L*AN
Voicy venir d'Europe tout l'honneur ; Ouvre les bras, Paris plein de bonheur, Pour embrasser ton Roy qui te décore, Et du parfait de ses vertus t'honore.
Heureux Paris, le thresor de ta gloire Sera pendu au temple de Mémoire, Tant tu auras de bien et de grand heur.
Ayant receu d'Europe la grandeur, lô, Paris, esleve au ciel ta porte; J'oy arriver ton Roy, qui te rapporte ' La vierge Astrée, et sa belle séquelle
Sui s'en-vola de ce monde avec elle, ê la vois-tu comme elle prend sa place A son retour dans le sein et la face De nostre Royne, en qui le ciel contemple Du vray honneur le portrait et l'exempte, Et qui en toy un beau jour déplira, Quand par la rue en triomphe elle ira?
(Test celle-là dont Arne est orgueilleux, Et qui son nom d'un haut bruit merveilleux Contre les murs de Florence resonne; C'est celle-là qui l'espoir nous redonne De voir bien-tost le beau lis derechef Dans l'Italie encor dresser le chef.
Sus donc, Paris, regarde quel doit estre Ton heur futur, en adorant ton maistre.
Ton nouveau Dieu^ dont la divinité T'enrichira d'une immortalité.
Comme Tirynthe est le propre héritage
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Du grand Hercule, et de Junon Carthage, Ainsi, Paris, tu seras désormais Du Roy Henry la ville pour jamais, Et dedans toy les estrangers viendront Baiser son temple, et leurs vœux luy rendront.
A sa venue il semble que la terre Tous ses thresors de son ventre desserre, Et que le ciel ardentement admire Leurs grand's beautez, où d*en-haut il se mire, En-amouré, et courbe tout exprés Ses larges yeux pour les voir de plus prés.
Telle saison le vieil âge esprouva Quand le Chaos demeslé se trouva.
Et de son poids la terre balancée Fut des longs doigts de Neptune embrassée.
Lors que le ciel se voûtant d'un grand tour, Emmantela le monde tout autour.
Ja du soleil la tiède lampe allume Un autre jour plus beau que de coustume ; JaJes forests ont pris leurs robbes neuves.
Et moins enflez glissent aval les fleuves, Hastez de voir Tethys qui les attend.
Et à ses fils son grand giron estend ; Entre lesquels la bien-heureuse Seine En floflotant, une joye demeine.
Peigne son chef, s'agence et se fait belle.
Et d'un haut cry son nouveau Prince' appelle.
lô, Paris, voicy le jour venir Dont nos neveux se doivent souvenir.
Et clans lequel seront apparoissans Et arcs, et traits, et carquois, et croissans. Qui leur rondeur parfaite rempliront, Et tout le cerne en brief accompliront, (*) A celle fin que leur splendeur arrive De rOcean a l'une et l'autre rive.
I. On se souvient qu'Henri II avoit pour emblème un croissant avec cette devise : Donec totum impleat orbem.
Au jour sacré de la royale entrée, Que la Princesse, en drap d'or accoustrée.
Brave apparoisse, et la Bourgeoise fasse Tous les amours nicher dedans sa face ; Que du plus haut des fenestres on rue Les lys, les fleurs, les roses en la rue Deçà et là ; gue le peuple ne voye Sinon pleuvoir des odeurs par la voye.
Qu'on chante iô, que la solemnité Soit égalée à sa divinité.
Crète jadis ainsi pompeusement Receut son Prince^ alors qu'heureusement Pour son partage il occupa les cieux, Et qu'il fut Roy des hommes et des Dieux.
D'un ordre égal en triomphe exaltée Alloit devant la corne d'Amalthée, Avec l'oiseau qui par tout l'univers Porte des Dieux les prodiges divers.
Au grand Henry puissent-ils se monstrer Du bon costé qu'il les faut rencontrer, Lors qu'il se rue au milieu des dangers.
Brisant l'honneur des soudars estrangers.
J'entens déjà les trompettes qui sonnent.
Et des vainqueurs les louanges resonnent ; Je voy déjà flamboyer les hamois.
Et les chevaux courans par les tournois Leurs opposez bravement mespriser, Et jusqu'au ciel les lances se briser.
Là, les faveurs des dames peu vaudront, Là, les plastrons pour néant deflendront Le combattant qu'il ne bronche par terre.
Si mon grand Roy de sa lance l'enferré; Car le ciel veut qu'il emporte le prix^ Et de bien loin passe les mieux appris.
Mais qui sont-ils ces chevaliers vaillans Qui tiennent bon contre tous assaillans, Bruslez de gloire et d'ardeur d'éprouver Si un plus tort se pourroit point trouver.
)oo Le Recueil
Soit l'Espagnol aux armes fier et brave, Ou cestuy-ià aue la Tamise lave?
A voir de 1 un la face souveraine, Je recognois la gloire de Lorraine, L'honneur d'Aumale, en qui luit en la face Tout ce que peut la nature et la grâce, Et oui n'aguere a joint avec le sien Du bon Roger le sang tant ancien.
Sus donc, Seigneur, la terre des humains.
Le los de France est ores en vos mains ; Nul chevalier, fust-il Roland, ne vienne Tenter vos bras, qu'il ne luy en souvienne, A fin qu'il porte aux nations estranges Dessus son dos escrites vos louanges.
Et toy Henry, triomphe à la bonne-heure, Haste tes pas, trop longue est ta demeure ; Vien voir raris la grand' cité royalle.
Et de ta gent la foy serve et loyalle.
Vien voir ses jeux, et tout ce qu'elle appreste Pour célébrer de ta Grandeur la feste.
Facent les cieux que ta puissance grève Si bien l'Anglois, que plus il ne relevé ; Et que ton bras renvoyé par deçà Le grand thresor qu'un Roy Jean luy laissa.
S'ainsi advient j'animeray ta gloire, Et publi'ray le gain de ta victoire ; Faisant voler ton renom nompareil Où d'un plein saut le renaissant soleil Monte à cheval, et là où il attache Ses las coursiers qu'au fond des eaux il cache.
DES Poèmes. 301