre ame est divine. Ayant prise de Dieu sa première origine.

Elle fait que les uns aeviennent inventeurs Des secrets plus cachez, les autres orateurs, Les autres médecins ; aux uns la poésie Imprime brusquement dedans la fantaisie.

Et aux autres la loy ; aux autres de pouvoir D'un luth bien accordé les hommes esmouvoir, Aux autres de sacrer la vénérable histoire Des humains accidens au temple de Mémoire; Comme a fait cest autheur, qui du peuple Romain A descrit les combats, peuple qui sous sa main Tenoit ce que la mer dedans ses bras enserre, Que nous pauvres humains soûlons nommer la terre.

Or ce peuple de Mars jamais rien n'entreprit En* ses premiers combats, que Live n'ait escrit, Et n'a voulu souffrir que l'envieux silence Engloutist sans honneur la Romaine puissance. Car luy comme prudent prevoyoit assez bien (a)

a. Var. :

Or luy grand discourut, comme prévoyant bien

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